Shaynning
Libraire @ Librairie Monet
Intérêts littéraires : Biographies, Jeunesse, Littérature, Psychologie, Arts, Bande dessinée, Loisirs

Activités de Shaynning

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Ecoute la baleine chanter

Par Elodie Chan et Anthony Martinez
(4,0)
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Incontournable Novembre 2023 Un roman, membre de la fratrie "Mouche", de la maison d'édition École des Loisirs, qui a des parfums d'embruns et un air marin, dans lequel deux oiseaux et leurs alliés s'embarquent pour le sauvetage d'une jeune baleine. Frida la mouette, amatrice de lecture, découvre un matin qu'une petite baleine est devenue orpheline, sa maman ayant ingéré trop de polluants plastiques, ce qui l'a achevée. Il faut faire regagner au baleineau le grand large rapidement, autrement elle pourrait finir pêchée par les humains. Frida peut heureusement compter sur son ami de longue date, le macareux Lekni. Après une première tentative pour nourrir la petite baleine ( mais quelle quantité il faudrait!), Frida et Lekni cherchent de nouvelles options, ce qui les conduiront vers des rencontres singulières. C'est ainsi que commence une grande aventure pour sauver la petite baleine. La première chose qui m'a marquée de cette histoire est le travail autours des personnages. le roman étant illustré, on a en plus la chance de les voir et les illustrations rendent bien le côté "coloré" de ces personnages atypiques. Il y a Copernic le mouton, dont le dense lainage noir est truffé de bidules en tout genre. Il lit l'avenir dans les tas de crotin et se prend bien trop au sérieux. Vient ensuite les trois Charly Schlingue, Schinck et Schlass, chats pouilleux à la mine patibulaire qui rêvent de se repaitre de la viande de la baleine et constituent les principaux antagonistes. Juste après avoir rencontré un phoque à la jolie moustache en forme de moustache, qui aime les roulades et leur confie que les baleines "chantent". Quand au cacatoès pirate Carlos Felipe Tercero, un peu narcissique sur les bords, dont la houpette frivole et la patte coupée le caractérise, c'est le personnage qui permet la rencontre du seul humain embarqué dans le sauvetage, Minus, enfant qui aime les étoiles et possède le pédalo traficoté qui va servir la mission. Grâce au concours du cacatoès pirate et du jeune humain aimant les animaux , le duo d'oiseaux vont parvenir à guider les jeune baleine, notamment avec un phonographe. Une histoire simple, mais efficace, avec des animaux hauts en couleurs et un fond d'enjeu environnemental, appuyé de jolies illustrations. Pour un lectorat intermédiaire à partir du second cycle primaire, 8-9 ans.
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176 pas

Par Fanny Britt
(4,0)
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Incontournable Théâtre jeunesse Novembre 2023 Après avoir lu le sympathique "Furioso", d'Olivier Kemeid, de la collection Théâtre de la maison Léméac lui aussi, je me suis lancée dans "176 pas", de la québécoise Fanny Britt. J'ai toujours un petit baume au coeur quand un livre sur le théâtre nous parvient en librairie, non que je m'y connaisse, mais nous en recevons généralement peu. Si on exclut les maison étrangères "École des Loisirs" et "Lansman", qui en produisent beaucoup, du côté québécois, Léméac est une des rares à couvrir ce pan de la littérature jeunesse. Alors, qu'avons-nous? Un duo en contraste, qui semblent dissemblables au début, mais qui ont un enjeu commun: affronter leurs craintes, et surtout, qui doivent apprendre à écouter. Octave, jusque dans son prénom, gravite dans un univers strictement musical, où sa passion pour le piano reste cependant cantonnée à un répertoire "classique" , en ce sens où il est encouragé à rester dans les oeuvres des grands compositeurs ayant fait leurs preuves. Il n'y a pas de place pour la créativité ou l'expression spontanée. Dans son cadre familial, il est conservé dans un cocon sous une mains maternelle sévère, un brin austère, qui a aussi une certaine tendance à la manipulation avec ses encouragements teintée de dépréciation ( Elle me rappelle un peu la Mère Gothel de Disney cette femme). On comprendra que cette maternité suffocante et auto-centrée cache un enjeu du côté de cette maman. J'y reviendra dans ma partie divulgâchante. Dans sa famille nombreuse, dont les frères portent des noms à saveur océanique ( Notez Pacifique, comme l'Océan, Ariel, comme la Petite Sirène, Ulysse, comme le Héro grec ayant voyagé en mer 10 ans de temps, Titouan, comme le navigateur français), Delphine ( comme le bleu de Delph) est fille de pêcheur et son habileté physique lui permet de grimper aux arbres, courir les plages et parcourir le monde, au contraire d'Octave, confiné chez lui. Delphine aime chanter et aime pêcher, mais elle ne va plus à l'école. Il y a quelque chose de libre chez elle, mais en fait, tout comme Octave, il y a quelque chose qu'elle redoute. Deux enfants, donc, qui a priori, ne se ressemble pas. Octave manque d'imagination, prend tout au premier degré et respecte de manière scrupuleuse les règles établies par sa mère. Au contraire, Delphine est fantasque, audacieuse et évolue de manière plus indépendante. Ils se rencontre alors que Delphine fait une livraison de poisson chez lui. Il est à son piano, elle est debout avec sa chaudière pleine de poissons. Un peu maladroitement, Octave tente de faire la conversation et devant son interrogation, à savoir si son piano est triste de ne pas avoir de nom, se rétracte aussitôt en soulignant que ce genre de réflexion explique pourquoi il n'a pas d'amis. Delphine le surprend alors en demandant directement au piano si ça la rend triste de ne pas avoir de nom. La franchise de Delphine lui fait dire qu'elle trouve Octave étrange, ce qu'il admet volontiers. Mais il trouve tout aussi étrange cette fille qui parle de s'asseoir sur des nuages et qui grimpe aux arbres. C'est une rencontre qui aurait ou n'aboutir sur rien, mais qui va malgré tout avoir une suite, grâce à la tante d'Octave, qui aime se faire passer pour la chauffeuse d'Octave et qui décide de reconduire Delphine dans sa "bagnole". Les deux enfants vont vivre quelques péripéties marqué par des débats, des monologues, parfois un dialogue de sourds, tantôt intrigués l'un par l'autre, tantôt éludant fréquemment les propos qui ne les intéressent pas. C'est pas facile quand on veut que l'autre s'accorde à nos intérêts, c'est pas facile quand on a des visions opposés ou qu'on a des réalités familiales différentes. C'est l'histoire d'une amitié balbutiante, où les deux personnages apprennent à s'ouvrir à l'autre, entre défense et attaque, entre pétillant et amertume. S'ouvrir à l'autre implique de se montrer vulnérable et s'ouvrir à l'autre implique de la confiance. Progressivement, ils déteignent l'un sur l'autre et peu à peu, questionne leur a priori et baisse pue à peu leur garde face à l'autre. Octave se détache un peu du cocon de sa mère. Delphine tente de lui faire partager son univers, mais Octave se rétracte une fois encore. C'est donc lui qui tente de reprendre contact avec Delphine. Attention, à partir d'ici, il y aura des divulgâches. La présence de tante Simone est majeure pour le personnage d'Octave, parce qu'elle a un rapport au réel différent de la mère de ce dernier. Elle "pousse" Octave a oser, mais c'est aussi elle qui va livrer le mystère derrière sa mère. Plus jeune, tante Simone et la maman d'Octave étaient des jeunes filles intrépides et espiègles qui avaient fait les 400 coups. Comment expliquer alors que cette maman est devenue si couvante envers son enfant? Octave apprend que son père est décédé dans des circonstances tragiques, dans un accident d'auto où il serait resté prit dans le véhicule projeté sous l'eau , après avoir détaché et confié son fils à son épouse. Il s'y serait noyé. C'est de cet évènement traumatique que la maman serait restée marqué et serait devenue méfiante et insécure. La tante amène un aspect que j'ai beaucoup aimé, à savoir la fonction de la peur. La peur est une émotion, elle a donc un rôle à remplir, une fonction, mais comme toutes les émotions, elle peut être envahissante. Néanmoins, comme toutes les émotions, elle s'apprivoise, on peut apprendre à la gérer. L'idée n'est pas de ne pas en avoir ou pire de la cacher, elle sera toujours là et tant mieux, car elle assure notre survie et calibre nos comportements, surtout ceux qui nous mettent à risque. Surtout, sans peur, il ne saurait être question de courage. Comme le dit Simone, on peut apprendre à la faire rétrécir et la loger dans une poche. Elle prend ainsi moins de place, mais elle nous accompagne toujours. Ainsi, Octave comprend que c'est sa peur qui lui fait sans cesse reculer devant la nouveauté et donc, face à Delphine, ses idées et ses propositions. C'est aussi la peur qui lui cause l'inconfort qui le prend en voulant quitter l'enceinte de sa maison. Arrivent enfin les fameux 176 pas. 176 pas de peur qui se mute en courage. On assiste pas à pas au changement psychologique et physique ( signes somatiques) d'Octave, qui quitte l'enceinte de sa maison pour aller rejoindre Delphine sur la plage. Il lui confie qu'il se sent comme une patate qu'on a oublié de cueillir à côté d'elle qui ne craint rien. C'est alors qu'elle lui confie sa propre crainte. Durant la pièce, on entend une histoire sur une jeune fille aux cheveux rouges, qui sans ses jambes fonctionnelles, a cependant une agilité à la natation. Dans l'eau, son handicap disparait. Cette histoire est le fruit de l'imagination de Delphine, qu'elle a récité en classe. Néanmoins, Delphine a fait appel à sa mémoire, car sur le papier, les lettres sont pêle-mêle et inadéquates. On comprend que la jeune fille a probablement un trouble d'apprentissage, qui lui a valut des moqueries et ultimement, elle fut déscolarisée. Depuis, elle craint de lire, ce qui explique pourquoi elle a refusé de lire une partition, au début de la pièce. Pour reprendre les mots d'octave: "Donc, ce que tu me dis, c,est qu'on est deux patates?" Oui, deux "patates", deux enfants différents, à leur façon, deux enfants qui ont eu peur et qui ont vécu la solitude pour cette raison, Octave confiné chez lui, sans amis, Delphine sur sa plage sans amis. Deux patates qui parviennent à s'ouvrir l'une à l'autre et même rêver d'un même coeur. Deux enfants qui s'excusent et qui vont de l'avant. La peur n'a pas disparu, elle a simplement rétrécie. La pièce est une pièce de marionnettes dont voici le lien au Théâtre de l'Oeil: https://www.theatredeloeil.qc.ca/production/176-pas/ La présentation visuelle doit mieux le mettre en relief, mais il y a présence d'origami dans cette histoire. On le sent dans la descriptions dynamique et très "pliée" de certaines figures parallèles ou non à l'histoire, comme le bonzaï de tante Simone ou le passage sur les animaux dangereux. le papier et les changement de formes constituent des éléments artistiques très intéressants car ils ajoutent un aspect visuel à des concepts abstraits, ce qui, pour un auditoire plus jeune, est toujours pertinent à ajouter. Reste qu'à l'écrit, on peut se le figurer, mais je pense que c'est moins évident à faire que sur la scène. C'est une belle histoire, très porteuse, curieusement atemporelle, mais universelle, où l'émotion de le peur est explorée dans un sens très positif et où l'amitié est célébrée dans sa diversité. C'est un univers en chansons, en poissons, en papier et en espoirs. La pièce est destinée à un auditoire de 6 à 10 ans, mais pour sa version écrite, je le place en deuxième cycle primaire, 8-9 ans, parce qu'il faut savoir la lire.
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Magique Péri T.7 : Incognito chez les mortels

Par Fabienne Blanchut et Ariane Delrieu
(4,0)
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J'aime toujours autant la série de Péri, toujours bien écrit, toujours bien illustré, mais qui cette fois, s'inverse un peu pour entrer dans le monde des "limités", c'est-à-dire, nous autres, non-sorciers. Péri se porte cette fois encore au secours de son "âme jumelle", Léonore, alias "Léo", la mi-sorcière qui a du retrouver son monde le temps d'être majeure et de pouvoir intégrer le monde des sorciers que l'on a pu découvrir dans le tome 5. Péri, sa mère, son père, sa grand-mère et son familier Farrow doivent donc se fondre dans le paysage le temps d'une mission au pensionnat où vit Léonore. Avec des noms d'emprunts, des vêtements inspirés de la famille royale britannique et un corbeau métamorphosé en chien saucisse, le clan de Péri quitte Sale-Frousse, pour le pire et le meilleur. Les aventures de Péri sont de courtes aventures, c'est ce qui est chouette, spécialement pour mes jeunes lecteurs et lectrices qui aiment la Fantasy, mais pas les pavés, nombreux dans ce genre. Péri, dans son kangourou rose, ses jeans et ses bottes militaires qui ressemblent à des Doc Martens, a aussi un pseudo qui me fait particulièrement plaisir car il s'agit du prénom de la petite sorcière désormais bien connue Pétronille, héroïne d'une série québécoise de la maison Druide et dont je fais régulièrement un parallèle avec la série de Péri, puisqu'elles sont établies dans le même groupe d'âge en terme de lectorat. Ça me fait donc plaisir que Péri face ainsi un clin d'oeil à Pétronille, même si je me doute que l'autrice connaisse la petite sorcière entrepreneure aux cheveux mauves. Mention spéciale à cette jolie scène entre Péri et son majordome squelette , personnage que j'aime tout particulièrement pour sa tendresse et sa loyauté. Mention spéciale à la mention à la famille Adams, la plus célèbre famille de l'univers "Ténébreux Sympathique". Pour un lectorat intermédiaire du 2e cycle primaire, 8-9 ans
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L'alphabête

Par Jean-Pierre Davidts et Marie-Sol St-Onge
(4,0)
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Incontournable Poésie jeunesse Novembre 2023 Après avoir découvert le sympathique "Alphabet rapaillé" de la même maison d'édition, Soulières, voici un autre abécédaire humoristique et poétique pour le lectorat intermédiaire, cette fois sur le thème des animaux. 26 prénoms d'enfants qui ont 26 animaux ( dont 1 est imaginaire, celui en "X"). 26 lieux également, qui n'ont pas forcément rapport avec le pays ou la région d'origine des animaux. Néanmoins, à la fin du recueil, vous trouverez un petit répertoire où vous seront donnés les lieux d'origine réels des animaux, ainsi que le pays où se trouve les lieux mentionnés. Je donne par exemple la lettre U ( parce que c'est une lettre mal aimée et peu représentée!): L'urubu d'Ulric Ulric a un urubu d'Ulsteinvik. Ce vautour à la tête rouge brique a travaillé toute sa vie dans un cirque à voler en cercles concentriques autour d'un clown énergique qui effectuait des pirouettes acrobatiques. [ À la fin] : L'urubu: Amérique du Nord, Amérique du Sud [ À la fin] Ulsteinvik: est une ville de Norvège ( Europe) Voici la liste des animaux: L'alligator d'Anthony Le boa de Bruno Le cacatoès de Cathy Le dromadaire de Désiré L'éléphant d'Emma Le fourmilier de Fabio La gerboise de Gaston Le hamster d'Héliane L'impala d'Igor Le jaguar de Jacqueline Le kangourou de Kenzo Le lama de Lilou La marmotte de Madeleine Le nasique de Narcisse L'ours d'Olivier Le panda de Patricia Le quiscale de Quentin Le rhinocéros de Rosalie La souris de Sybille La tortue de Théo L'urubu d'Ulric La vache de Victoire ( *Il fallait bien une vache parce que c'est le nom de la collection: Ma p'tite vache à mal aux pattes) Le wombat de William Le xipatafipon de Xavier Le yak de Yolande Le zèbre de Zahira Les poèmes sont rocambolesques, avec des animaux qui ont des hobbies humains, des préférences cocasses et toute sorte de profils de personnalité. Le tout est en rimes et chaque animal présente son illustration avec son animal et sa lettre de référence, en noir et blanc. J'aime bien ces petits recueils dédiés à la poésie dès le second cycle primaire ( 8-9 ans), car ils sont accessibles, faciles à consulter et propose quelque chose de ludique qui rend la poésie accessible autant aux débutants qu'aux initiés. Ils peuvent aussi servir le 3e cycle primaire, incluant les classes d’accueils en francisation ou encore les classes d'adaptation scolaires pour les enfants ayant des difficultés d’apprentissage. Pour un lectorat intermédiaire du deuxième cycle primaire, 8-9 ans+
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Chen

Par Aurélien Ducoudray et Antoine Dodé
(4,0)
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Une Bd assez perturbante, je dois dire. Je constate que parmi les commentaires, si on soulève l'objectivisation extrême du corps de la femme, personne ne semble avoir souligner le phénomène pour les hommes. Dans ce monde où les femmes ne sont rien de plus que des utérus, la question se pose: que deviennent alors les besoins sexuels de 99% du reste de la population? Certes, si quelques rares femmes sont prostituées, reste que dans ce contexte, il faut alors se tourner vers les hommes. Nait alors une sorte d'interclasse de genre, des hommes travesties en femmes, mais ayant le rôle sexuel qu'on leur prête également. Chen en est d'ailleurs devenu "une", pas vraiment pas choix. Il y a donc une dimension de violence sexuelle au masculin dans cette histoire. La scène avec le jeune homme en peignoir rouge, qu'on a carrément sodomisé à mort, dans un viol collectif d'une vingtaine d"hommes, était particulièrement atroce, même si on ne voyait pas les détails de cette scène. le "propriétaire" de Chen l'a même empêché de porter secours à ce jeune homme, laissant la "meute" de mâles achever leur sinistre dessein et l'encourageant à "enterrer le corps", une fois son calvaire terminé.Le degré de déshumanisation de cette scène était terriblement glaçant. En outre, il illustre un phénomène non pas moins réel, celui des pulsions refoulées, qui a en outre expliqué pourquoi des milliers d'hommes d'Église ont violé des enfants, dont de nombreux garçons surtout, parce qu'on leur empêchait de vivre leur sexualité. J'imagine sans mal des exemples de part le monde qui illustre un contexte similaire. Qu'on le veuille ou non, les besoins sexuels existent et tout primaire qu'il soit, sont donc normaux. Ce qui l'est moins et c'est là l'horreur de la situation, ce sont toutes les constructions sociales autours d'eux, qui permet aux hommes de violer, aux femmes d'être soumises, aux "hommes moins virils" d'être "faibles", etc. Ce sont des dimensions sociales qui expliquent pourquoi on permet des à des gens de se classer entre eux et de passer leurs besoins avant ceux des autres. Bref, la BD illustre tout ça assez bien. Ce qui marque aussi dans cette BD est la façon d"avoir bâti certaines parties comme un documentaire, enchainant les dates et les faits comme s'ils s'étaient bien déroulés. Ces parties témoignent aussi de la logique et des causes de la débâcle "actuelle" en Chine, au moment où se déroule cette sinistre histoire. On est surtout dans les enjeux démographiques, mais aussi dans les moeurs chinois, dont l'un est malheureusement véridique: le fait d'avoir 11 hommes pour une femme en 2020 est le résultat de la politique de l'enfant unique, n'ayant plus cours actuellement, mais qui a engendré un monumental féminicide de masse, que ce soit pas abandon, meurtre ou avortement. Une des raisons est purement sociale: la fille devient la "propriété" de la belle-famille, les parents ne veulent donc pas d'un enfant qui ne pourra pas prendre soin d'eux à leur vieux jours. Donc, une part de la bd est historiquement réelle, de 1980 à 2022. Quand je parlais de constructions, en voici une édifiante. La radicalisation des femmes était prévisible, dans cette histoire. Si "le sang appelle le sang" reste un concept débattable, le fait de recalibrer la balance d'injustice sociale, elle, est tout-à-fait légitime et plausible. Cela illustre aussi une chose: Contrairement au profil établit par le patriarcat de la femme soumise, docile, stupide et porteuse de plaisir charnels, on a ici des femmes radicales, agressives, soudées, courageuses et porteuse d'une rage qui trouve ses racines dans la guerre qu'on leur livre pour leur utérus. Même physiquement, elles ont un look de guerrières aux allures punk et de gang de rue, très loin des jolies petites demoiselles chinoises qu'on est habituées à voir. Difficile, au regard de leur conditions et de leurs enjeux, de leur en vouloir d'être ainsi polarisées, il s'agit de lutter pour leur vie et leur liberté, après tout. Des vies et des libertés encore une fois placé dans les axes du sexe et du pouvoir par l'argent et la naissance. Un monde tordu qui a produit des femmes extrémistes, des hommes effacés et des salauds déshumanisants. Ce n'est pas une BD divertissante, c'est une BD engagée et qui dénonce des réalités actuelles. Le commerce du corps féminin existe. L'homme soumis existe. La guerre des sexes existe aussi. Oui, le cadre est nouveau, mais les enjeux n'en sont pas moins vraisemblables. Au fond, l'auteur a simplement poussé plus loin ces enjeux, comme Margaret Atwood l'a fait avec ses servantes écarlates. On interroge l'avenir, des valeurs et des enjeux sociaux et ses potentielles dérives. C'est donc une BD qui heurte de pleins fouet et qui reste en mémoire, assurément. Pour un lectorat adulte.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Le défilé

Par Kouam Tawa et Marco Chamorro
(4,0)
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Incontournable Novembre 2023 Après avoir fait la connaissance des petits romans de la maison indépendante Voce Verso, me voici en tête-à-tête avec l'un des deux romans graphiques de format hybride parus en septembre et arrivé en sol québécois en novembre, "Le Défilé", écrit par un auteur camerounais. Je ne sais pas très bien dans quel pays nous sommes, puisque le seul drapeau qu'on y voit pourrait être celui du Sénégal, même si en raison des couleurs oranges et gris ce ne sont pas les bonnes couleurs, et que dans l'histoire, nous avons le passage: "Ils avaient été des "tirailleurs sénégalais" même si nous ne sommes pas sénégalais". Donc, on est quelque part en Afrique, probablement pas loin du Sénégal ou dedans, mais avec une famille d'origine d'un autre pays africain. Le livre s'ouvre sur un décor de ville animée, où les motifs des vêtements sont riches, les fruits tropicaux et les rues grouillantes de vie. Dans ce décor, on y voit aussi un homme vendre sur son étale des jouets en forme de char d'assaut et des armes à feu en bois, pour les enfants. Cette effervescence est due à la fête de la jeunesse dont notre jeune narrateur prend part ce jour-là. Il a revêtu ses beaux habits, ciré ses chaussures et fait un petit défilé devant son grand-grand-père, avant de faire le défilé. C'est ainsi chaque année. Ce qui va diverger cette année-là est que ce même grand-grand-père va aussi prendre part à un défilé, et pas le moindre. Désormais doyen des vétérans, le grand-grand-père a donc l'honneur de défilé en tête de cortège. Cinquante ans ont passé depuis que l'homme a participé à la seconde guerre mondiale en tant que "tirailleurs sénégalais". Dans son coffre en fer, il y a son uniforme, ses médailles et surtout, des souvenirs. À une époque, lui et ses compatriotes ont certes œuvrer à combattre le mal, le pays aussi a participé à l'effort de guerre. Pour le jeune narrateur, cet hommage à la paix change son regard sur la guerre. Bon, déjà, je suis ravie de voir un livre sur la seconde guerre mondiale qui traite de la perceptive africaine. L'arrière-grand-père du narrateur a servi dans les forces de la 2e division blindée formée par le général Leclerc au Maroc, contribuant à la libération de Paris ( entre autre chose). On oublie beaucoup trop de parler de la contribution du continent africain dans les deux conflits mondiaux. Ici, on n'est pas dans les évènements à proprement parlé, mais dans le devoir de mémoire auprès des vétérans, des soldats morts au combat et des efforts de guerre des nations. En somme, nous sommes dans la commémoration des conflits mondiaux. Voilà un axe rare en littérature jeunesse. Dans le roman, nous avons dans les scènes graphiques divers aspects de ces souvenirs, notamment cette séquence avec des soldats en pleine action, suivie directement d'envolée de corbeaux, probablement en train de se nourrir de ces même soldats ( mais on ne voit que les oiseaux). Les pages 44-45 montre le haut du visage du grand-père, les yeux fermé, entouré de plis et de rides soucieuses et tristes. Probable que le vieil homme se souvient. L'aspect entre les générations est très intéressant, entre le jeune homme faisant la guerre pour la paix, tandis que son arrière-petit-fils est enfant de paix jouant à la guerre. Le narrateur s'était même acheté des jouets sous forme de grenade, char et fusils pour y jouer, sous le regard déçu et peiné de son aïeul. Maintenant qu'il voit le défilé, la signification qu'il revêt, le jeune narrateur comprend mieux. Dans l'Histoire de son pays, il y a des hommes qui ont perdu la vie pour combattre le mal, pour ramener la paix. En clair, son grand-grand-père est un héro, loin du vieil homme tranquille et oisif qu'il a toujours connu, tant et si bien qu'il s'est défait de son char, sa grenade et son fusil, a écouté les histoires de son aïeul et ensemble, "ont joué fièrement à la paix le reste du soir". J'aime bien cette histoire courte, mais néanmoins porteuse, qui inscrit une réalité historique dans un présent de paix d'un enfant, surtout un enfant qui ne semble pas comprendre la porté d'une véritable guerre. J'avais déjà lu quelque part que les humains ayant connu la guerre connaissent la valeur véritable de la paix, alors qu'au contraire, il peu y avoir une tendance aux humains n'ayant connu que la paix de minimiser les impacts d'une guerre. C'est pourquoi le devoir de mémoire est si important, d'ailleurs. En outre, si la guerre est odieuse et que personne ne mérite de la vivre, reste que paradoxalement, les gens qui ont le courage d'y prendre part pour l'enrayer mérite, eux, le respect et la gratitude. Il y a eu des millions de gens qui sont morts d'avoir combattu un groupe aussi bien terroriste que radical, qui avait des vues sur le monde. Des soldats, mais aussi des civils, en témoignent leur effort et leurs contributions. Côté graphique, nous avons une palette en clair-obscure au plomb dont la seule couleur admise est un jaune orangé. Les mains des personnages sont souvent grandes, les vêtements rempli de motifs et il y a un travail de hachures dans les textures. Le graphique occupe parfois de pleines pages, voit plusieurs de suite et sert parfois la narration elle-même. Autrement dit, le texte ne dit pas tout, ce sont les illustrations qui "parlent". Côté texte, ça se lit très bien, c'est sobre sans perdre de profondeur. Je pense que ça permettra aux lectorat du 2e cycle primaire, les 8-9 ans, de pouvoir le lire sans problèmes. J'ai souvent des jeunes lecteurs de ce groupe d'âge qui s'intéresse aux conflits mondiaux, alors en voilà un qui devrait le servir. Certes, on ne parle pas du conflit lui-même, mais de sa portée dans le temps et de la considération que nous avons envers les acteurs qui y ont prit part à l'époque. Aussi, le fait d'avoir un bon support graphique me semble un beau complément pour ce lectorat. Reste que le cursus scolaire aborde les conflits mondiaux davantage au 3e cycle primaire, d'ordinaire. Un hybride roman-album fort pertinent, rare fenêtre sur l'Afrique pour la littérature jeunesse, qui met en lumière une relation entre un arrière-grand-papa et son arrière-petit-fils, dont les bénéfices de la vente du livre seront reversés à l'ONG "Bibliothèques Sans Frontières", qui "facilite l'accès des populations vulnérables à l'éducation, à la culture et à l'information, dans plus de 30 pays" ( Tel qu'écrit sur la 4e de couverture). Pour un lectorat intermédiaire, à partir du 2e cycle primaire, 8-9 ans+
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L'étoile du soir

Par Siècle Vaëlban
(5,0)
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Opération Eiche

Par Camille Bouchard
(4,0)
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Un mot: Ayoye! J'aimerais dire que c'était une sorte de comédie cette invraisemblable Opération militaire allemande, mais c'est ce qui en fait quelque chose de drôle: Son côté totalement rocambolesque. S'ajoute à cette fresque un trio totalement hors-contexte et témoins improbables de cette débâcle-miracle, et cela vous tirera certainement un sourire...ou deux. Tomasso, son incompétent de chien berger, Achille, et son ami un peu simplet, Niccolo, sont en quête d'un mouton égaré quand ils aperçoivent au-dessus d'eux un escadron d'avions nazis en silence complet. Ces avions planeurs se dirigent vers le Campo Imperator, un hôtel où une centaine de soldats italiens tiennent caché l'homme le plus détesté des habitants en cette année 1953, le dictateur déchu, Mussolini. Quand la nouvelle de la déchéance de son ami et père du fasciste lui parvient, Adolf Hitler pique une de ses crises de colère légendaires, invective les italiens, promet de sévères réprimandes ( entre autre de capturer le pape) et exige qu'on libère son idole sur-le-champs. Ainsi est mise en branle l'Opération Eiche, sous le commandement de Otto Skorzeny, homme d'action aux grandes ambitions, qui voit là l'occasion de gravir les échelons. Ce qu'il ignore, c'est qu'il devra retenter cette opération par quatre fois, qu'un de ses planeurs allait rater son atterrissage parce que l'un de ses patins s'est fiché dans le crâne du mouton de Tomasso et que même si le seul coup de feu qui sera tiré sera un accident, on trouvera à travers le bazar aérien et deux factions ennemis le moyen de réussir à sauver le Duce sans tuer personne. En parallèle, Tomasso et ses deux acolytes tenteront de se faire dédommager l'animal à travers le bazar en question. Un strudel avec ça? J'aime toujours autant la façon surprenante de monsieur Camille Bouchard de traiter la narration. Ce qui aurait pu n'être qu'une opération militaire particulièrement hasardeuse et pourtant fort chanceuse devient presque une pièce de théâtre comique. Avec le ton caustique et un brin moqueur de Tomasso, l'insistance sur certains traits des personnages et la nonchalance des civiles qui côtoie l'urgence des militaires, y a pas moyen de prendre tout ça au sérieux. Surtout avec la chute finale, celle au sens figuré et celle au sens littéral. Petit roman sur un petit épisode déjanté de la seconde guerre mondiale, servi en tranches courtes, "Opération Eiche" est le roman le plus surprenamment léger que j'ai lu sur cette période trouble de l'histoire mondiale. Ni morts, ni torture, ni massacres, pas l'ombre d'une bagarre, on y retrouve juste beaucoup de cris, de mouvements et d'avions - Avec 3 témoins qui font tâche - dont un cadavre de mouton trainé sur les épaules de Tomasso. Il y a quelque chose de jouissif à penser que Mussolini, si superbement imbu de lui-même, qui s'est évertué à nourrir un véritable culte de sa propre personne de la part de son peuple, père du fascisme, dictateur sans pitié et meilleur ami d'un autre dictateur tout aussi déraisonnable, ait été réduit à l'état de prisonnier devant se faire sauvé les fesses par un homme pas plus vertueux que lui. On voit un peu de cette déchéance, cette image fracturée, loin des photos en contre-plongés , de la propagande et des dialogues dégoulinant de narcissisme de mâle dominant. Ils auront beau bouder la réalité comme il veulent les dictateurs, elle finira toujours par leur revenir en pleine tronche. Et pas de la plus élégante des manières, L Histoire nous le dit. J'ai trouvé le français très européen, avec des tournures de phrases que je lis davantage de la France, notamment le récurrent mot "couillon", qu'on emploi pas vraiment en francophonie américaine. En même temps, comme on est en sol européen, ce serait cohérent. Les titres des soldats et noms d'unités sont dans leur langue allemande. Enfin, il y a présence de termes italiens également, mais tout se comprend très bien et des traductions arrivent parfois de la part des personnages. Une autre lecture étonnante et historiquement inspirée de faits réels pour le productif auteur québécois. Pour un lectorat adolescent, 1er cycle secondaire, 12-15 ans **Pour les bibliothécaires et profs: Il y a quelques vilains mots ( en allemand surtout), mais rien de très méchant.
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C'est pas juste dans ta tête

Par Virginie Cloutier-Naud
(4,0)
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Incontournable Documentaire Ado Mai 2023 La maison Les Malins commence à développer ses documentaires un peu plus. Nous connaissons leur "ABC des filles' et leur "Gros livre épais" ( pour les gars), qui reviennent en boucle chaque année, mais récemment, j'ai trouvé ce livre-ci. "Pas juste dans ta tête" traite d'anxiété, l'émotion, mais aussi ses sources, ses manifestations et ces conséquences quand elle devient envahissante. Dans sa forme, il n'est pas complètement neutre comme les docus traditionnels. Une part est attachée au vécu de son autrice. Ce peut être intéressant pour apporter un angle personnel et plus complice en terme de narration. J'apprécie néanmoins que le volet information soit plus neutre, car il relève alors de faits, non pas d'interprétation. L'autrice emploie un ton amical, ponctué parfois d'anecdotes, et se sert du tutoiement, ce qui rend le tout moins formel et moins froid. Surtout, ce qui me semble être une grande force dans l’œuvre est l'impression que le livre est vraiment conçu et pensé pour le lectorat adolescent, non pas adulte. Le documentaire jeunesse adolescent est jeune dans la famille documentaire jeunesse et je déplore cet fait. Les ados ne sont pas des adultes. Je ne dis pas cela pour les infantiliser, c'est une simple question de développement . Je pense que le "traitement" des œuvres est donc à peaufiner pour mieux se coller à leur groupe d'âge. Par exemple, penser à vulgariser les concepts, pour mieux adresser l'information à des 12 à 17 ans, encore scolarisés et encore peu expérimentés dans certains domaines. Aussi, penser à parler des enjeux de leur groupe d'âge, qui sont très souvent différents que pour les adultes et s'ils sont similaires, peuvent se traduire différemment. L'anxiété est un bon exemple, car d'un strict point de vue de développement biologique, psychologique et social, nos ados sont dans un groupes différent des adultes. Ils sont aussi à l'âge des premières fois à bien des égards, leur perception seront donc différentes de l'adulte habitué et expérimenté. Enfin, d'un point de vie d'intérêts et de réalité sociale, ils sont d'une génération différente. Bref, tout ça pour dire que je suis ravie de voir des livres tenir compte des ados en tant que groupe d'âge et de mieux tenir compte de leur besoins, ce qui les intéresse et ce qui les concerne. C'est bien plus important qu'on le croit. Dans le présent livre, plusieurs aspects m'ont plus. Je suis d'abord ravie de voir une rubrique traiter de la différence entre introversion on et extraversion. Si nous ne sommes ni tout l'un, ni tout l'autre, reste que nous avons une prédominance de l'un par rapport à l'autre, qui peut fluctuer légèrement dépendamment de certains facteurs. Pourquoi est-ce pertinent d'en parler ici? Parce que le monde occidental est généralement à la faveur des extravertis, considérés comme "plus sociables", "plus audacieux" et globalement perçus comme des meneurs. Déjà, c'est faux, ce sont des traits spécifiques, que peuvent donc avoir les introvertis, mais surtout, on tend à mettre la pression sur les introvertis à se reformater dans l'extraversion, comme si on pouvait aisément changer un trait de tempérament. Les pousser à avoir de gros groupes d'amis, de sortir souvent, de cultiver leur image, bref, tous ces aspects associés aux extravertis ( que ces derniers n'ont pas forcément non plus, d'ailleurs). Cette dynamique de perceptions et de pression sociale peut devenir une source de stress et joue sur l'anxiété. Aucune personne ne devrait se faire pousser, directement ou pas, à changer de tempérament. Savoir ce que sont réellement l'introversion et l'extraversion, qui n'ont rien à voir avec les traits sociable, meneur ou audacieux, mais bien avec la stimulation et l'énergie, permet de mieux comprendre la dynamique sociale autours de ces deux pôles. Et surtout, de mieux se connaitre. Parmi les autres éléments fort pertinents, nous retrouverons de plus amples explications sur les formes d'anxiété, comme l'écoanxiété, l'anxiété de performance ( un grand mal dans les écoles de tous niveaux) ou encore le trouble d'anxiété généralisé ( communément appelle "TAG"). On aborde ses composantes, ses manifestations, ses conséquences et surtout les moyens pour mieux la gérer. J'aime énormément le fait qu'il est clair dans le livre qu'il ne faut pas non plus tomber dans le panneau de devenir anxieux " à essayer de gérer son anxiété", ça revient à faire de l'anxiété de performance, mais sur l'anxiété elle-même! On ne peut PAS complètement se prémunir de l'anxiété et ce , pour une raison toute simple: C'est une émotion. Il est impossible d'être jamais triste, en colère ou joyeux, pas plus que de ne jamais être anxieux. Et l'autre grande vérité, celle que des gens continuent de dénier, c'est le fait que TOUT LE MONDE vit de l'anxiété. Certes, à des niveaux variables, dans des formes variables, mais à moins d'un trouble ou d'une anomalie neurochimique, tout le monde vit de l'anxiété, tous les genres, toutes les ethnies, toutes les classe sociales, tous les types de personnalités. TOUT le monde. Anxiété et stress sont également deux concepts distincts, et ils ont leur fonction propre, on l'abordera dans le livre. Pour reprendre l'allégorie courante à leur sujet: "Quand la menace est devant toi, c'est un stress, quand la menace est dans ta tête, c'est de l'anxiété", avec souvent comme exemple de menace le mammouth. Drôle d'exemple, mais toujours cocasse à entendre. Dans le monde de l'intervention psychosociale, on parle souvent de "facteurs de risque" et de "facteurs de protection". Il en sera question ( peut-être pas dans ce deux termes là, mais je paraphrase ici). L'hygiène de vie, la gestion des réseaux sociaux, les sphères sociales, les activités physiques, les rêves et aspirations, les modèles ( au sens social), l'éducation, les besoins primaires ( sécurité, nourriture, toit, santé) et la scolarisation ( associé aux connaissances générales et aux perceptives d'avenir) constituent, selon leur degré de présence ou non, des facteurs de protection ou de risque. Ils n'induisent pas d'anxiété, ils influencent l'anxiété, nuance. Un facteur de risque ou de protection ne sont pas des causes, ils restent dans l'ordre de la possibilité de nuire ou d'aider. Et là je place un ingrédient majeur abordé dans le livre qui devrait être abordé beaucoup plus dans les écoles dès le primaire, l'estime de soi. C'est le pilier de notre santé mentale et de notre perception de soi. Une bonne estime de soi implique aussi d'avoir confiance en soi, de s'estimer, se reconnaitre sa valeur, de reconnaitre ses besoins et ses limites. Donc, inévitablement, il faut parler d'estime de soi quand on parle d'anxiété, elles peuvent être étroitement corrélées, même si bien sur, les facteurs de risque et de protection ont leur part d'influences. Dernier point, comme le titre l'indique, "c'est pas juste dans la tête". Être anxieux n'a rien d'une folie ou d'un cas isolé, encore moins d'une faiblesse ( j'emmerde la masculinité toxique, les coachs de vie et tout ceux qui prétendent le contraire!) . Qui plus est, il faut aussi comprendre que l'anxiété vient avec des conséquences somatiques, c'est-à-dire qu'elle génère des réactions physiques qui peuvent devenir perturbantes, donc "pas juste dans la tête". Maux de ventre, crises panique, problèmes de sommeil, sueurs froides, etc. Il existe une large palette de réactions physiologiques liées à un excès d'anxiété et encore une fois, c'est normal, les autres émotions aussi viennent avec des réactions physiques. S'ajoute à ce tableau fort complet des illustrations, souvent cocasses, des tableaux et des appuis. Graphiquement, ça ressemble à un mélange de revue et de périodique. J'aime la mise en page et la structure pour cette raison. Vous trouverez aussi des infos pertinentes, notamment la bibliographie et les numéros des organismes d'aide à la fin. Je suis donc vraiment contente qu'on se penche à la fois sur la cas d'une émotion très mal connue et du documentaire ado en une fois. J'espère en voir pousser d'autres sur d'autres enjeux, de manière aussi complète, pour nos ados. Ce ne sont pas les sujets qui manquent et nos profs comme nos parents sont également en quête d'idées de lecture pour leurs ados sur des sujets comme la psycho, la société ou encore les enjeux sociaux. Petit ajout qui pourrait néanmoins être intéressant à ajouter dans ce genre de livre: des témoignages. On illustrerait ainsi mieux la réalité terrain des ados, et surtout, la diversité liées aux personnalités, aux situations socio-économique et aux profils culturels. La diversité, on en a jamais assez! Pour un lectorat adolescent, à partir du 1er cycle secondaire, 12-15 ans+** **Je pense que même les 10-12 ans peuvent y trouver de très bons éléments.
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Sur la trace d'Atûsh

Par Patricia Raynault-Desgagné et Valérie Desrochers
(4,0)
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"Sur la trace d'Atûsh" est le second opus de la série de Nathan, protagoniste de "Pas comme les autres", le premier tome, série écrite par l'anthropologue, spécialisée dans la Nation crie, Patricia Raynault-Desgagné. Cela dit, il n'est pas nécessaire d'avoir lu le tome 1, le tome 2 se suffit assez bien à lui même, mais si vous en avez la possibilité, lisez-les dans l'ordre. Nathan a 13 ans, nous sommes donc trois ans plus tard par rapport aux évènements de "Pas comme les autres". Il retourne en territoire cri , le Eeyou Istchee, près de la baie James, dans le Nord du Québec. Il y retrouvera Petâpan, son ami rencontré dans le tome 1, qui a bien grandit depuis leur aventure en canot qui a faillit tourné au drame. Cette fois, leur séjour en canot se fera sur plusieurs jours et ils seront plusieurs membres. Ils feront une route empruntée par leurs aïeux jusqu'au territoire de chasse, le Vieux Nemaska. Entraîné avec d'autres jeunes cris dans une excursion exigeante, mais qui sera l'occasion d'entendre de nombreuses histoires et légendes de la première nation, Nathan entendra aussi parler d'une créature mystérieuse qui s’inscrit dans le folklore de la région, "Atûsh", que les Blancs appellent aussi "sasquatch". Certaines personnes seraient très intéressées de le débusquer, mais à quel prix? Attention, à partir d'ici, il y aura des divulgâches. C'est toujours aussi intéressant de découvrir le monde des premières nations. Dans ce tome-ci, on en apprend sur le folklore, sur les périples que faisaient les Eeyou entre rivières parfois hasardeuses et le portage par les terres. Il y a aussi la dimension entourant le sasquatch, Atûsh, qui dans l'histoire, fait venir un Blanc curieux qui cherche non seulement à le trouver, mais aussi à le chasser ( ou à tout le moins l'immobiliser), puisqu'il emplois une technique de chasse illégale, le piège à ours, cette espèce de trappe en métal qui ressemble à une mâchoire dentelée. C'est terriblement cruel pour les animaux et dangereux pour les humains également. Pour avoir récemment entamé la lecture de Nipishish, de Michel Noël, il n'était pas rare pour les Blancs francophones et anglophones de se livrer à des pratiques douteuses en matière de chasse, illustrant par le fait même leur profonde méconnaissance de la Nature et son total absence de respect du vivant. Il y a une dimension sociale que j'ai observée et appréciée. Il s'agit de la façon de s'écouter et de respecter l'émotion ou le récit racontée. Je donne par exemple le fait qu'on ne cherchait pas à consoler ou à réagir aux propos des autres, mais de les accueillir dans le respect. C'est une notion intéressante, car elle sous-tend que donner un avis ou partager un état émotif peut se faire sans avoir forcément un retours de la par des autres, Parfois, on a juste besoin de verbaliser pour évacuer, pas de se faire encourager aussitôt comme un automatisme. Bref, j'aime bien voir d'autres façons de faire ou de considérer la communication. Il y a aussi une petite histoire d'amour entre Nathan et Stella vers la fin. J'aime beaucoup le respect dans leur relation et le fait que Stella n'est pas apprécié que pour son physique, mais surtout pour ses qualités. Je me serais néanmoins attendu à plus de complicité entre Nathan et Petâpan, mais ce fut quelque peu secondaire. En comparaison, les turbulents jumeaux Chris et Sam ont occupé beaucoup d'espace sans vraiment ajouter de pertinence au récit. L'univers en présence est relativement tranquille, mais intéressant et dépaysant. Il constitue l'une des trop rares série de romans pour mes jeunes Lecteurs en librairie jeunesse québécoise de découvrir une des Premières Nations de la province. Avec ses chapitres courts, sa plume accessible son grain d'humour et sa richesse d'éléments, "Sur la trace d'Atûsh" vient rejoindre son frère "Pas comme les autres" dans les incontournables du second cycle primaire à mettre aussi bien dans les biblio-classes, que les bibliothèques scolaires et que les foyers québécois. Deux romans pour changer le regard des jeunes sur ces peuples qui partagent nos terres et dont les enseignements, histoires et connaissances méritent assurément d'être davantage considérés et estimés. Pour un lectorat intermédiaire du 2e cycle primaire et plus ( 8-9 ans+).
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Motel Calivista T.2 : Les trois clés

Par Kelly Yang
(4,0)
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Voleur de sandwichs (Le)

Par André Marois et Patrick Doyon
(3,8)
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"Le voleur de sandwich" est un incontournable parmi les incontournables en Librairie Jeunesse québécoise, il aura fait lire de nombreux jeunes québécoises et québécois du lectorat intermédiaire et aura même trouvé sa place dans les écoles, que ce soit en analyse du roman policier ou en biblio-classe. Il s'agit du premier tome d'une série, "La classe de madame Tzatziki", qui n'a pas de tomaison, puisque vous pouvez les lire dans le désordre et indépendamment les uns des autres. Dans le premier tome, Marin est le genre d'enfant qui a des parents pour qui les livres de recettes offert à Noël valent la peine, car ils adorent cuisiner. Résultat, le jeune garçon possède une routine de sandwichs fabuleux et diversifiés, de quoi regarder nos sandwichs jambon fromage d'un œil un peu blasé. Néanmoins, en ce beau lundi, Marin est loin de se douter qu'il se fera voler son précieux sandwich. Commence alors une enquête pour trouver le coupable, qui a le culot de récidiver tout le reste de la semaine! Qu'à cela ne tienne, Marin a de la suite dans les idées et une maman complice plutôt astucieuse. C'est donc une série d'hybride entre le roman et l'album ( ce que certains appellent "Roman graphique") du genre policier, avec un.e illustrateur.rice différent.e.s pour chaque tome. Ne vous étonnez donc pas que le graphisme change entre eux. La formule très graphique où le texte côtoie les dialogues, dans un format différent du roman, a beaucoup plu à mes jeunes lecteurs et lectrices, qu'ils soient férus ou non de lecture. L'humour et le thème scolaire sont également des choses plutôt universelles, ce qui plait à de nombreux jeunes lecteurs. "Le voleur de sandwich" est ce genre d'hybride qui constitue une valeur sure, même si bien sur, un petit détours auprès d'un.e libraire reste toujours pertinent. Et une façon pétillante de s'initier au roman policier jeunesse. Pour un lectorat intermédiaire du 2e cycle du primaire, 8-9 ans.
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Je n'aurai plus jamais peur des migrations

Par Sarah Bertrand-Savard
(4,5)
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Incontournable Septembre 2023 Dans ce petit livre en vers libres, dont les mots sont des pièces découpées réorganisées à la manière d'une lettre anonyme, on traite de la peine d'amitié, qui implique d'aussi gros deuils que les relations amoureuses, chez les adultes, mais aussi chez les enfants. Notre narratrice déménage loin, sur la Côte-Nord ( pour les européens, c'est une région au Nord-Est du Québec, très haute et à environ 6h de Montréal). Non seulement elle expérimente la perte de tous ses repères, son foyer, son cercle social et son milieu, elle doit aussi composer avec son amitié compromise. De ce qu'on en comprend, elle et sa meilleure amie le sont depuis un bon moment et ça semble constituer leur première "grande amitié" de part et d'autre. On comprend que leur relation est complice, remplie de plaisir et d'intérêts communs. Elles ont bâtit quelque chose de sain et de plaisant et maintenant, leur lien est compromis par la distance. Notre narratrice se sent isolée et seule, et c'est avec ces petits mots coupées et organisées qu'elle externalise. Si on parle volontiers de peine d'amour, on oublie de parler des peines d'amitié, peut-être parce que l'amour conjugal occupe beaucoup de place dans la fiction comme dans la vraie vie. Néanmoins, la peine d'amitié peut causer la même souffrance psychologique et engage le même processus de deuil que le deuil amoureux, psychologiquement et même physiquement. Lentement, mais surement, la narratrice va apprendre à vivre sans son amie, mais elle espère encore pouvoir entretenir son amitié. Les choses vont changer quand elle reviendra la voir, des mois plus tard. Entre elles, il y a des silences, des blancs entre les mots, plus ou moins de plaisir. La relation n'a pas évoluer entre temps, mais elles, si. La narratrice prend conscience qu'elles ont changé et que leur amitié ne semble pas survivre aux changements dans leurs vies. Peut-être est-il temps d'aller de l'avant. Ce que j'ai trouvé beau dans cette fin ouverte, c'est que la narratrice semble vouloir garder le souvenir de cette amitié précieusement dans son sac-à-dos de vie. Même si les amitiés prennent parfois fin, ce qu'elles ont amené en terme d'expérience et de bon temps reste important. Les amitiés nous façonnent, elles nous font grandir et demande beaucoup de choses: les compromis, la communication, la confiance, le partage, etc. Ce qu'elles laissent comme traces sur nous est majeur dans la construction de notre identité, le développement de nos champs d'intérêt et de nos compétences sociales. Surtout, on apprend à se connaitre soi-même dans les amitiés. Donc, même terminées ou avortées, elles demeurent notables dans notre cheminement. De plus, comme le dit le titre, savoir qu'on peut survivre aux peines d'amitié et que d'autres suivront, constitue un apprentissage en soi. Le mouvements , ces "migrations", que ce soit d'un endroit à l'autre ou d'une humain à une autre, sont normaux et nécessaires. Je remarque l'impression de clivage entre les deux personnages. La narratrice semble prendre beaucoup de temps à cogiter sa peine, sans porter attention au monde nouveau autours d'elle. C'est différent, partout, mais on ne sait pas trop pourquoi. Côté texte, c'est épuré, le registre émotif est facile à comprendre et les termes accessibles. Je pense que les non-initiés à la poésie ne devrait donc pas avoir trop de mal à comprendre les thèmes et le ressenti du personnage. Un beau petit livre sur un thème encore peu exploité ( ou du moins rarement en tant que thème central) à travers une fresque d'émotions et de petits mots découpés, qui s'ouvre sur l'espoir et des rencontres nouvelles. Pour un lectorat intermédiaire du troisième cycle primaire, 10-12 ans
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Morane adoooore parler!

Par Émilie Ouellette et Lidia-Ntombo Lulendo
(4,0)
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Je remercie la maison Québec Amérique de nous avoir fait parvenir ce petit roman débutant. Morane adore parler. C'est plus fort qu'elle, tout semble l'inspirer et tous les sujets semblent pertinents à verbaliser. C'est une petite fille qui est donc très bavarde et éprouve le besoin de partager ses réflexions nombreuses avec les gens atours d'elle. L'ennui, c'est que ce n'est pas toujours le meilleur moment, ce qui créé une certaine irritation chez les adultes, comme la brigadière, alors que Morane a souvent des illuminations en pleins milieu de la rue qu'elle traverse. Néanmoins, sa nouvelle professeur a peut-être trouvé une façon de canalyser cette grande énergie verbale et créatrice. Morane est ce qu'on appelle "verbomotrice" et ça m'amuse beaucoup d'enfin trouver un personnage comme elle, puisque je sais ce que c'est, l'étant moi-même. Avec le temps ( et la maturation du cortex pré-frontal du cerveau) on arrive à mieux gérer toute cette effervescence de mots et d'idées pour mieux savoir les dire au "bon moment". Être verbomoteur vient aussi avec une certaine tendance à gesticuler en parlant, ce qui ajoute au côté exubérant de la chose, mais ce n'est pas forcément lié à l’extraversion. On peut être de nature introvertie, mais avoir quand même ce trait. Mais comme la loquacité prend de la place et demande l'attention des autres, on peut se retrouver souvent à se faire demander de se taire ou de moins parler. Surtout en situation de groupe, n'est-ce pas Morane? Bref, je dis souvent à la blague que quand on est verbomoteur, "c'est de faire silence qui demande de la concentration". Heureusement, ce trait est aussi pratique dans certains métier ( comme être libraire, pour conseiller des livres, ou même humoriste, comme Louis-Josée Houde, sans doute le plus verbomoteur que j'ai vu!). Dans l'histoire de Morane, sa nouvelle professeur, madame Dayani et ses belles robes colorées, propose de lui offrir la tribune pour partager ses nombreuses histoires et ses constats de vie. En somme, elle lui propose de faire des spectacles d'humour. Fait à noter, ça n'a pas empêcher Morane d'avoir le tract. Être très bavarde n'empêche pas de ressentir l'angoisse ou la crainte d'être jugé. Heureusement, avec un peu d'appuis, tout s'est bien déroulé. Morane est une jeune fille de 9 ans observatrice et créatrice qui a le sens de l'humour et qui s'intéresse à pleins de choses. Elle a deux papas et elle est d'ethnie noire. Je le précise encore parce que c'est encore à ce jour un enjeu d’œuvrer à une meilleure représentativité des groupes ethniques. Un jour, quand ce sera enfin équitable pour tous, c'est le genre de détail que ne soulignerait plus, parce que ça ira de soi. J'ai hâte à ce jour. C'est un petit roman destiné aux 2e année ( ou 3e année avec défis), donc 7-8 ans. Vous trouverez de jolies illustrations aux belles couleurs et est fourni avec une fiche pédagogique que vous trouverez dans l'onglet "Enseignants" du site de Québec Amérique. Pour un lectorat débutant, 7-8 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Les mystères d'Anglefer

Par Johan Heliot
(4,0)
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Incontournable Juillet 2023 Après avoir accueillit favorablement le diptyque "Dragonland", où l'aventure et les personnages modernes offraient un univers intéressant, puis avoir soupiré de découragement sur "Willy et Fenris", véritable condensé de gros clichés dans un univers bancal, voici que monsieur Heliot semble revenir au genre de monde qui s'axe davantage avec la qualité de Dragonland. Sorte de Steampunk post-pandémique, "Les mystères d'Anglefer" me rappelle la saga Silo, série adulte dans laquelle les classes sociales étaient organisées les uns sur les autres en hauteur, de la plus pauvre à la plus nantie. Au sommet d'Anglefer, les habitants sont oisifs, ne manquent de rien au point de ne même plus l'apprécier et vivent sous un ciel radieux en respirant un air pur, logeant dans des bulles à l'architecture recherché. C'est dans cet Eden à la technologie mécanique complexe que vit Altaïr ( Tient? Comme l'assassin du premier opus de la saga Assassin's Creed?! Cool!) , fille du génie derrière cette techno en question. Si elle ( yup, c'est une fille) souhaite sortir de l'engluement dans lequel son esprit semble se perdre, torpeur que seuls les très riches semblent connaitre et apprécier, sa vie semble néanmoins toute tracée. Déjà, de jeunes ado, filles et garçons, voudraient bien être les premier.ères à lui mettre la main dessus, au bal donné en l'honneur de ses 13 ans. Voulant envoyer comme message qu'elle ne sent pas encore prête à devenir l'adulte engagée et intéressée qu'on attend d'elle, Altaïr commet un impair qui sera perçu comme un acte aussi snob qu'indélicat. Elle offre sa première danse à son "valet", un automate. C'était un cadeau très sophistiqué de la part de son père, qui lui retire suite à cette frasque, mais dans l'esprit de la jeune fille, des rouages sont en marche. Ceux d'un féroce désir d'émancipation. En dehors des bulles des Hautes Spères s'il le faut. Sous la couche du Schmock, ce miasme concentré de pure pollution moiteuse et cancérigène, se tiennent les quartiers ouvriers. Sales autant de surface que d'air, pauvres comme l'étaient les quartiers ouvriers de l'ère industrielle en europe, les habitants ont de faibles espérance de vie et tentent tant bien que mal d'y survivre. Dans ce décor sombre où il faut couvrir son visage pour se protéger de l'air toxique, Ormo et ses camarades d'infortune ont bien faillit se noyer dans une version liquide du schmock, sorte de boue toxique qui coule dans les tuyaux d'alimentation de la ville. Les habitants ne sont pas seulement affamés et malades, ils sont aussi surveillés par un appareil de surveillance d'automates. Les deux adolescents entreront en collision tôt ou tard. Leur collaboration viendra tout changer. Pour Altaïr comme pour Ormo, c'est plus qu'une simple question de justice sociale, c'est aussi une question de liberté. Avec sa plume adroite et sa façon de traiter ses personnages, modernes et paritaires entre genre, je reconnais le style qui a façonné les Dragonland et il me plait beaucoup. Passant du Fantasy dragonesque au Steampunk, on retrouve tout-de-même le même sens de l'aventure et l'urgence d'agir entre les deux univers. Si en soit l'idée du monde en structure pyramidale en hauteur n'est pas nouvelle, en témoigne "Silo", "Les Secrets d'Aramanth" ou même les train classé du plus riche au plus pauvre du "Perceneige", cette histoire mène bien son sujet. On imagine facilement les deux mondes et on peut imaginer que les besoins des plus riches sont aussi grandement le résultat des automates, pas seulement des pauvres diables sous le schmock ( J'aime ce nom, ça sonne comme une motte de boue qui s'écrase). Il me fait d'ailleurs penser à la zone d'ombre dans le Grishaverse de Leig Bardugo. J'apprécie toujours que le personnage féminin ne soit pas juste la potiche décérébrée de l'histoire, ici Altaïr a peut-être été "secourue", elle reste une bonne tête et son courage sauvera d'innombrables personnes. Non seulement elle a un prénom fantastique, elle a aussi un indubitable sens moral et une tendance anti-conformiste digne des vrais rebelles ( pas de ces imbéciles vêtus de noir qui sont plus couillons que courageux que je croise beaucoup trop pour mon bien-être mental). Ormo pour sa part, possède une belle sensibilité et se positionne davantage dans le rôle du personnage de soutient sans prendre toute la place du fait d'être le personnage masculin, ce qui est en soi novateur. J'aimais bien les personnages du monde d'Ormo, également. Petit détail, les enfants nés sous le schmock calcule leurs années en moites-saisons, alors que les enfants nés au dessus ont plutôt des douces-saisons. Une bonne idée, ma foi, qui ajoute une couche sur l'iniquité des deux mondes. C'est un bon roman en tome unique pour initier le lectorat intermédiaire au monde Steampunk. Celui-ci possède aussi une ligne dystopique, puisque le système supposé protéger ses habitants à échouer à ce chapitre en favorisant la création de deux groupes distincts, dont une très petite élite outrancièrement bénie, pour une majorité de gens délaissés aux besoins primaires gravement carencés. Il est impossible de s'en échapper, le libre arbitre semble presque impossible et la concentration des pouvoirs est limité à pratiquement une seule personne. Il y a donc toute la question de la justice sociale, de l'éthique et de l'iniquité sociale dans ce roman. Bref, une belle trouvaille! Pour un lectorat jeunesse intermédiaire du 3 cycle primaire, 10-12 ans