Shaynning
Libraire @ Librairie Monet
Intérêts littéraires : Biographies, Jeunesse, Littérature, Psychologie, Arts, Bande dessinée, Loisirs

Activités de Shaynning

Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

19 jours sans Noa

Par Anne-Gaëlle Balpe et Clémence Monnet
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
1 commentaire au sujet de ce livre
Incontournable Octobre 2022 Décidément, 2022 est une année de bonne cuvée pour la maison École des Loisirs. Après les formidables romans "Maydala Express" et "Une pour toutes", ainsi que les romans Intermédiaires de la collection Neuf "Soeur Hiver", "Mémoires de la forêt" et "L'Apprenti Conteur", voici "19 jours dans Noa", un récit fantastique sous le désert aux accents de contes. Dans ce roman original, vous y trouverez des thèmes d'une grande profondeur, tel que le voyage initiatique, l'importance de la mémoire et même, les dangers lié à cette forme de manipulation qu'on appelle "détournement cognitif ( Gaslighting). Mais surtout, c'est le récit d'une fratrie, dont la puissance des liens les préservent de l’oublie. Cosmo porte son nom car il est né sous les étoiles. Il vit avec sa grand sœur Salma et son grand frère Noa, sous une tente, quelque part dans un désert aride. Voilà que depuis près de 18 jours, Noa n'est pas rentré de sa cueillette de dattes. Inquiets, le frère et la sœur tentent de tenir leur routine, en espérant le retours de leur aîné. Alors que Cosmo se rend au puits, comme chaque jour, avant les heures trop chaudes pour circuler au-dehors, il croise la route d'un fennec au museau tâché. Lorsqu'il sera surpris par une tempête de sable le lendemain ( 19e jour sans Noa), c'est ce fennec qui le guidera sous le puits. Le jeune garçon bascule alors dans un monde sous-terrain, où vivent toute sortes d'entités fantastiques, mais non la moindre est le fennec lui-même, répondant au nom de Sorel. L'adolescent se montre d'une étrange amicalité teinté de despotisme, affichant tantôt une bienveillance amicale, tantôt un besoin de contrôle nourrit de mensonges. Sorel s'est auto-proclamé "Roi de Souterre", dont le talent métamorphe n'est pas le seul atout dans sa manche. Cosmo se laisse peu à peu séduire, mais quand il rencontre Valeureuse, qui vit sous terre également, il se fait mettre en garde. Sorel est en réalité malveillant et fera tout pour le garder sous terre avec lui. Cosmo a cependant un atout lui aussi: il arrive à jouer sa kora sans même avoir apprit à le faire et les visions qu'il en génère lui donne un nouvel aperçu du monde. Ce don le protégera du plus grand péril de cette grotte enchantée: L'Oublie. Sur son chemin, il fera la rencontre de deux autres enfants: Valeureuse, qui le met d'emblée en garde contre Sorel, et le petit "Belette", enfant abandonné. Wow, quel univers créatif! Je flaire quelques inspirations de contes, avec cette "chute" dans un monde sous terre, telle Alice dans le terrier, mais également la réécriture du personnage de Peter Pan dans la série "Il était une fois", où le Chef des enfants perdus était un adulte dans un corps d'enfant tyrannique et cruel. Je reconnais aussi ce mythe bien réel des pays du Moyen-Orient qui veut que les enfants aux yeux clairs soient maudits, mythe découvert dans le roman adulte "Aria", de Nazanine Hozar, et qui explique l'abandon du personnage de la Belette par les siens. La batelière m'a évoqué le passeur qui fait transiter les morts sur le Styx, dans la mythologie grecque, surtout avec les étranges créatures noires qui sillonnaient les eaux tout autours. C'est un récit intemporel, d'une grande beauté, où un garçon sera mit à l'épreuve bien malgré lui, mais qui en sortira plus sur de lui, plus fort et avec une plus fine connaissance de lui-même. Certains passages manquaient peut-être de fluidité, surtout les moments où les personnages se parlaient. J'avais l'impression que durant ces conversations à trois, l'un des trois étaient complètement hors décor ou étrangement statique, comme si le temps s'arrêtait pour lui. Hormis cela, le récit coule bien. *Attention, dilvugâche Sorel est un antagoniste très particulier pour un univers jeunesse, j,en ai rarement vu de semblables. D'habitude, les "méchants" maquent de nuances et sont directement désagréables. Sorel appartient à un autre genre: celui du manipulateur intéressé. Alternant entre sa façade sympathique, amicale et même prévenante, il bascule sur une autre facette, celui du tyran. Sorel emploie, comme je l'ai évoqué plus haut, du "détournement cognitif", que les anglo appellent "gaslighting", c'est-à-dire "une forme d'abus mental dans lequel l'information est déformée ou présentée sous un autre jour, omise sélectivement pour favoriser l'abuseur, ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale"( Source: Dictionnaire Merriam Webster). En gros, Sorel manipule la perception de la réalité de Cosmo, en utilisant ses propres paroles contre lui, mais déformées pour le favoriser, minimise toutes les crasses qu'il lui fait en les banalisant ou en les éludant, lui ment ouvertement, utilise même ses émotions pour susciter de la pitié ou avoir ce qu'il veut. Sorel est un excellent manipulateur, on voit une sacrée panoplie de techniques de manipulation mentale de type détournement cognitif tout au long de l'histoire. C'est un profil qu'on connait beaucoup mieux dans la violence conjugale, de nos jours, mais il importe de savoir que ces manipulateurs se retrouvent aussi dans les relations amicales, fraternelles ou même professionnelles. Je suis donc vraiment ravie de voir ce profil apparaitre dans un roman jeunesse intermédiaire! C'est en observant le genre de paroles et comportements qu'on peut mieux s'en prémunir. Sorel nous montre surtout qu'il a de grosses lacunes sur son estime de soi, et plutôt que de verbaliser ses craintes d'être seul à jamais dans la grotte, fera des pieds et des mains pour contraindre Cosmo, Valeureuse et les autres enfants ayant eu le malheur d'atterrir dans la grotte, d'y rester. Pire, il s'impose en tant que "souverain", trônant au sommet d'une hiérarchie reconnue de personne, qui lui sert à combler ses caprices et ses plaisirs sans la moindre compassion ou empathie pour ceux qui les subissent. Comme ses pauvres ombres qu'il a joyeusement estropiées. Elles n'en gardaient aucune blessure, mais elles étaient terrorisées par le fait d'être déchirées ainsi. le passage où Sorel a tué un poisson en alléguant qu'il constituait la seule source de nourriture, alors qu'il possédait en réalité des vivres, a choqué Cosmo. Ce passage marque un tournant dans la perception qu'on peut avoir de Sorel, qui se montre vraiment cruel. Sorel manifestera deux fois de la vulnérabilité, laissant croire qu'il vit de la solitude et du dépit, mais son chantage émotif, ses manoeuvres déloyales et son talent pour la manipulation font de lui un personnage qui inspire de la pitié. Contrairement à Cosmo, qui est empathique, bienveillant et même naïf, Sorel ne semble pas avoir été capable de créer des liens suffissent forts pour lui inspirer un retours dans le monde.Il faut dire que sa cécité guérie et son éternelle jeunesse lui sont préférables au vieillissement et au retours au noir. Car c'est bien ce que cette grotte offre, de la guérison, des pouvoirs et une jeunesse éternelle, mais en contrepartie, elle prend les souvenirs. Cette dualité est d'ailleurs intéressante pour le lecteur, qui verra Sorel prendre les premiers et accepter le second, alors que Cosmo, Valeureuse et le petit Belette choisirent l'verse. Pour Cosmo et ses amis, rien ne vaut la famille, le vrai monde et la mémoire. le récit est donc initiatique en ce sens où Cosmo sera confronté aux deux facettes, tantôt séduit par ce monde amusant et magique, combinés aux petits soins de Sorel, tantôt à la perte de ses souvenirs, surtout celui de son frère disparu, à sa soeur laissé dans la tente et ce monde qu'il aimerait explorer. Cosmo évolue donc beaucoup dans cette grotte. Il est donc question du murissement, dans le sens de "grandir". Il me plait de penser que la nature du don de Cosmo, sa capacité lire le passé - et donc la vérité- à travers son kora, est liée à son amour fraternel et à celui qu'il a reçu de sa mère. J'ai aussi apprécié la vive Valeureuse, qui a vu clair dans le jeu de Sorel. Quelle force de caractère que d'être capable de lui tenir tête. Elle a un atout elle aussi, avec des fleurs étoilées qui redonne la mémoire. Des fleurs que Sorel a préféré détruire plutôt de laisser ses prisonniers s'accrocher à leur mémoire ( un beau sabotage pour sa propre mémoire également). Mais si les fleurs lui laisse ses souvenirs, c'est à sa force seule qu'elle doit sa révolte contre le tyran. Sans elle, Cosmo serait perdu. Dans tous les sens du terme. Un élément qui interpelle également est celui de la famille reconstituée. Ultimement, les trois enfants perdus regagnent la surface et Cosmo retrouve Noa, qui s'était fait mordre par un serpent et a du prendre une convalescence chez de bons samaritains. Sans même tergiverser, Salma et Noa adopte Valeureuse et Aimé ( le vrai nom de la Belette). Cosmo apprend également qu'il n'a pas le même père que ses aînés, mais vu l'amour qu'il leur porte, ce détail lui semble peu important. Nous avons donc une famille reconstituée! Et qui décident de parcourir le désert ensemble. La grotte est un lieu fabuleux. On y trouve de multiples éléments, dont une batelière aux yeux turquoises qui a des airs de passeuse du Styx, des ombres grises qui se comportent comme des fantômes, des animaux et insectes métamorphes, une toile vivante qui sert de module de jeux, un lac rempli de créatures qui s'apparente à des sangsues hérissées, des lueurs enflammées qui servent de lumière dans ce monde sous terre et même un jardin moussu sous une immense braise faisant office de soleil. Une convergence d'éléments magiques dont nous n'auront pas de détails. Ils sont là, un point c'est tout. Elles n'ont pas forcément de liens ensemble, comme si cet endroit est un simple écosystème un peu bizarre. L'idée n'est donc pas élucider le mystère de tous ces éléments, ils servent de décor et on sent que Sorel est plus un envahisseur encombrant qu'une réelle part de ce monde. Je remarque aussi le décor au-dessus, une rare incursion dans un monde désertique, quelque part au Maghreb. Les personnages sont donc de peau foncé, vivent comme les gens du désert, ont des prénoms exotiques et la kora est un instrument à corde de l'ouest africain. Tout ce beau décor est franchement le bienvenu dans une littérature jeunesse occidentale encore très représentée par la France, le Royaume-Unis, le Canada et les États-Unis. Davantage de diversité ethnique et culturelle est franchement rafraichissant. Enfin, vous remarquerez la présence d'illustrations somme toute sobres, en aquarelle, dans les tons dominants ocres, noirs et bleus, souvent des représentations des lieux et quelques rares fois des personnages. J'apprécie leur présence, car elles mettent un visuel sur ces lieux hors de l'ordinaire. La couverture est d'ailleurs vraiment accrocheuse. Ce fut donc une excellente lecture, à de nombreux égards différente de ce que je vois d'habitude, un peu dans la lignée de "Soeur Hiver", qui nous fait voyager entre magie, folklore et pays scandinaves au même titre que "19 jours sans Noa" avec le Maghreb. Un tome unique qui fait naviguer sur des thèmes encore peu exploitées, dans un décor onirique. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans, ou les lecteurs habitués de la 4e année primaire ( 9 ans).
Shaynning a commenté et noté ce livre

La maison de poupées

Par Betty Ren Wright
(3,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
Écrite en 1983 dans sa version originale états-unienne, il aura fallut attendre 2021 pour avoir une version en français. L'autrice aurait souhaité élaborer une histoire de fantômes pour la jeunesse qui serait une "vraie" histoire de fantômes, non pas une histoire où les phénomènes surnaturels ne seraient en réalité qu'un coup monté ou un déguisement. Une autrice qui aurait tâté de la plume dès l'âge de huit ans. Vous trouverez ces informations dans la préface écrite par l'auteur R.L Stine. Amy, presque 13 ans, aimerait pouvoir se faire des amies et traîner comme les autres ados. C'est néanmoins chose difficile quand elle doit prendre soin de sa sœur ainée, Louann, qui a une déficience intellectuelle et requiert plus d'attention. Sa mère fait peser sur un elle des responsabilités par rapport à sa sœur. Alors qu'elle rencontre Ellen, une nouvelle venue dans la petite municipalité de Claiborne, leur sortie au centre commercial tourne au vinaigre quand Louann est impliqué dans une altercation avec un fleuriste. Pour Amy, c'est la goutte de trop, surtout qu'elle croit qu'Ellen décommande leur sortie en prétextant l'arrivé d'un couple de sa famille chez elle. Elle trouve refuge chez sa tante Clare, qui est revenue dans les environs pour vider et vendre la propriété des grand-parents d'Amy, décédés il y a longtemps. Sa tante lui propose de prendre des vacances chez elle pour l'été, histoire de lui donner du temps pour elle et, pour sa part, profiter d'un peu de compagnie. Quand Amy explore le grenier encombré avec sa tante, elle découvre une superbe maison de poupée, une réplique exacte de la maison, avec des détails précis et un respect de la réalité vraiment frappant. Même les poupées sont des répliques miniatures des membres de la famille: les grand-parent, Clare et son petit frère, le père d'Amy. Mais bien vite, l'atmosphère triste de la demeure n'est pas la seule source de malaise de la jeune adolescente. Persuadée d'avoir laissé les membres de la famille à la table de la salle à manger de la maisonnette, quand elle a montré la maison de poupée à Ellen, avec qui elle est toujours en contact, voilà que la poupée de la grand-mère se retrouve debout dans le petit salon. Et ce déplacement mystérieux n'est que le premier de nombreux autres. C'est une histoire passionnante, je dois dire. Je craignais de deviner qui a assassiné les grand-parents, car là est la grande question, mais c'est pratiquement impossible à faire. J'apprécie aussi le thème de la famille surprotectrice d'un enfant avec un handicap et une certaine forme de parentification d'un enfant par rapport à l'autre. Amy jongle avec sa culpabilité de ne pas en faire plus pour sa sœur handicapée et d'aspirer à plus d'espace pour elle-même, tout en implorant une plus grande liberté. L'équilibre entre ses besoins d'adolescente en pleine recherche d'autonomie et d'espace privé se heurte aux besoins que la mère d'Amy estime nécessaires à Louann . Néanmoins, cette maman tend à mettre trop de responsabilités sur l'une, et vraiment trop peu pour l'autre. Quand Louann visite Madame Peck, qui va la garder quand Amy va aller passer ses vacances chez sa tante, elle développe des habiletés et assume de nouvelles tâches. Cela illustre à quel point Louann est couvée, alors qu'elle pourrait être responsabilisé davantage. Cela lui servirait et la valoriserait. À L'opposé, la maman attends de son cadette qu'elle soit toujours avec sa sœur pour la protéger, alors que ce n'est pas un rôle pour un enfant ou un adolescent. C'est ce qu'on appelle "parentification", quand un enfant assume des responsabilités d'adulte. Dans l'histoire, nous naviguons donc sur cette sororité singulière, qui se cherche un équilibre. Amy évolue à ce sujet, passant d'un trop pleins à un acquiescement sincère quand à sa relation sororale. L'idée n'est pas de ne pas être impliquée auprès de sa soeur, mais qu'il y ait un rapport sain entre elles, où elles partagent une relation, plutôt qu,une relation unidirectionnelle. Ce n'est pas facile, assurément. Le thème est somme toute bien développé et ouvre sur une sororité plus harmonieuse, où Louann présente une force qui lui est propre, arrive à se faire des amies et a tout-à-fait la capacité d'évoluer en tant que personne. Amy jongle entre son égocentrisme adolescent ( normal, soit dit en passant) , sa culpabilité nourrie de ressentiment et son affection réelle pour Louann. Amy a du lâcher prise à faire, Louann a besoin qu'on cesse de la traiter en petit enfant. Du côté des adultes, Clare aussi est un personnage complexe. D'humeur changeante, de tempérament réactif , elle a néanmoins un bon fonds. Tout comme Amy, elle a été une adolescente étouffée par les exigences de ses tuteurs, et c'est sans doute ce qui la rend compréhensive face à la situation d'Amy. Elle trimballe également une histoire familiale sombre, puisque ses grand-parents furent assassinés et qu'aucun coupable ne fut trouvé. Un personnage pleine de bonne volonté, mais maladroite dans la gestion de ses émotions. Il y a donc, je trouve, une recherche derrière les personnages de cette histoire, qui aurait pu tenir même sans le volet surnaturel. Le surnaturel, donc. Ce qui est étonnant, par rapport à certains autres romans jeunesse au registre de l'épouvante, c'est qu'on ne saura jamais ce qui est arrivé à cette maison aux poupées qui se déplacent. Étaient-ce vraiment des fantômes? Étaient-ce des poupées habités par des âmes? Était-ce leur volonté ou celle des grand-parents? On ne saura jamais et au fond, peut importe. Elles ont livrer leur message, c'est l'important. Attention-Dilvugâche La fin m'a semblé un chouia incohérente, en ce sens où les évènements entourant les meurtres sont un peu insensés. La fuite de la grand-mère dans le petit salon avec le petit frère ( elle a eu le temps de rechercher le petit frère, descendre en bas, poser le meuble, écrire la lettre d'inculpation, alors que le mari est tiré d'une balle dans la chambre au même étage, ce qui est temporellement improbable), le choix du lieu de fuite (pourquoi pas dehors?), la lettre écrite ( elle a eu le temps?) et sa cachette beaucoup trop bien cachée ( à moins de revenir d'entre les mort pour indiquer la cachette, autrement, c'est peu intuitif de chercher là) me laisse perplexe. Il est à noté que la différence technologique explique aussi qu'une ligne téléphonique coupée suffise pour isoler les habitants d'une maison, dans les années 50 comme dans les année 80. Je ne sais pas si mes amateurs d'épouvante adolescent.e.s assidus de ce genre littéraire seront véritablement effrayés par cette histoire, mais pour ceux et celles qui sont plus néophytes ou facilement impressionnables ou simplement amateur/amatrices d'histoires de fantômes devraient apprécier. Il pourrait aussi convenir aux 10-12 ans qui raffolent du genre, car ce roman n'est pas sanglant ou horrifiant. Les manifestations surnaturelles se limitent à la maison de poupée et restent très légères. Je dois dire qu'avec des enfants de 10 ans qui regardent des séries telles que Strangers Things ou pire, Le jeu du calmar, ma conception de ce qui est "horreur/Épouvante" pour la jeunesse est quelque peu malmenée, ces temps-ci... Un bon roman sur les thèmes de la sororité, de l'adolescence, de la famille et bien sur, d'évènements surnaturels inexpliqués et inexplicables. Pour un lectorat à partir du premier cycle secondaire ( 13 ans+) ou du troisième cycle primaire ( 11-12 ans) pour les lecteurs initiés/habitués du genre.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Dernier départ, 14h45

Par Valérie Fiset-Sauvageau
(4,5)
2 personnes apprécient ce livre
1 commentaire plus récent
Incontournable Octobre 2022 Voici un membre de la très sympathique collection "Oser Lire" de la maison Bayard Canada, qui a su nous élaborer quelque chose d'essentiel, à savoir une "Littérature pour Débutants Francophiles" ou reformuler autrement, des romans pour ceux et celles pour qui le français n'est pas la langue maternelle. Une super idée pour tous nos ados qui travaillent leur français, sans tomber dans les albums jeunesse beaucoup trop enfantins pour eux. Idéal aussi pour nos anglo qui ont besoin de romans pour leur classes de Français Langue Seconde. Enfin, intéressant pour les Lecteurs Raccrocheurs, qui souhaitent des romans courts et simples qui sont intéressants. La particularité de "Oser Lire" ne réside pas seulement dans sa formule brève et au français simple, vous trouverez en outre DEUX côtés. Sur le premier, le côté 'Oser": une version courte et simplifiée, sans la fin, pour donner envie d'aller plus loin. Sur le second, le côté "Lire", la version complète et originale, suivie d'un lexique, qui donne des définitions sur les expressions ou termes plus soutenus. Dans ce roman-ci, fort à propos en ce mois d'Octobre, nous découvrons une histoire de fantômes. Damienne est une jeune employée pour une compagnie d'autobus et cet après-midi là, elle constate qu'une dame âgée habituée est seule. D'ordinaire, l'aînée est accompagnée de son petit-fils et prend la trame de 14h45. Quand elle lui offre un sourire, la dame prend le paris de lui demander si elle peut l'accompagner au petit village en prenant l'autobus avec elle. Damienne accepte et durant le trajet, s'endort, tandis que la dame tricote. Seulement, quand elle se réveille en se cognant la tête contre le vitre - l'autobus a heurté un original - la dame n'est plus là. Quand elle demande aux autres passagers, personne ne se souvient d'elle. Il ne reste de sa présence que son tricot. *Attention- Divulgâche Dans la version courte, l'histoire s'arrête au moment où Damienne réalise que personne n'a vu la dame âgée, Edna. Dans la suite, dans la portion "Lire", Damienne reprend la route avec les passagers, après avoir attendu les secours. Elle doute de ce qu'elle a vécu, croit qu'elle s'est peut-être embrouillée suite au coup à sa tête. Pourtant, entre le moment où elle est passée de la station où s'étaient réfugiés les passagers et ses vérifications dans l'autobus, le tricot incomplet laissé à la station, était terminé à son retours. Comme si la dame invisible l'avait achevé. Quand elle atteint finalement le village, elle croise la route du petit-fils en question, qui semble bien triste, aux côté de son chum/mec. Damienne lui demande des nouvelles d'Edna, mais le petit-fils se montre dur, en lui disant que si c,est une blague, elle n'est pas drôle. Ils allaient partir, furieux, quand Damienne remet le foulard/écharpe au petit-fils. Il y découvre le parfum de sa grand-maman. Son petit-ami sort alors une urne de son grand sac. Edna est décédée il y a une semaine et son petit-fils, en retard, a prit l'autobus suivant ce fameux vendredi. Il y a donc fort à parier qu'Edna a prit l'autobus pour remettre son tricot à son petit-fils, mais ils se sont ratés. Hugo, le petit-fils, et Akim, son copain, commencent alors à parler avec la jeune femme et sur la conversation quand à son avenir, Damienne leur confie qu'elle souhaiterais bien démissionner et reprendre ses études au Cégep, en théâtre peut-être bien? Comble de hasard, Akim est dans le milieu et propose d'en discuter sur le chemin du retours. Ils vont porter les cendres dans l'eau de l'océan, avant de reprendre la route. Une histoire de fantômes, donc! Une histoire facile à lire, avec des phrases courtes, au présent de l'indicatif comme temps de verbe employé. Les dialogues sont aérés, les complément de phrases peu présents. Les phrases sont structurés en lots de quatre ou cinq lignes, de manière similaire à ce qu'on voit en poésie ou en théâtre. C'est une bonne petite histoire, et bien plus adaptée au lectorat ado que ce qui se fait en littérature débutante pour francophones ou les romans ado pour francophones, qui sont trop gros ou complexes la plupart du temps. L'ajout du lexique est une excellente idée, la couverture sobre est convenable et les indications quand au sens du livre sont claires. Aussi, il est temps de rappeler que tous les romans ne sont pas des briques à lire et que leur taille ne fait pas la pertinence et la qualité. Franchement, j'adore le concept. Pour un lectorat à partir du premier cycle secondaire ( 13 ans+), mais peut aussi convenir au lectorat adulte.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Lugosi le mouton-garou

Par Philippe Malempré et Arnold Hovart
(5,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Octobre 2022 Mention "Olibrius" Album Intermédiaire 2022* Cet album est carrément délicieux, du genre qu'on ne croise pas souvent, qui plus est! C'est un peu comme tomber sur un joli chocolat fin dans le fatras de bonbons bon marché de sa bonbonnière en forme de citrouille, après la chasse aux bonbons d'Halloween. Admirez. Lugosi observait les cotonneux nuages dans l'azur bleuté, qui évoquaient la forme de moutons, ce qui ouvrait naturellement son appétit de vorace amateur de viande. L'un d'eux, beaucoup plus foncé que les autres, lui sembla être le mouton noir du troupeau. Une réflexion qu'il fit à voix haute, ce qu'il eut tôt fait de regretter. En effet, le mouton-nuage susceptible n'apprécia pas la remarque et lui lança un éclair, en bon cumulonimbus qu'il est. Le loup transformé en carpette fumante s'éveilla alors que la lune apparaissait, dont la sinistre lueur se diffusait sur la prairie. Hypnotisé par elle, le loup fit ce que font communément les loups en présence d'une jolie lune pleine: hurler. Enfin, "bêler" longuement serait plus exact. Le loup fut ensuite prit d'une envie irrésistible de dévorer cet herbe au parfum si entêtant. Sous une lune moqueuse, le loup en pleine crise de végétarisme se vit progressivement changer en mouton. Quand il entendit l'appel de sa bande de loups, il ne put résister au désir de répondre, ce qui fit de lui une cible idéale. Devant fuir devant ses féroces comparses, il trouva - je cite - un "abri providentiel". Dans cette bergerie se trouvaient, comme son nom l'indique, des moutons. Devant la porte close, les loups tinrent conseil. Le chef demanda alors à celui qui avait son manuel des "trois petits cochons" la manœuvre à suivre, qui est, ils en convinrent ensuite , plutôt "chelou". Le chef proposa une tactique plus directe, qui consistait à "enfoncer la porte sans louvoyer". Les moutons attroupés les uns contre les autres, devant lesquels se tient Lugosi, observèrent les loups approcher, l'écume à la gueule. Dans les yeux apeurés du mouton-garou, le chef loup y décela une lueur blême et comprit que derrière cette laine noire se cache en réalité un loup maudit. Terrorisés d'être potentiellement contaminés, les loups battirent en retraite en toute hâte, laissant les moutons béats en extase devant leur "Agnus Dei", leur sauveur. Au petit jour, poussé par son "instinct grégaire", il suivit les moutons dans le pâturage, où il avala copieusement l'herbe verte et, accessoirement, retrouva sa forme de loup. Les moutons, d'une nature bienveillante, ne firent pas grand cas de son apparence, dont ils estimaient qu'il devait en être la première victime. "C'est ainsi que, longtemps durant, on put distinguer parmi les brebis un loup gentil, protecteur du troupeau et amateur de gazon..du jamais vu de mémoire de mouton! Lugosi vécut ainsi avec les ovins. Grâce à son penchant pour le foin, jamais plus il n'eut...fin...heu...FAIM!"-OH, ça rime! Je pense bien que même trente ans plus tard, quand je serai près de ma retraite, je rirai encore en lisant cet album au français si exquis. Non seulement les références sont hilarantes et variées, les jeux de mots et les nombreuses expressions sont abondantes et fortes à propos. Entre autres références, la première se trouve dans le nom du héro. "Béla Lugosi" est l'acteur hongro-américain qui a incarné le célèbre Comte Dracula, dans le premier film consacré à l’œuvre de Bram Stoker. Un clin d’œil qui a du mordant, dirait-on, mais qui ajoute aussi à l'atmosphère d'épouvante. Un autre, tout à propos, est celui du conte des "Trois petits cochons", bien sur. Mais la réplique sur l'Agnus Dei, l'agneau sacré de la bible, m'a carrément tué! Pas la référence la plus simple pour les plus jeunes, mais avec un bon prof, y a de quoi faire. Enfin, il y a la référence au code aéronautique "Mayday" quand Lugosi appelle à l'aide. Certains choix de mots viennent du verlant, ce langage inversé propre à la France, mais qui servent surtout à faire sortir la syllabe "lou", dans "chelou" ( louche) et "relous" ( lourd). Le texte est original, bien rythmé, fluide à souhait et au vocabulaire riche et soutenu. On y trouve des temps de verbe comme le passé simple, le grand abonné aux absents des temps de verbes en jeunesse , malheureusement, malgré son élégance en écriture. Il y a foison d'expressions comiques, de jeux de mots et une quantité appréciable d'adjectifs qualificatifs. Parmi les expressions, on retrouve: "Avoir une dent contre...", "Saigner à blanc", "passer à table", "revenir à ses moutons", "montrer patte blanche", "être le mouton noir du troupeau", "tour de cochon" et bien entendu, "Compter les moutons". Et parmi mes lignes préférées, qui sont des jeux de mots, il y a : "Au secours, mêêêê-day, à l'aide...ouvrez l'huis, heu...ouvrez moi!" "Mouais...c'est chelou, coupa le chef, septique. On est pas à l'abri d'un coup de cochon. Revenons à nos moutons, je propose que nous enfoncions la porte sans louvoyer". "À moi, un mutant...un mouton!" "Gare au garou! Garons-nous au cas où!" "Loué soit ce mouton! Alléluia! Agnus dei! Il est l'élu venu nous sauver!" Oh, bon sang, j'en ris juste à les écrire. Ça me rappelle mes premiers Astérix, avec leurs jeux de mots et leurs références populaires. Vous trouverez dans les illustrations autant de régal que dans le texte. Vous remarquerez, avant et après l'histoire, la présence d'un mouton ayant un contenant normalement utilisé pour le pop-corn, mais rempli de foin vert à la place. Dans la page d'entrée, il se rend vers une salle de cinéma, et dans la page de clôture, il est dans la salle, les yeux ronds. Avec la référence du nom de monsieur Lugosi , on ramène le volet cinématographique avec ce mouton cinéphile, qui, de sa perspective, pourrait avoir écouté un film d'épouvante. Dans les illustrations, dont j'adore l'atmosphère lugubre, avec le noir comme couleur phare, le filtre sepia employé pour les scènes de jour et la richesse des textures ( dont le pouffant de la laine des moutons, les yeux vitreux, les poils des loups et les paysages forestiers), je trouve qu'on a su amalgamer l'humoristique ( un peu "noir" d'ailleurs) avec le drame. Les yeux des moutons sont tellement innocents, bien ronds, sourcils relevés, toujours orientés ou presque vers nous, les lecteurs. On ne peut pas faire autrement que de les trouver mignons avec la combinaison de leurs yeux globuleux et de leur laine bouffante, mais aussi piquetée. Il n'y a pas de lignes de contour dans le graphisme, on joue avec un traitement vaporeux sur certains plans, on fait un gros plan des yeux d'un loup intimidant sur deux pages pour mieux leur faire une gueule d'abrutis la suivante. On dégage beaucoup le plan quand nous sommes à l'extérieur, avec les étendus aérés autours des personnages, créant un effet de vaste paysage. Mais quand nous sommes à l'intérieur, on sent le rapprochement, surtout dans la page avec la perceptive à l'intérieur même de la gueule du loup, comme un huis clos accablant. Il y a aussi un contraste de silhouette avec des loups faméliques, tout en angles et en maigreur sombre, alors que les petits moutons dodus et laineux blancs ressemble à des boules de coton avec deux yeux qui semblent éternellement surpris. Dans les détails des illustrations, portez attention! Dans le hurl..heu...le bêlement plaintif poussé par Lugosi à ses comparses, il y a un des "ê" qui a des dents et une langue , comme si le "ê" hurlait. Dans la scène de transformation, la lune change d'expression en trois phases: dubitatif vaguement intéressé, puis machiavéliquement amusé, puis malicieusement hilare ( ouaip, précis comme ça les expressions!). Dans l'amas de moutons empilés les uns sur les autres ou contre les autres, notez la présence d'un mouton quelque peu perdu qui, au lieu de faire face comme tous les autre, nous tourne le dos. Enfin, je mentionne mon affection tout particulière pour l'avant dernière page, dans laquelle les moutons sont au pâturage, avec un Lugosi entouré de moutons affectueusement pelotonnés contre lui, l'un d'eux ayant même des petits cœurs au dessus de la tête. Avec sa tronche toujours aussi inquiétante de drogué en sevrage, les moutons tout souriants et peinards crées une fois encore, un contraste. Au-delà de la thématique du loup-garou détourné, on peut également tabler sur la notion d'inclusion de Lugosi. Face à ses pairs, ce fut un rejet total, comme s'il était contagieux. Du côté des moutons, ce fut plus aisé. Il a gagné son ciel en les ayant sauvé, assurément, mais les moutons n'ont même pas bronché devant sa transformation en loup, au petit jour. Mieux, ils ont même songer qu'au fond, il était la victime de cette différence. Plutôt que de le juger sur son physique "ingrat", ils ont jugé son fond. Au fond, Lugosi est peut-être le "mouton noir" dans le sens stricte du terme, mais certainement pas au sens figuré! Du moins, pas dans le sens figuré péjoratif. Une façon toute mignonne de célébrer les différences comme des aouts et de valoriser l'intérieur de la personne avant son extérieur. Toujours pertinent comme sujet, dans un société qui glorifie Instagram et autres bidules. Je souligne, surtout à l'intention des profs, que ce bel ouvrage ferait un excellent album à lire ou faire lire à nos plus vieux, le troisième cycle primaire ( 10-12 ans), les lecteurs ayant le moins d'albums destinés à leur groupe d'âge. En outre, il constitue un album de choix en ce mois d'octobre, pour pimenter le mois de l'Halloween et de tout ce qui tourne autours du sinistre et du fantastique lugubre. On a beaucoup d'albums avec Halloween comme thème central, mais beaucoup moins d'albums glauques, noirs ou aux atmosphères sinistres qui pourraient contenter le genre Épouvante. Bon, du "léger" épouvante, mais quand même! Un incontournable véritablement difficile à contourner, qui illustre une fois encore le génie derrière la littérature jeunesse et l'extraordinaire souplesse et richesse de la langue française. Un album aussi comique que frissonnant. Pour un lectorat du troisième cycle primaire ( mais aussi la 4e année), 9-12 ans. Et pourquoi pas les ados, qui pourrait apprécier le style graphique autant que le texte avancé? *La mention "Olibrius" est une mention personnelle, que j'octroie à un livre pour chaque catégorie chaque année, pour distinguer les cas atypiques très originaux et que je juge excellents.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Allergique

Par Megan Wagner Lloyd et Michelle Mee Nutter
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
1 commentaire plus récent
Incontournable Octobre 2022 "Allergique" est une sympathique Bd jeunesse pour le lectorat intermédiaire, à la fois sur le rôle de grande soeur que sur les inconvénients des allergies sévères. Maggie souhaite ardemment avoir un chien - ou n'importe quel animal poilu en fait. Dans une famille où ses parents s'apprête à avoir leur quatrième enfant et ses deux frères étant jumeaux, sont toujours ensembles et très complices, Maggie aimerait avoir son propre "partenaire". Seulement voilà, le jour prévu pour aller au refuge adopter un chien tourne au cauchemar quand la jeune fille fait une réaction cutanée sévère qui la conduit aux urgences. Après quelques explications et un test qui lui révèle une allergie sévère aux poils et aux plumes, Maggie doit faire le deuil d'un potentiel animal de compagnie à poil ou à plume. Elle dresse une liste d'animaux reptiliens ou aquatique susceptibles de remplacer son chien perdu, mais elle cumule les échecs. À l'école, l'animal de compagnie de son groupe, un cochon d'inde, doit être retiré en raison de son allergie. Heureusement, elle fait la rencontre de Claire, sa nouvelle voisine, qui vit avec son papa plutôt permissif. Leur chimie est évidente et elles ont un réel plaisir ensemble, mais quand Claire adopte un chien, Maggie se sent trahie. Mais Claire et elle se réconcilieront plus tard, et vont élaborer une stratégie pour adopter,en cachette, une souris - quelle elle réagit également. Enfin, elle fait la connaissance de Sébastien, également sujet à une allergie,celle des oeufs. Entre les hauts et les bas de son amitié avec Claire, le bébé qui arrive et son amour pour les animaux mit en berne, pourras-t-elle parvenir à surmonter son sentiment d'exclusion et trouver sa place autant chez elle qu'à son école? Pauvre Maggie, vraiment, je compatis. C'est assez désolant quand un de nos intérêt se trouve entravé par un truc aussi stupide qu'une allergie. Et quelle allergie! J'ignorais que l'allergie aux poils d'animaux pouvait être si grave. Elle en a des boursouflures rouges sur la peau des bras et du visage, c'est quelque chose! le volet "allergie" est super intéressant et habilement amalgamé à l'histoire. On a une médecin qui nous vulgarise l'allergie d'un point de vue biologique et propose des injections supposées amoindrir la réaction allergique (mais hélas, ne peut pas la résorber totalement). Sébastien aussi nous en apprend sur le sujet. J'ai envie de parler de "deuil" dans le cas de Maggie, car clairement, elle a des stades du deuil à vivre. Elle doit renoncer à quelque chose qui semble lui tenir très à coeur. En témoigne sa décision, vers la fin, de devenir biologiste marine, pour rester près des animaux autant que faire ce peu, sans se mettre inutilement dans une situation souffrante. Quand elle a décidé d'adopter sa souris, Maggie faisait du déni. Non seulement sa réaction allergique était présente, elle a inquiétait ses parents, qui pensait voir leur fille mal réagir aux injections supposés amenuiser sa réactivité allergique. Maggie voulait tellement un animal de compagnie qu'elle a préféré sacrifier sa santé plutôt que renoncer. En parallèle, nous avons le thème de l'amitié avec Claire et Sébastien. le constat que je fais par rapport au personnage de Claire est le suivant: Claire semble avoir tout ce que Maggie souhaite, sans avoir l'essentiel. Claire a une maison silencieuse, un papa qui lui donne tout ce qu'elle souhaite, la santé qui lui permet l'arrivé de son chien, une chambre exquise et la quiétude d'une enfant unique. Néanmoins, on le constatera, Claire aussi souffre de solitude. Si matériellement elle n'est pas à plaindre, reste qu,elle ne voit presque plus sa mère et n'ayant pas de fratrie, se sent seule bien souvent. L'arrivé de "Cappi" semble d'ailleurs avoir la même vocation que celle envisagée par Maggie pour son chien potentiel: combler un vide. Bref, Claire et Maggie ont ceci en commun qu'elles se sentent seules, mais l'une comme l'autre ne comprendront pourquoi c'est le cas chez l'autre. Elles sont en réalité bien moins seules ensembles. Aussi, Maggie a également le défis de se refaire des amis, car malgré sa cinquième année ( du système états-unien primaire) , elle est envoyée dans une autre école. Dans le volet "famille", on a le rôle de l'ainée, qui se sent parfois un peu laissé de côté, surtout avec un couple de jumeaux qui font tous ensemble et un bébé en route. Mais de temps à autre, je remarque des parents sincèrement concernés par leur fille. Maggie va évoluer beaucoup sur son rôle de grande soeur. Elle apprend que même la légendaire complicité des jumeaux peut avoir sa part de conflits. Liam, le plus sensible et calme de la dyade, trouve d'ailleurs du réconfort auprès de sa grande soeur. Maggie a aussi la chance de se découvrir des habiletés pour prendre soin de sa fratrie, surtout quand la maman part pour accoucher à l'hôpital. J'ai beaucoup aimé le traitement de la famille dans cette BD. C'est crédible, sincère et touchant. On voit que cette petite famille a de bonnes bases de communication, une affection inconditionnelle et beaucoup de complicité. De manière générale, j'ai beaucoup aimé la résolution de conflits dans l'histoire, entre les divers personnages. J'ai aussi apprécié la diversité des ethnies. Maggie elle même n'est pas caucasienne, avec le joli teint olivâtre de sa mère. Il y a de l'humour, de la joie, de la tristesse aussi, une pré-adolescence en action et des changements à gérer. Je dis souvent que face aux réalités émotionnelles, pas besoin de surjouer le drame, comme le font souvent les auteurs/autrices des États-Unis. Mais pas ici. On reste dans un registre terre-à-terre et accessible, sans accumuler les drames. On se contente de surfer sur ceux en présence: celui du deuil de ne pas avoir d'animal de compagnie, de la jeune fille qui se sent différente et seule, ainsi que les changements au sein de la famille. Sur le plan des illustrations, c'est joli et très propre. J'adore les couleurs chaleureuses. Un coup de coeur spécial pour les trois premières pages, celle du chapitre 1, avec les vue sur le quartier. Il y a de beaux jeux de couleurs et des une lumière qu'on ne voit pas dans les autres cases. La plupart des fonds sont monochromes, mais de temps à autre, ont voit aussi le décor. le trait est rondelet, le style assez près de celui des bédéistes américains ( Canada-É-U). On a de bonnes expressions pour les personnages, pleins d'angles de plans divers, c'est dynamique. Bref, c,est agréable à l'oeil et je pense que ça plaira aux jeunes filles- bien que, je le souligne, rien n'empêche les garçons de la lire aussi. Une Bd facile à lire, qui respire la bienveillance, l'espoir et la chaleur, qui réussi à être aussi pertinent que ludique, avec un sujet relativement peu représenté en littérature jeunesse, concernant les allergies. Un tome qui pourrait être une série, mais qui peut se lire comme un tome unique. Avis aux ami.e.s des animaux! Pour un lectorat à partir du second cycle primaire, 8-9 ans.
Shaynning a commenté et noté ce livre

Un été à Ithaque

Par Michael Morpurgo et François Place
(3,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
Amanda, dite "Nandi" est une jeune australienne aux origines grecques et irlandaises, mais ce sont les premières qui l'intéressent particulièrement. Avide d'histoires, de légendes et du grec ancien, tout ce qu'elle peut apprendre du pays de son père, elle l'apprend. Il faut dire également que la Grèce est toujours le pays de sa grande-tante Elena, dite "Ellie", qui habite l'île d'Ithaque. Sa grande-tante venait ponctuellement la voir en Australie, mais avec l'âge et les coûts des voyages en avion, voyager en Australie finit par devenir trop compliqué pour la dame. Nandi décide alors de récolter les sous requis pour partir en Ithaque rejoindre sa tante. Lorsqu'elle y parvient, on lui explique que sa tante est partie on ne sait où et qu'il faut l'attendre. Entretemps, Nandi fait la rencontre de son Dieu grec favoris, Protée, fils de Poséidon, sous la forme d'un poisson volant. Jours après jours, Protée lui fait le récit de la vie hors-norme de sa tante, qui a été , et demeure, une héroïne des temps modernes. Récit léger entre passé et présent, "Un été à Ithaque" est une ode à la Grèce, au courage d'une femme et à la richesse de l'héritage culturel. C'est un roman au rythme tranquille, qui a beaucoup de contenu culturel grec, que ce soit sur les paysages, les récits d'Homer et les références du panthéon grecque. *Attention - divulgâche" Nous apprenons par le biais de Protée une toute petite part de la seconde Guerre mondiale du côté de la Grèce, mais de manière survolée. Ce qui semble surtout ressortir fut le nombre successif d'invasions qu'a connu Ithaque et le pays, d'abord par les Italiens, puis les Allemands. Le tout se solde par un séisme important, qui a tout détruit sur l'île - sauf la maison d'Éllie. Dire que le roman est "historique" serait surtaxé, mais il y en a une présence. Ce qui est en revanche intéressant fut la manière d'Éllie de prendre soin des autres, une autre façon de contribuer à la paix, dirait-on. Elle a , en outre, nager six kilomètres entre deux îles, pour aller chercher un médecin pour son amoureux blessé. Personnellement, j'ai toujours autant de mal avec le style de Morpurgo. La psychologie manque de relief, le drame manque de support. C'est très plat comme écriture, et je ne ressens donc pas grand chose quand je lis ses romans. Beaucoup de va-et-vient, de paysages et de réflexions. Le personnage de Protée était très plat également, autant dans sa personnalité que dans son dialogue. Nandi donne l'impression de faire une certaine fixation sur la Grèce, ce qui est un peu triste pour l'héritage de son pays d’accueil et celui de sa mère Irlandaise, je trouve. Mais bon, elle a le droit. Il y avait beaucoup d'insistance sur le terme "héroïne" bien avant d'entendre l'histoire d'Éllie. Du coup, quand je l'ai apprise, ça m'a semblé en effet digne de mention, mais pas "héroïque". Peut-être suis-je peu impressionnable , après avoir lu et vu tant d'histoires sur la seconde guerre mondiale qui étaient bien plus héroïque qu'un six kilomètre à la nage. Aussi, quand Ellie arrive à la fin avec les deux sœurs syrienne, ça m'a semblé un peu sortie de nul part, comme pour ajouter au profil "Héroïque" de la dame. Ça m'a une fois encore semblé plat. Peut-être était-ce trop? Ç'aurait pu être une autre histoire, je pense que ç'aurait été plus intéressant et ça aurait donné une chance de donner des détails. J'ai donc achevé ce roman sans vraiment lui trouvé de charme. Pertinent, oui, mais pas mémorable. Je me demande également, à titre de libraire jeunesse, qui cela va intéresser dans le lectorat jeunesse? Le volet "divinité grecque" est trop peu présent pour rejoindre les amateurs/amatrices de la mythologie grecque, et le récit trop peu addictif en général pour le lectorat intermédiaire. Je ne sais pas encore qui cela va interpeller. Mes jeunes "globe-trotters", peut-être bien, ceux/celles qui aiment les récits sur des pays. Pour être franche, je lui trouve un style plus pour les adultes murs, les amateurs de récit intergénérationnel et de voyage léger que pour la jeunesse à proprement parler. Ce qui peut être une très belle opportunité de faire valoir la littérature jeunesse au lectorat des ainés, d'ailleurs! Idée à creuser. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Mina et sa bête

Par Caroline Merola
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Septembre 2022 "Mina et sa bête" est un roman graphique conçu pour le lectorat débutant, et tous ceux et celles qui auront envie de le lire, bien entendu. S'il vous semblera costaud, il faut garder en tête qu'il est peu rempli de textes et largement illustré. Il est, en outre, doté d'une couverture rigide ( Pratique pour mieux conserver les livres). Mina vit dans un village avec sa famille. C'est l'hiver et comme tous les hivers québecois, il y a un bon 30 cm de neige dehors. Ce matin-là, elle et son frère ainé, Jérôme, découvrent de grosses traces dans la neige.Vu leur taille, Jérôme croit à une blague. le soir, Mina a l'impression de faire observer et découvre une paire d'yeux à travers la vitre de sa fenêtre. Et quelque chose s'est allègrement servie dans le bac de compost, dehors. Pas de doutes, il y a "quelque chose" autours de la maison. Jérôme n'y croit pas, mais Mina se montre plus curieuse. Elle tente d'approcher la créature avec la fournée de biscuits fraichement faits. Commence alors entre eux une forme d'amitié. Jérôme, leur ami Marcus et elle trouve même l'habitat de la bête, une grotte en pleine forêt remplie de trésors en métal ( un bric-à-brac qui ressemble au trésor d'une pie voleuse, il me semble). Seulement voilà qu'un projet de construction est amorcé non loin de son habitat, ce qui n'est pas pour lui plaire, en témoigne sa colère défoulé sur les véhicules du chantier. Tous les plateaux de biscuits ne le font pas revenir, comme le constatera tristement Mina. Il n'y a donc qu'une solution: empêcher le projet de voir le jour et replanter les arbres retirés. Peut-être, alors, cette bête sympathique pourra de nouveau habiter les lieux? Une histoire tout-à-fait dans le vent des enjeux climatiques, mais qui me rappelle ses histoires d'espèces menacées par les hommes. On a d'ailleurs un clin d'oeil en ce sens avec la BD lue par Mina, "Tintin au Tibet". Ce n'est pas une histoire très originale, mais je me réjouis de voir un roman graphique pour nos plus jeunes lecteurs, en librairie jeunesse. Et il est toujours bon de rappeler que notre façon d'habiter le monde n'est pas toujours respectueuse envers les autres espèces. Côté illustrations, c'est sympathique. Elles sont en noir et blanc. Il faut que je vous dise que la "bête" me fait tellement penser au personnage de Tony-Tony Chopper, de la série One Piece, quand il est en mode spécial "grand". Il ressemble à un renne géant bipède, quoi. Nous sommes dans un décor de petit village québecois en forêt. J'apprécie, dans cette histoire, de voir un projet long terme dûment mené par la jeunesse ( Mina, Marcus et Jérôme), avec leur projet de mobilisation, puis de reforestation. À une époque, on ne prenait absolument pas notre jeunesse au sérieux. Cette tendance est appelée à changer. La jeunesse se mobilise aujourd'hui, à un âge plus tendre encore, pour le climat, pour notre avenir. Elle est intéressée et mobilisée. Elle est biberonnée aux nouvelles grâce aux réseaux sociaux il faut dire. Surtout, la jeunesse pose un regard différent des autres générations et il importe de leur laisser la place pour le faire valoir. Il faut également mentionner que les projets long terme peuvent sembler désespérant, mais avec de la rigueur et de la volonté, ces projets changent le monde réellement. Je pense aux changements majeurs menés au Rwanda par une pelletée de citoyens, qui, en 20 ans, ont transfiguré le paysage gravement déforesté par un nouvel habitat vert visible de l'espace! Ces projets fonctionnent, il suffit de persévérer. Nous avons tout a y gagner. Faisons-le pour nous, mais aussi pour les écosystèmes dans lesquels nous vivons. Pour un lectorat à partir du premier cycle primaire, 6-7 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Haut les coeurs

Par Christophe LEON et Elsa Oriol
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
"Haut les coeurs" est le quatrième membre de la toute récente famille de romans de la maison Québecoise "D'Eux". Une nouvelle de 41 pages agrémentée, comme ses frères, de très belles illustrations, ici rendues par Elsa Oriol. Cyprien se rend chez ses grand-parents pour un mois, comme chaque année. Seulement, cette année, sa grand-mère n'est plus là. Quand le garçon, un nuit, souhaite aller boire un verre d'eau, il fait une découverte qui le perturbe. *Attention - Divulgâche* Pour comprendre le sens de cette nouvelle, je n'ai pas trop le choix de vous expliquer l'élément surprenant de cette histoire. Voyez-vous, Cyprien constate que la maison de ses grand-parents, normalement entretenue par sa grand-mère, est pourtant toujours propre. Comment l'expliquer, puisque d'ordinaire, grand-papa Gabriel est du genre à créer un bazar autours de lui? Puis, une nuit, il rencontre sa grand-mère, qui faisait le ménage le soir. Il croit à un rêve. La seconde nuit où il surprend sa grand-mère, il réalise qu,il peut lui parler et même la toucher. Elle est un peu différente, avec une voix qui sonnait faux et du maquillage plus que d'habitude. Cyprien finit par reconnaître son grand-père dans ce déguisement. Mais pour lui, ce n'est pas un déguisement. C'est une façon de faire revivre celle qu'il aime - et accessoirement entretenir la maison. Il n'existe pas de façon unique de faire son deuil. Il est propre à chacun, d'une durée variable et d'une intensité variable. Pour Gabriel, manifestement, entretenir la maison dans les habits de son épouse, était sa façon de survivre à son absence. Ce qui me semble touchant, c'est la façon de ce grand-papa de ne pas se cacher de cette routine singulière face à son petit-fils. Cela traduit une grande confiance. Une confiance qui pousse Cyprien a gardé cela secret. Je remarque aussi que Gabriel a sous-entendu avoir songer à mettre fin à sa vie. On a encore du travail à faire en matière de détresse psychologique, spécialement chez nos hommes, encore victime des mentalités étriqués voulant que les hommes soient toujours forts. Je pense que Gabriel a su trouver un moyen de garder la tête hors de l'eau avec son projet ménager. Tant que le moyen employé ne nuit pas à l'intégrité physique et psychologique de la personne, peut-on alors dire que le moyen fonctionne et mérite de ne pas être jugé? Je pense également que vu la réaction de Cyprien, qui a donner une forme d'assentiment au projet de Gabriel, a sans doute contribué au bien-être psychologique de ce grand-papa en deuil, parce que dans les moments difficiles, il est bon de savoir que nous pouvons compter sur nos proches et sur leur absence de jugement. Les illustrations sont jolies, en mine de plomb esquissé sur un canevas au grain visible. Ma préférée est celle de la page 36, quand Cyprien enlace Gabriel avec sincérité. Quand on dit que l'amour est puissant, en voilà un exemple. Je remarque également que nous avons un effet de contraste dans les rôles de genre. S'il est "bizarre" de voir un homme faire du ménage, être vulnérable et même porter une robe et un fichu, c'est qu'à une autre époque (ou ailleurs dans le monde actuellement) ce sont des caractéristiques "de femme". Si on s'attendait à retrouver la maison de papy en désordre, c'est qu'on s'attendait à ce que le ménage ne soit plus fait, du fait de ne plus y avoir de femme pour le faire. D'ailleurs, c'est la réflexion de Cyprien: il a demandé à son grand-père si une femme venait faire le ménage quand il a vu à quel point la maison était propre. C'est donc d'autant plus important pour le bien-être de Gabriel de ne pas tomber dans le jugement de genre. Un récit très court, mais qui permet une amorce sur le deuil et sur la complicité relationnelle. Une oeuvre sur l'importance de l'empathie et de la capacité à revenir sur un jugement. Je dis "revenir", car il est humain de "juger", c'est un automatisme conçu pour nous permettre de savoir rapidement à quoi nous avons affaire. Cependant, l'important est de revenir sur nos jugements, de laisser la place à la raison et à l'empathie dans notre réflexion. Une belle petite oeuvre. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans ( plus en raison du degré de compréhension requis que pour la longueur ou la difficulté du texte). Je réitère aussi que ce n'est pas parce que c,est un roman classé jeunesse qu'il n'est pas pertinent au adultes.
Shaynning a commenté et noté ce livre

La maison des secrets T.1: Les lunettes magiques

Par Jacqueline J. West et Polly Benatene
(3,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
Ah, les auteurs anglais! Plus j'en lis , plus je reconnais leur style, qui a de nombreux dénominateurs communs. Déjà, je suis toujours aussi surprise par les parents. Soit ils sont incompétents, soit ils sont absents ou laxistes. Olive n'y échappe pas, même si ses parents sont un minimum concernés et tendres envers leur unique enfant. Les auteurs anglais semblent, en outre, soumettre leurs jeunes héros à des péripéties horrifiantes, parfois même potentiellement mortelles. Et je remarque souvent la présence des maisons gigantesques truffées d'éléments magiques. Olive a 11 ans et sa famille vient de faire l'acquisition d'une maison de bonne envergure aux airs obscures, suite à au décès de son unique propriétaire. Pour ses parents mathématiciens, c'est l'occasion de se poser enfin et d'offrir un espace à leur unique fille. Olive s'y sent néanmoins bien seule et la maison semble avoir quelque chose de malaisant, entre autre en raison de ses nombreuses toiles indécrochables aux airs sinistres et ses arbres morts. Voilà que la jeune fille découvre également la présence de chats dans la maisons, gardiens de plusieurs éléments de la maison, dont une trappe, un grenier en apparence inaccessible et des tableaux, bien sur. Olive découvre qu'une certaine paire de lunettes donnent un sens nouveaux aux tableaux, puisqu'au travers, ils prennent vie. Ce roman m'aura évoqué plusieurs histoires: les peintures vivantes de Poudlard, dans Harry Potter, l'objet impossible à retirer dans le Magicien d'Oz, l'immortalité par le biais de la peinture du Portrait de Dorian Gray et le côté glauque des orphelins Beaudelaires. N'ayant pas lu les Roald Dahl, j'ignore s'il est inspiré effectivement de son univers. Tout ce que je sais, c'est qu'à l'instar de Dahl, West fait dans le jeune personnage laissé à lui même, avec des adultes peu soucieux et des énigmes qui n'auraient pas été une source de grand fléaux si on les avaient laissés tranquillement dans leur coin. Mais autrement, on n'aurait pas d'histoire, n'est-ce pas? C'était le cas dans son roman "Le mystère de Lost Lake", qui a de nombreuses similarités. Quand aux maisons pleines de secrets, et bien, disons que ça n'a rien de nouveau, peu s'en faut. Il faut dire que l'Angleterre a effectivement de nombreuses vieilles maisons qui s'y prête bien, alors que du côté américain, les plus vieilles n'auront jamais vraiment plus que deux ou trois siècles. On s'attend donc à ce que la maison en elle-même soit truffé de secrets à percer, il manque que l'enfant solitaire et curieux pour s'y coller! Côté écriture, ça se lit très bien. Je note l'abondance de comparaisons, dont certaines sont assez créatives, ç'aurait été bien de varier peut-être un peu plus les figures de style. Olive est une héroïne assez typique, je trouve. Empotée à l'excès, elle perd sans cesse ses choses et se fait souvent mal du fait de sa maladresse physique. C'est effarant le nombre de personnages féminins qui ont ce trait.Qui plus est, elle est un peu mal calibrée sur son âge. Certains moments me laisse croire qu'elle est toute jeune, 7-8 ans à peine, tant elle est peu autonome et peu mature. À d'autres moments, au contraire, ses onze ans semblent bien peu face à ce à quoi elle est confrontée. Le personnage de Morton n'est pas franchement attachant pour sa part, très sexiste et désagréable à outrance. Ce sera toujours à Olive a faire les premiers pas et même à présenter des excuses. Même ses tentatives de rapprochement, que je ne comprend pas trop vu la nature du personnage, finissent généralement en ingratitude et en bouderie. Bref, mit à part être un boulet, Morton ne sert absolument à rien. Comme je l'ai lu dans les commentaires d'autres lecteurs, il est vrai que le début tarde à nous filer de quoi se nourrir. Les informations viennent par petites bribes éparses. Mais au final, ce qui semblait très complexe n'est pas si compliqué que cela. Je suis d'ailleurs un brin perplexe de la facilité avec laquelle on se débarrasse du "Méchant" dans cette histoire. La scène final me rappelle un peu trop celle du 4e tome de la saga Harry Potter, avec pratiquement les mêmes "ingrédients" pour le "rituel", qui sort vraiment de nul part. La raison pour laquelle les chats n'ont rien dit clairement était bien molle, surtout qu'ils ont tout révéler juste après, alors que la même contrainte s'appliquait. J'ignore comment j'y suis parvenue, mais j'ai d'emblée cru que la dame du tableau de la salle mauve était de la famille du "Méchant Monsieur", du coup, quand on nous le révèle, ça donner une drôle d'impression de "Ouin, mais je le savais ça", avant de comprendre qu'on ne nous l'avait jamais clairement mentionné. Oups. Pour les thèmes, je remarque une fois ma lecture terminée qu'il y en a peu, en dehors de la magie et du traditionnel combat entre le "bien" et le "mal". Il y aura deux ou trois passages sur l'importance de ne pas gaspiller les ressources vu l'état de la planète. On aura aussi le thème de "l"enfant rejeté" parce qu'il est différent et qu'il change souvent d'école. On va beaucoup aborder la solitude, donc, un autre trait fréquents pour les héros anglais. Dans son ensemble, ça reste un bon roman pour de jeunes lecteurs amateurs de frissons et de magie, un peu dans la même veine que Torsepied, L'Étrange manoir de Hoarder Hill ou la 13e maison des Bradley, des romans récents du même acabit. le genre que je proposerait à mes Lecteurs assidus trop jeunes pour les Harry Potter ( rien à voir avec leur talent en lecture, mais les HP sont violents et complexes pour des 8-9 ans) ou mes 10-12 ans qui aiment le style Fantastique aux accents sombres. Mais ce n'est pas non plus transcendant et original. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans P.S Belle couverture!
Shaynning a commenté et noté ce livre

Le cercle des rebelles T.1 : Le rêve de Rose

Par Catherine Kalengula et Aline Bureau
(3,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
"Le rêve de Rose" est le premier tome d'une série en apparence très axé "filles", dans un cadre peu novateur, mais qui a ses bons côtés. Et à mon sens, il y a trop peu de présence d'éléments policiers pour être un vrai polar, relevant davantage de la tranche-de-vie ou de "L'histoire de filles pour filles". Rose Lewis est fille d'éleveurs de porcs et lorsque son père sauve la vie d'un lord, ce dernier lui demande comment il peut lui témoigner sa gratitude. le père de Rose demande une place dans une bonne école pour sa fille et c'est ainsi qu'elle se retrouve au pensionnat Linden. On y trouve des filles issues de grandes familles bourgeoises et de la noblesse anglaise. Rose s'y sent aussitôt jugée et si elle fait profil bas, elle est presque instantanément la proie de moqueries et de regards condescendants, surtout de la part d'une demoiselle en particulier, Margaret. Rose se retrouve avec deux partenaires de chambrée, la volcanique Sybille et la tête d'ange Olivia, qui sont plus que ce qu'elles semblent être. La première aspire à devenir couturière, la seconde mécanicienne, même si à l'époque où se déroule cette histoire, fort à parier que ce n'est pas gagné pour elles. Rose, pour sa part, souhaite devenir journaliste. Les trois jeune femmes décident de s'impliquer à faire valoir une plus grande équité pour les femmes. Elles créent donc un club secret à cette fin. Mais lorsque Margaret se fait voler un collier, les soupçons tombent aussitôt sur Rose, ce qui menace son séjour dans l'école. Le cadre de l'histoire est assez déjà vu: Un pensionnat de filles riches, une boursière, une petite peste insupportable et ses sbires, une directrice froide et sévère au chignon serré et un club secret formé d'atypiques. Au début, je dois dire, je ne voyais là pas grand chose de neuf à me mettre sous la dent. Et nous sommes en Angleterre, encore. Je me demande pourquoi le décor anglais victorien revient si souvent dans la littérature jeunesse, alors qu'il existe plus de 200 pays...Enfin, bref. Côté scénario, là aussi, on reste dans quelque chose de déjà vu. La nouvelle qui est d'origine modeste, qui va bien sur devenir la cible des plus mesquines entités étudiantes et quand un objet disparait, on l'accuse aussitôt. Pour être honnête, ne vous attendez pas à un "policier" ici, ça n'a pas grand chose d'une investigation très poussé. On peut même deviner qui est le voleur/voleuse assez facilement et peu de réelles investigations seront faites. le roman tient plus de la tranche-de-vie. On aura du quotidien, de l'adaptation dans un monde d'une classe sociale qui a des codes différents et des rêves partagés entre les trois filles. Puisque je traite des codes sociaux, autant aborder le côté "historique". Il n'est pas très fouillé. On a peu des codes sociaux , justement. On ne sent pas vraiment la différence de classes sociales dans les comportements, les pensées et la routine scolaire. Il n'y a pas de différences notables sur le langage non plus, entre les personnages ouvriers et les plus nantis. On ne sait pas en quelle année nous sommes, on sait seulement qu'il semble exister une effervescence féministe. Comme elle est relativement étendue dans le temps, on pourrait être fin 19e ou début 20e. Dire que ce roman est historique serait donc abusif, disons qu'il est légèrement "rétro". le volet que l'on va davantage couvrir est celui du féminisme effervescent évoqué plus tôt. On notera l'absence des femmes des manuels d'Histoire, la difficulté d'accès de certains milieux de travail, le rôle d'épouse idéalisé et certains domaines peu enseignés comme les sciences naturelles. Sur cette dernière question, il est à noté que dans l'histoire, l'école a été pourvu d'un laboratoire a été ouvert, selon le désir de la directrice ( un élément qui laisse croire que l'austère Madame Crowley est peut-être moins conservatrice qu'elle le laisse penser). "Le cercle des rebelles", dans son traitement, me semble manquer de finesse. On a deux catégories de personnages très distincts: les trois "rebelles" , qui veulent une carrière dans un domaine typiquement "mâle, la gentille cuisinière et le gentil fils de la directrice, et qui sont nos "gentills", et les rabats-joie méchants: Matt, qui joue le garçon bagarreur, Margaret, la petite garce par excellence d'une grande condescendance ( oh que cet archétype féminin est impossible à fuir dans les histoires d'écoles destinées au filles!) et la directrice sévère. Les personnages manquent de relief: ils ont des qualificatif clairs et ils s'y tiennent. Sybille a un tempérament bouillant, de la répartie et est ouvertement opposante. Olivia est la petite fille parfaite, diplomate un brin manipulatrice qui sait se servir des mots. Rose est effacée, soumise, suiveuse et se sent inférieure. Je dois dire que ça colle pas très bien avec son envie de devenir journaliste. À mes yeux, le tout manque donc de nuances. [Parenthèse facultative] Je remarque souvent que le "féminisme" est souvent relayé aux métiers masculins en littérature jeunesse. Ça où porter des pantalons et se bagarrer. Trois éléments qu'on retrouve ici. Je voudrais simplement observer le fait que par "Égalité des sexes", la définition même du féminisme, on tend, me semble-il, un peu trop à envoyer les personnages féminins faire "des trucs de gars" comme se bagarrer, porter des pantalons et avoir un métier de gars. Mais, il me semble que ça n'aborde que des éléments pratiques, alors qu'on semble oublier les éléments intrinsèques, comme le fait que les gars aussi ont des iniquités, que les femmes ont le droit d'exprimer des opinions, avoir un avis politique et faire des choix quand elles sont concernées. Surtout, qu'elles prennent conscience de leur valeur en tant que personne. Je me dis qu'on pourrait tabler plus sur les moeurs et les valeurs conservatrices qui créer l'état d'asservissement des femmes, qui même en pantalon, dans un métier d'homme et bagarreuses, ne sont guère plus libres si la société ne les reconnait ou tolère pas. Un peu comme les premières avocates américaines, dûment formées, mais jamais engagée dans les cabinets d'avocat malgré leur formation. Aussi on court le risque de donner beaucoup de lourdeur aux filles en mettant la pression que des éléments comme les vêtements, le comportement et le métier. du genre "Une vraie féministe travaille", ou "une vraie féministe porte des pantalons". Alors qu'on peut être féministe en étant coquette, femme au foyer et dans un métier traditionnellement féminin. le féminisme, c'est me semble-il, plus un changement de "Mentalité" que simplement une femme qui se comporte en homme, comme j'en vois un peu trop ces temps-ci dans les romans jeunesse. Néanmoins, un élément que j'apprécie dans ce roman-ci: le changement de mentalité commence invariablement par l'éducation et la prise de conscience. Oh! petit truc cocasse concernant les illustrations: "LAME" ne veut pas dire "Lame" en français. "Lame" en anglais, signifie "boiteux", dans le sens propre comme le figuré. "That movie was lame" comme dans "ce film était boiteux". le bon terme est "blade", dans le sens de la lame d'une arme blanche ou d'un couteau. Mais à la page 159, on a illustré le journal avec "Feminism: The Lame" en voulant parler de "La Lame", le personnage mystérieux qui défend les droits des femmes. Et à la page 118, Matt souffre d'un sévère strabisme, qui n'est jamais mentionné dans le texte. Dans les éléments que j'ai apprécié: la directrice! Hein? Ne viens-je pas de dire qu'elle est austère et sévère? Elle l'est. Mais je devine plus chez ce personnage. Je pense qu'elle aussi a une pensée plus avant-gardiste qu'on veut le croire. Elle a instauré le laboratoire, déjà quelque chose de notable pour une école d'élite censé produire de belles petites épouses disposant d'un minimum de savoir, et certainement pas en "sciences naturelles"! de plus, elle a aussi donné le bénéfice du doute à Rose, concernant le vol. Ce qui dénote un minimum de bon sens. Elle me donne l'impression de faire discrètement des changements via son école, dans l'éducation donnée aux filles. On peut imaginer qu'elle ne prendra pas officiellement position, elle risquerait de passer pour une "progressiste". Enfin, elle n'a pas de parti prit pour sa nièce ( évidement, la mesquine Margaret est de la famille, ça aussi ce n'est guère nouveau pour cet archétype; combien de petites pestes d'école ai-je vue qui était fille de directeur/directrice...)Bref, je le sens bien ce personnage intriguant qu'est madame Crowley! Aussi, j'apprécie que la jalousie soit traité comme un sentiment malsain et négatif, parce qu'il l'est. On a tendance, je trouve, et spécialement envers le lectorat des fille et femmes, de banaliser la jalousie ou pire, l'associer au sentiment amoureux. Or, c'est "l'envie" qui est positive, car elle mobilise à travailler pour avoir l'objet envié et constitue une émotion liée au désir. Désir, oui, mais un désir tourné vers soi, qui implique que la motivation vienne donc de soi pour soi. La jalousie, au contraire, est tournée vers les autres et déresponsabilise la personne, elle rend mauvais.e, mesquin.e et pousse à nuire aux autres. Merci de l'avoir présenté exactement comme cela! Dans l'ensemble, je dirais que sans révolutionner ou innover, ça reste un roman léger qui devrait plaire à mes jeunes lectrices en librairie qui veulent "des romans d'histoires de filles". C'est une histoire d'amitié dans laquelle les filles se soutiennent pour "survivre" à cette école, Sybille et Olivia parce qu'elles ne souhaitaient pas y être, Rose parce qu'elle veut y rester ( ironique, quand même), avec une écriture assez facile, avec peu de descriptions. Ce sont d'ailleurs les illustrations qui nous donnent une idée du physique des filles. Il y en a quelques unes dans le roman lui-même. Pour un lectorat à partir du second cycle primaire, 8-9 ans.
Shaynning a commenté et noté ce livre

Lunettes Magiques (Les) T.01

Par Jacqueline J. West et Polly Benatene
(3,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
Ah, les auteurs anglais! Plus j'en lis , plus je reconnais leur style, qui a de nombreux dénominateurs communs. Déjà, je suis toujours aussi surprise par les parents. Soit ils sont incompétents, soit ils sont absents ou laxistes. Olive n'y échappe pas, même si ses parents sont un minimum concernés et tendres envers leur unique enfant. Les auteurs anglais semblent, en outre, soumettre leurs jeunes héros à des péripéties horrifiantes, parfois même potentiellement mortelles. Et je remarque souvent la présence des maisons gigantesques truffées d'éléments magiques. Olive a 11 ans et sa famille vient de faire l'acquisition d'une maison de bonne envergure aux airs obscures, suite à au décès de son unique propriétaire. Pour ses parents mathématiciens, c'est l'occasion de se poser enfin et d'offrir un espace à leur unique fille. Olive s'y sent néanmoins bien seule et la maison semble avoir quelque chose de malaisant, entre autre en raison de ses nombreuses toiles indécrochables aux airs sinistres et ses arbres morts. Voilà que la jeune fille découvre également la présence de chats dans la maisons, gardiens de plusieurs éléments de la maison, dont une trappe, un grenier en apparence inaccessible et des tableaux, bien sur. Olive découvre qu'une certaine paire de lunettes donnent un sens nouveaux aux tableaux, puisqu'au travers, ils prennent vie. Ce roman m'aura évoqué plusieurs histoires: les peintures vivantes de Poudlard, dans Harry Potter, l'objet impossible à retirer dans le Magicien d'Oz, l'immortalité par le biais de la peinture du Portrait de Dorian Gray et le côté glauque des orphelins Beaudelaires. N'ayant pas lu les Roald Dahl, j'ignore s'il est inspiré effectivement de son univers. Tout ce que je sais, c'est qu'à l'instar de Dahl, West fait dans le jeune personnage laissé à lui même, avec des adultes peu soucieux et des énigmes qui n'auraient pas été une source de grand fléaux si on les avaient laissés tranquillement dans leur coin. Mais autrement, on n'aurait pas d'histoire, n'est-ce pas? C'était le cas dans son roman "Le mystère de Lost Lake", qui a de nombreuses similarités. Quand aux maisons pleines de secrets, et bien, disons que ça n'a rien de nouveau, peu s'en faut. Il faut dire que l'Angleterre a effectivement de nombreuses vieilles maisons qui s'y prête bien, alors que du côté américain, les plus vieilles n'auront jamais vraiment plus que deux ou trois siècles. On s'attend donc à ce que la maison en elle-même soit truffé de secrets à percer, il manque que l'enfant solitaire et curieux pour s'y coller! Côté écriture, ça se lit très bien. Je note l'abondance de comparaisons, dont certaines sont assez créatives, ç'aurait été bien de varier peut-être un peu plus les figures de style. Olive est une héroïne assez typique, je trouve. Empotée à l'excès, elle perd sans cesse ses choses et se fait souvent mal du fait de sa maladresse physique. C'est effarant le nombre de personnages féminins qui ont ce trait.Qui plus est, elle est un peu mal calibrée sur son âge. Certains moments me laisse croire qu'elle est toute jeune, 7-8 ans à peine, tant elle est peu autonome et peu mature. À d'autres moments, au contraire, ses onze ans semblent bien peu face à ce à quoi elle est confrontée. Le personnage de Morton n'est pas franchement attachant pour sa part, très sexiste et désagréable à outrance. Ce sera toujours à Olive a faire les premiers pas et même à présenter des excuses. Même ses tentatives de rapprochement, que je ne comprend pas trop vu la nature du personnage, finissent généralement en ingratitude et en bouderie. Bref, mit à part être un boulet, Morton ne sert absolument à rien. Comme je l'ai lu dans les commentaires d'autres lecteurs, il est vrai que le début tarde à nous filer de quoi se nourrir. Les informations viennent par petites bribes éparses. Mais au final, ce qui semblait très complexe n'est pas si compliqué que cela. Je suis d'ailleurs un brin perplexe de la facilité avec laquelle on se débarrasse du "Méchant" dans cette histoire. La scène final me rappelle un peu trop celle du 4e tome de la saga Harry Potter, avec pratiquement les mêmes "ingrédients" pour le "rituel", qui sort vraiment de nul part. La raison pour laquelle les chats n'ont rien dit clairement était bien molle, surtout qu'ils ont tout révéler juste après, alors que la même contrainte s'appliquait. J'ignore comment j'y suis parvenue, mais j'ai d'emblée cru que la dame du tableau de la salle mauve était de la famille du "Méchant Monsieur", du coup, quand on nous le révèle, ça donner une drôle d'impression de "Ouin, mais je le savais ça", avant de comprendre qu'on ne nous l'avait jamais clairement mentionné. Oups. Pour les thèmes, je remarque une fois ma lecture terminée qu'il y en a peu, en dehors de la magie et du traditionnel combat entre le "bien" et le "mal". Il y aura deux ou trois passages sur l'importance de ne pas gaspiller les ressources vu l'état de la planète. On aura aussi le thème de "l"enfant rejeté" parce qu'il est différent et qu'il change souvent d'école. On va beaucoup aborder la solitude, donc, un autre trait fréquents pour les héros anglais. Dans son ensemble, ça reste un bon roman pour de jeunes lecteurs amateurs de frissons et de magie, un peu dans la même veine que Torsepied, L'Étrange manoir de Hoarder Hill ou la 13e maison des Bradley, des romans récents du même acabit. le genre que je proposerait à mes Lecteurs assidus trop jeunes pour les Harry Potter ( rien à voir avec leur talent en lecture, mais les HP sont violents et complexes pour des 8-9 ans) ou mes 10-12 ans qui aiment le style Fantastique aux accents sombres. Mais ce n'est pas non plus transcendant et original. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans P.S Belle couverture!
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

J'ai enlevé mamie

Par Jérôme Poncin et Ian De Haes
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Août 2022 Une autre belle trouvaille pour la collection Deuzio de la maison Alice, qui sait vraiment choisir ses thèmes, je trouve. Ce sont pratiquement tous des sujets sociaux réalistes dont la dimension humaine est au cœur de la démarche. Lou est au poste de police, où elle doit expliquer à un inspecteur le déroulement des derniers jours, ceux où elle a "kidnapper" sa propre grand-mère atteinte d’Alzheimer. Sur un ton où perce l'humour, Lou nous ramène donc à ce jour où elle est allée voir sa grand-mère dans la résidence où elle vit. Cette dernière s'est mise à croire que son fils viendrait la chercher tôt le matin suivant. Mais ce n'est pas dans ses projets. Pas plus que de prendre mamie à la maison, d'ailleurs, même si Lou a tenté cette solution, épaulée de sa petite sœur. Quand elle imagine sa grand-mère les attendre, ça lui brise le cœur. Aussi, elle décide d,aller la chercher elle-même, en pleine nuit, pour l'amener où elle voudra. Étonnament, la jeune fille ne rencontre aucuns problèmes à entrer dans la résidence et faire évacuer sa mamie par la fenêtre avec une corde de draps noués. Quand Lou lui demande ce qu'elle voudrait, sa mamie réponds qu'elle souhaiterait revoir son époux, Albert André. C'est ainsi que Lou et sa mamie vont faire une traversée de la Belgique, du bords de la mer à la capitale, à bord d'un train, le tout ponctué d'halte gastronomiques. Mais si la mamie n'a rien perdu de son appétit, sa mémoire en revanche est comme les vagues: elle vient et elle va. J'avais été ravie de l'arrivé du roman de Mickaël Brun-Arnaud, qui a réussi à créer un monde doux et chaleureux tout en abordant le sujet de la maladie d'Alzheimer. C'est donc une joie de retrouver ici ce thème, dans un roman tout aussi doux et où la dimension de voyage se superpose à celui d'une mémoire fragmentée et mouvante. Les illustrations de De Haes sont d'ailleurs un peu dans cette veine. Les dessins sont partiellement un décor, mais aussi partiellement un autre élément, qui se fondent l'un dans l'autre, à l'image de ces gens qui ont une mémoire entre passé et présent dont les frontières sont devenues floues. Un pavé qui devient gaufre, un décor qui devient jungle, une mamie entourée des bulles de son bain, tenant une Lou encore nouvelle-née. Les images sont douces, en crayon plomb sans couleurs, mais elles collent bien avec le récit. La couverture aussi est superbe, avec ce jaune d’œuf qui côtoie le bleu outremer, avec la silhouette de la mamie en relief, discrètement découpé par les arbres...Bon, la jaquette était de trop: C'est du pur gaspillage les jaquettes, surtout quand elles sont exactement identiques à la couverture. C'est un récit sur la relation grand-mère-petite-fille, sur la richesse du voyage, sur les belles rencontres, sur la bonne bouffe aussi! C'est une quête sur une personne disparue, certes, même si, tout comme "les mémoires de la forêt", on peut deviner où se trouve le disparu en question. C,est avant tout une histoire sur l'importance du temps de qualité avec nos proches. En outre, si la maladie d’Alzheimer fait peur, ce qui faut surtout, c'est de la patience et de l'empathie. Ce n'est pas facile de voir nos proches vivre avec un pied dans la réalité et l'autre dans les souvenirs, mais ce doit être particulièrement pénible aussi pour les principaux concernés. Je remarque une différence entre le personnage de Lou et de son père sur la façon de percevoir et traiter la mamie. Pour le père de Lou, mamie est en quelque sorte une enfant, un être fragile qui demande beaucoup de soins et dont il faut parfois prendre des décisions à sa place, comme par exemple la bière. Quand mamie demande de la bière agrémentée de grenadine, le père invalide sa décision et lui prend plutôt un chocolat chaud. Un peu plus tard, quand Lou va à la mer avec sa mamie, cette dernière se commande une bière agrémentée de grenadine, comme l'adulte qu'elle est. Lou guide sa grand-mère, plutôt que de lui imposer des choses. Lou a aussi la délicatesse de remarquer son état et ses réponses se modulent à celui-ci. Certaines répétitions sont vaines, autant arrêter de les lui enfoncer dans la tête, elles n'y resteront pas. Mais quand au contraire elle est lucide, c'est le moment de poser des questions. Lou, même si c'est une enfant, se comporte de manière plus mature et plus empathique avec sa mamie que les adultes. Du reste, pour Lou, c'est l'occasion de vivre. "Vivre" dans le sens réel du terme, une expérience avec sa grand-mère, pas juste dans un cadre impersonnel, mais avec une quête commune, un projet commun. Deux choses à dégager donc: éviter L'infantilisation de nos aînés et se montrer empathique à leurs souhaits et leurs besoins, dans la mesure du possible. On promeut souvent l'importance de l'amour, mais promouvoir l'empathie, cette capacité à se mettre à la place de l'autre pour mieux cerner son besoin ou son état, est tout aussi primordiale dans une relation, peut importe sa nature. C'est l'empathie qui nous mène vers la compassion, la patience et la sincérité. Bref, un beau roman amusant et mettant en vedette un duo de filles qui parviennent à vivre de belles choses malgré un gros écart d'âge. Une belle leçon sur l"empathie également. Pour un lectorat à partir du second cycle primaire, 8-9 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Fight !

Par Jean Tévélis
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Septembre 2022 "Fight!" est le cinquième membre de la fratrie "La Brève" des éditions Magnard, et comme ses grands frères, ne laisse pas indifférent sur la porté de son message et la pertinence de son sujet. Quentin est un enfant maltraité et négligé, mais il n'emploiera pas ces termes pour se définir. Au contraire, le presqu'adulte de 17 ans craint d'être de la même engeance que son paternel violent, qui a aussi des accents de masculinité toxique dans son discours sur "les vrais mecs, ça a soif de violence". L'adolescent canalise comme il peut ses frustrations et ses doutes dans le sport. Depuis quelques temps, c'est à un nouveau genre de "sport" qu'il se prête: le Fight Club. Le nom fera sourire les cinéphiles, certainement, et vous auriez raison de croire qu'il trouve racine dans l’œuvre de Chuck Palahniuk, car c'est le cas. Depuis sa parution en film, des groupes amateurs de cette pratique du combat à mains nus ont éclos un peu partout. Initiés au groupe de son quartier, Quentin et son meilleure ami Greg vont donc se mesurer à d'autres hommes, citoyens lambda cherchant à se défouler ou simplement en quête de projets pour tromper l’ennui. Cela ne résout en rien le problème initial, cependant: le père de Quentin maltraite autant son épouse que son fils. Quentin en arriverait presque à croire que c'est là son avenir, devenir comme son père. Mais ce qu'il va trouver dans les yeux de sa petite sœur de sept ans, Amira, pourrait bien changer la donne. Non seulement le roman est bien bâtit pour imposer avec force son final, le roman regorge de thèmes exploitables à des fins pédagogiques. Il sera donc aussi ludique que pertinent, à l'instar des autres Brèves de la collection, même si la nouvelle tient en 60 pages. Le premier élément qui marque est celui de la dimension héréditaire de la violence. On a longtemps cru que la violence était un trait de personnalité ou un gène qui se transmet de père en fils. Selon les actuelles recherches en psychologie du comportement, c'est faux. Du moins, ça n'a rien de génétique. Les humains ne naissent pas violents, ils le deviennent. Mais pour les jeunes qui n'ont pas cette information, l'idée a de quoi bouleverser et faire douter: Vais-je devenir comme mon parent? Les actes violents sont de l'ordre du comportement, donc de la psyché également. Les comportements dont réversibles et sont également un choix, c'est donc quelque chose qui se travaille. Mais quand un jeune a de multiples modèles violents autours de soi, il est donc plus à risque de répéter ses comportements violents. Mais "à risque" ne veut pas dire "obligé à/condamner à". Bref, on pourrait en jaser abondamment de cette dimension de l'inné et de l'acquis, des facteurs de risques liés à la perpétuation de la violence dans la cellule familiale ou dans la sphère sociale du jeune. Et se poser la question est en soit salutaire, cela invite à se regarder et à faire des choix. La seconde dimension intéressante est celle dont on discuté les deux ados ensemble, quand ils discutaient de la définition même de la violence. Quentin affirme que pour lui, l'acte devient violent quand il y a imposition d'un parti sur l'autre. Autrement dit, la personne qui ne consent pas, celle qui subit, verra cet acte comme violent, que ce soit un geste ou une parole. Donc, à l'inverse, deux personnes qui consentent à se combattre ne perpétuent donc pas un acte violent. Une idée intéressante, ma foi. Après tout, il est vrai que des combats sont menés réellement et de manière légales, mais c'est précisément parce que les partis sont consentants. La notion de consentement est d'ailleurs fréquemment mentionné quand on parle de Droit ou de Loi. Une chose est sure: cet axe là du roman à lui seul peut constituer un sujet de débat qui promet d'être intéressant. La troisième dimension que je vois ici est le cycle de la violence conjugale et de ses répercutions sur les enfants. En matière de protection de la jeunesse, il est admit maintenant que l'exposition à la violence est un soi un sévice, un acte violent, même si l'enfant ne subit pas de séquelles physiques et qu'il n'est pas la cible des paroles violentes. Le simple fait qu'il y assiste est un préjudice porté à son endroit et constitue un motif de signalement au DPJ ( Directeur de la Protection de la Jeunesse), au Québec. Ici, je parle bien sur d'Amira, l'enfant de 7 ans. Quentin pour sa part, vit également de la violence verbale, psychologique et physique. On peut imaginer assez bien, même s'il prétend le contraire, que la violence qu'il subit n'est pas étranger à cet engagement dans le Fight Club, mais il serait aussi dangereux de sauter aux conclusions. Tous les jeunes ne gèrent pas la maltraitance de la même manière, de sorte que certains ados n’éprouveront pas forcément le désir de déplacer la violence subit en violence défoulatoire. Mais ce serait intéressant de voir le personnage dans l'avenir, hors de son milieu toxique et mieux entouré. On a vu que Quentin a beaucoup de facteurs de risque dans son développement, avec la violence familiale comme principale. Mais je remarque la présence de trois facteurs de résilience: Amira, sa petite sœur, avec qui il partage une réelle affection fraternelle; son meilleur ami, qui a peut être des envies de combats, mais qui a une bonne tête sur les épaules et a une réelle empathie pour Quentin, quitte à lui dire quand ce dernier dépasse les bornes; et enfin, Keziah, une gitane, avec qui il a une relation en dehors des sphères familiales de part et d'autre, avec qui il parle de relation "solide", avec qui il a visiblement de l'aisance à discuter et avec qui il est prêt à évoluer. Ces trois personnes motivent Quentin a grandir et à garder espoir. Contre la violence, l'amour, peut importe sa forme, reste un solide adversaire. Rapidement: le sport est un excellent canalisateur, que ce soit pour apprendre à se gérer ou à gérer ses émotions encombrantes. Le sport est non seulement sain pour le corps, c'est aussi une attache positive, un pilier sur lequel se valoriser. Un autre facteur de protection pour Quentin. Cela met en valeur également l'importance de l'accès au sport pour nos jeunes, surtout nos plus vulnérables. [Attention- Divulgâche] Il n'empêche que si Greg et Keziah ont certes contribué indirectement à la décision finale de Quentin, c'est la petite Amira qui aura donner le coup de grâce. Après une énième querelle qui s'est soldée avec le père qui frappe la mère, avant de se confondre en excuses et en repentirs, Quentin les surprend, son père le gifle. Quentin, alors qu'il était en position de frapper son père, aura choisi de ne pas le faire. Influencé par la réaction et l'intervention d'Amira, qui les a surprit, il a décidé ne pas offrir un navrant spectacle à sa petite sœur et aussi de ne pas tomber dans la même faiblesse que son père, en frappant ce dernier. Car oui, la violence est une faiblesse, certainement pas une force. Quentin prend conscience qu'il aura, par ce non-geste, fait enfin la distinction entre son père et lui. Quentin devra malheureusement prendre acte du manque de volonté de sa mère à vouloir rompre avec le cycle de violence qui gangrène son couple. Ensuite, quand il aura accompagné Amira à son école, celle-ci aura eu un état proche de la panique avant de venir lui signifier, en larmes, qu'elle compte sur lui. Elle compte sur le fait qu'il "reste avec elle", dans le sens de "ne m'abandonne pas". Elle le lui signifie à lui, non pas ses parents, ce qui traduit assez bien l'état de la jeune fille et de son lien d'attachement compromis envers ses parents. Évidemment, ça m'a brisé le cœur, allons, c'est déchirant comme scène! Mais cela marque aussi la seconde grande décision de Quentin, qui a comprit la porté du message désespéré d'Amira. Juste après, Quentin appelle un numéro d'urgence sociale, pas celui de la violence conjugale, celui de la protection de la jeunesse. Un choix qu'on devine difficile, forcément, cela va peut-être se solder sur un retrait des enfants de leur milieu familial. Mais quel courage ça doit prendre pour un ado, surtout avec un enfant plus jeune impliqué, de se choisir, de privilégier son/leur bien-être, parce que les parents, dans ce cas-ci sont inaptes à l'assurer? J'apprécie la manière que cela a été raconté. Il y a tellement en si peu de mots. Nous avons aussi la vision par en-dedans; Nous suivons les pensées et l'introspection de Quentin. Je réitère que nous avons une carence en matière de représentation psychologique au masculin dans nos œuvres jeunesse. On fait souvent parler le mental et l'esprit des filles, mais beaucoup moins sur les gars, plus souvent exploités comme des Héros que comme des jeunes humains capables d'être vulnérables, émotifs et incertains. D'être dans leur tête, dans leur ressenti et leurs tergiversations. Bref, un très bon point pour ce roman. On l'évoque très rapidement, mais comme il est là, je veux en glisser un mot: cette idée encore très ancrée selon laquelle la nature de l'homme en tant que mâle est considérée "virile" si elle s'ancre dans des comportements agressifs et des actes violents. "Le Mâle Alpha" comme on se plait à les appeler dans les romans sentimentaux fantastiques, qui reprennent la même idée de domination par la virilité. C'est de la foutaise. Un construit social qui plait, sans doute, mais qui contribue surtout à hiérarchiser les hommes et encourager la masculinité toxique. Ce thème là aussi mérite plus de place dans les débats, surtout qu'il reste très présent dans le milieu culturel et social. Et je pense que cette idée ne tombe pas très loin des enjeux de violence domestique, qui plus est. "L'homme fort", à mon sens, relève plus du genre de Quentin: avoir le courage de ses convictions, prendre ses responsabilités ( surtout quand une autre personne est en jeu et que cette personne ne peut pas se défendre) et faire apprendre à gérer ses émotions, au lieu de les laisser dicter nos actes. Bon, je constate que je me suis un peu laissé emporté sur les termes soutenus, mais je vous rassure, le roman se lit très bien, avec des termes de "jeunes" [ français]. Une autre belle découverte au champs des nouvelles destinées aux ados ( qui bien sur restent pertinentes aux adultes). Une belle porte d'entré aux discutions, un final en coup de poing qui marque les esprits et une histoire ouverte sur l'espoir. Personne ne mérite de vivre la violence, peut importe sa forme et surtout pas nos jeunes, qui sont en construction. Mais fait étonnant, certains jeunes arrivent malgré cela à devenir des gens dont ils peuvent être fiers. La Jeunesse peut tout aussi bien se révéler résiliente et pleine de ressources, ne l'oubliez jamais. Petit détail: Dans les œuvres québecoises qui traitent de sujets sociaux réels, j'observe souvent que les maisons d'éditions et les auteurs/autrices ajoutent les numéros d'urgence social, ceux du Québec, mais même ceux de la France métropolitaine. Cela pourrait être un bel ajout à ce genre de livre. Pour un lectorat à partir du secondaire premier cycle, 13 ans+.
Shaynning a commenté et noté ce livre

Nuit trouble

Par Cécile Roumiguiere
(2,0)
1 commentaire au sujet de ce livre
"Nuit trouble" est le premier thriller de la collection Court Toujours aux éditions Nathan, dont je suis assidument les lectures. Leur petit format, en trois médiums, à savoir papier, numérique et audio, offre aux ados le choix de leur lecture et une histoire courte, qui plaira aussi bien aux lecteurs occasionnels, mais également aux ados ou aux adultes qui apprennent le français en langue seconde. Alix, une adolescente qui fêtait le 16e anniversaire de sa meilleure amie, se réveille dans un coffre de bois d'un voilier. Sa marraine la libère, mais elle est dans un état étrange, et est donc plus ou moins disponible pour les sortir du pétrin. Parce que d'être en pleine mer, sans lumières, sans essence, sans téléphone et sans la moindre compétence en matière de navigation, c'est d'être dans le pétrin. Et puis...comment est-elle arrivée sur ce bateau, au fait? Cette lecture m'aura déçu, n'étant ni addictive, ni intrigante, mais l'élément qui me reste en travers de la gorge est le manque de rigueur autours de la question de la santé mentale. Autant y aller franchement sur l'élément qui m'a irrité tout au long de ma lecture, et il s'agit du même élément que dans ma lecture du roman de la même collection, "Mon héroïne": le traitement de la santé mentale. Ici, on nous indique que Malou, la marraine, je cite, "est "Borderline", c'est comme ça qu'on en parle dans la famille". Et là, je dois dire que ce fut pour le moins confus. Pour ce que j'en ai comprit, Malou a des "crises" de "folie" qui la font dévier dans un autre état, où elle se met à chantonner, ressasser des souvenirs ou confondre les gens. Si je me fis à ce que Alix a dit, Malou a des périodes normales entrecoupés d'états dépressifs, et ce, durant des semaines. Si je me fis à cette stricte phrase, je pense que Malou a probablement un trouble de l'humeur bipolaire. Sauf que ce trouble n'est pas ponctué de "crises de folies" du genre "bouton ouvert/éteint" comme on en voit ici et les enfants ne sont que très rarement bipolaires, parce que ce trouble se manifeste dans l'adolescence. Pourtant, quand Malou nous parle de ce "moment" avec "L'homme aux yeux de couteaux" ( un agresseur), elle avait 8 ans et se décrivait déjà avec des moments "ailleurs". Et pour ce qui est de "Borderline", le vrai, c'est une autre psychopathologie, un trouble de la personnalité cette fois, aussi appelé "Trouble de la personnalité Limite", qu'on associe généralement aux montagnes russes émotionnels qui fluctuent plusieurs fois par jours. J'ai l'impression que Malou était un mélange de TPL et de bipolaire ET de "folie" inventée - un truc qui ne semble pas exister, en fait. Bref. Ce qui me turlupine avec les histoires de maladies mentales, c'est que c'est trop souvent brouillon, que c'est trop souvent traité comme de la "folie" dans son sens populaire, alors que le discours dans le domaine de la psycho travaille à éduquer la société à ne plus considéré les personnes ayant des enjeux de santé mentale comme des "fous". Et souvent les auteur/autrice semblent ne pas avoir fait de recherches sérieuses sur les maladies mentales. J'ai donc eu beaucoup de mal à lire sans me défaire de l'impression désagréable qu'on a placé ce personnage invraisemblablement "timbré" là pour créer un suspense, sans égard pour son enjeu. Et cet état de "crise" qui ressemblait plus à une sévère gueule de bois qu'une véritable crise psychotique était peu crédible. Très Hollywood. J'ai le sentiment que la maladie mentale ou les cas psychiatriques ne devraient pas être servis de manière si légère. On court le risque de donner un message négatif entourant les gens qui vivent avec des troubles, alors qu'ils sont déjà très stigmatisés sur tous les plans. Un peu comme le monde du cinéma qui a réussi à implanté le mot "psychopathe" dans nos têtes dès qu'un homme assassine des gens dans les films comme dans la vie, alors que c'est très peu souvent lié. Je pense qu'on devrait être prudent, en choisissant de parler de ce sujet, d'être crédible et respectueux. C'est mon avis, bien sur. Autre point qui a son importance - surtout de notre côté de l'océan- "Indien d'amérique" est une très mauvaise appellation des Nations autochtones. Je sais que ce terme semble inoffensif aux européens, mais ici, c'est un terme qu'on emploie quand on manque d'éducation sur le sujet ou qu'on veut insulter un membre des communautés autochtones. Même les vieilles lois racistes canadienne et états-uniennes employaient le terme "Indien". Bref, de préférence employer le terme "autochtone" ou "premières Nations autochtones" ou même le nom de la Nation ou de la Confédération, par exemple la Nation Mowhak de la Confédération Iroquoise. Et bien sur, je ne sous-entend pas que l'autrice se voulait offensante, elle ne le sait sans doute simplement pas. La dimension de surprotection parentale est intéressante, ceci-dit. On en revient souvent à cette composante de l'éducation qu'est la protection, car si certains comportements parentaux laxistes ont des conséquences, les comportements protecteurs peuvent se révéler étouffants. Cela est d'autant plus vrai que par définition, un enfant et un ado grandit en se confrontant au monde, dans ce qu'elle a de doux comme de ce qu'elle a de piquant. Mais un enfant qui est sans cesse protégé peut devenir un ado craintif, méfiant ou carrément, à l'opposé, devenir rebelle et s'adonner à des comportements risqués. Ici, Alix est plutôt du genre à être méfiante et limite ses expériences pour cette raison. Son passage dans ce voilier en pleine mer sera l'occasion de prendre conscience que si on part toujours en anticipant le pire, on risque de passer à côté de certaines occasions qui contribuent à nous faire évoluer. Cette dimension du roman était intéressante, même si je constate qu'encore une fois, on en revient au même vieux impératif qui veut qu'une fille finisse en couple. Comme elle est ballerine amatrice, ç'eut été intéressant de la voir prendre des décisions en ce qui concerne sa passion, plutôt que de revenir sur cette sempiternelle rengaine de roman sentimental qui veut que le célibat est quasi honteux pour un personnage féminin. Ce n'est pas de la mauvaise foi de ma part, je constate juste un élément qui revient de manière chronique chez les personnages féminins, au contraire des personnages masculins, pour qui le couple est un bonus, pas une fin en soit. Le roman "Si tu avances", de Cathy Ytak, de la même collection, est d'ailleurs sur le sujet: Une jeune fille se prend un râteau, elle finit par réaliser que penser à soi importe aussi. [ Attention - Divulgâche] Côté scénario, il manque de bouts, je dirais. J'ignore toujours ce qui est arrivé exactement au personnage, mais peut-être était-ce un choix de l'autrice? Du genre: le personnage a eu un Black Out et elle ne saura sans doute pas ce qui lui est arrivé ( Parce que la seule personne qui sait est de toute manière "folle" et incapable de livrer un témoignage crédible?) C'est frustrant. Qui était ce monsieur aux yeux de couteaux que Malou a vu et qui semble être le motif de l’enlèvement de sa propre nièce - même si ce pan là non plus n'est pas clair. Pourquoi l'avoir enfermée dans le coffre? Pourquoi le bateau? Pourquoi personne ne l'a vue partir? Est-ce même possible de kidnapper quelqu'un dans un état d'ébriété/délire-partiel-pas-clair? Comment un esprit aussi mêlé peut-il pondre un scénario de kidnapping un temps soit peu cohérent? Ça n'a aucun sens pour moi. Flou, brume et trouble. Le problème, c'est que je ne pensais pas que le titre serait aussi juste, en fait. "Nuit trouble" est en effet très brumeux. C'était peut-être le but recherché, mais je suis le genre de lectrice qui apprécie les détails et les scénarios cohérents, justement. Et ici, il manque beaucoup des deux. Alors, oui , tant mieux si Alix a eu une révélation de vie en pleins marasme existentiel, ça lui a sans doute fait du bien, mais au final, il n'y a pas de punch ni explication sur le mystère en soit. Et je crains que l'explication tienne en peu de mots: sa marraine "folle" a cru la protéger d'un agresseur potentiel - réel ou fabulé - et tout le reste découle donc d'une "crise" incompréhensible. Là encore, je déteste quand l'explication relève de la "folie" d'un personnage, parce que ça ne donne aucun indice concret - tout cela peut être une simple fabulation de la part du personnage "en crise" - et cela ramène le fait qu'il faut se méfier des personnes ayant un trouble mental, une fois encore. Parce qu'au final, la marraine est envoyée département psychiatrique et Alix a eut une illumination. Je comprend donc qu'Alix a été la victime d'un "délire" d'une marraine qui n'a pas toute sa tête et qu'il n'y avait aucune menace, finalement. Cette fin me laisse profondément perplexe. Et troublé. Oui, c'est un jeu de mots. Je sors donc déçue, perplexe, découragée du traitement de la santé mentale dans l'histoire, qui ne devrait pas servir d'accessoires aussi légers pour pimenter une intrigue, surtout sans de réelles connaissances sur le sujet - ou au moins quelques recherches. Et cela me semble être une énième glorification du critère numéro un de la réussite adolescence féminine: le gars. Bon, j'exagère un peu, Alix a quand même comprit que vivre dans la peur n'apporte rien de très sain dans une vie, mais reste que cela se traduit surtout par "j'ai maintenant enfin le courage d'avoir un copain". Dans l’ensemble, j'en sors avec une impression de malaise. Évidement, je conçois que tous les lecteurs n'ont pas le même sens du détail ou soucis d'exactitude psychologique que moi, alors je suis curieuse de voir quel impression il aura sur les autres lecteurs et lectrices. Pour un lectorat du premier cycle secondaire, 13 ans+.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Show devant

Par Greg Howard
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Août 2022 Après ma lecture largement appréciée du roman québecois "Cyndi et moi", de Sandra Dussault, voilà que découvre un sympathique roman qui se trouve dans une veine similaire. Comme il s'agit d'un roman américain, on ne s'étonnera pas de trouver le genre de héro qui vit un rêve façon Cendrillon et la fin en crescendo grandiose assez typique lui aussi de la littérature USA, mais sur plusieurs plans, ce roman mérite votre attention. Michael Pruitt, dit "Mikey", a 12 ans et son âge n'empêche en rien de chercher activement à devenir entrepreneur. C'est à travers le jargon de l'entreprenariat qu'il nous raconte comment son entreprise a prit une tangente insoupçonnée. En effet, il se fait approcher par Julian Vasquez, un étudiant du niveau Junior Hight School tout lui, âgé de 13 ans. Julian veut devenir Drag-Kid et a même déjà son nom de scène: "Coco Caliente, prêtresse de la folie et du chaos". Il a besoin d'un agent. Michael, qui n'a pas la moindre expérience en gestion artistique et se nourrissant surtout de ce qu'il peut glaner sur Youtube, va devoir trouver un premier contrat pour sa star vedette. Devant sa nouvelle vocation, le jeune homme va même faire de vrais auditions, en vue de gagner le concours de talent de son école. Une pelletée de jeune talents, pour la plupart des atypiques au même titre que lui et ses amis, vont s'ajouter à ses clients. S'il peut compter sur son conseil administratif ( ses parents) et partiellement sur sa diabolique petite soeur ( et son chat Proutprout, un chat rempli de flatulences) , Michael doit cependant composer avec un trio malfaisant. Tommy et ses deux sbires ont le malin plaisir de le traiter de divers noms, dont "Mikey le gay". Un surnom plutôt indélicat pour un garçon qui est effectivement gay, mais encore mal-à-l'aise à le dire ouvertement. En même temps, avec le beau Colton et ses sourires ravageurs et ami de Julian, Michael se découvre une seconde grande motivation dans la vie. On a rarement des romans sur le thème de l'entreprenariat - sauf ces enfants qui font des kiosques de vente de limonade peut-être? - Alors en voir un ici me réjouit. le dernier roman que j'aie lu sur le sujet était la série "Pétronille Inc". Ici, on a pas seulement un jeune qui se prend très au sérieux dans son rôle de président d'entreprise, on a tout le vocabulaire, démarches et projets à l'appui. Ces éléments jouent d'ailleurs un grand rôle dans l'humour du roman. Si Michael a un humour très pince-sans-rire, son grand sérieux dans son approche est aussi drôle. Il va même jusqu'à nommer les membres de sa propre famille avec des titres pompeux: Trésorier, secrétaire exécutive, coordonnatrice de talents junior, etc. On retrouvera aussi de nombreux rappels structurels tels que des conseils ( à lui-même), ses constats ponctués du mot "Bizarre" et les expressions propres aux personnages, comme pour Monsieur Arnold avec ses "Ma patience a des limites". Dans les représentations, on fait fort. Certains trouveront qu'elles sont trop nombreuses, mais moi je dirais que nous en avons jamais assez. Nous avons Julian, de forte taille, hispanique, gay et Drag-Kid; Trey, qui a deux mères et est d'ethnie afro-américaine; Dinesh, qui est indien ( de l'Inde, et non pas "autochtone"); Brady, qui est en chaise roulante; Colton, gay également et ayant une maman toxicomane; M. Arnold, qui souffre d'une dépression et même Tommy Jenrette, la canaille de l'histoire, est un jeune sportif qui a un talent pour les arts. Un élément que j'ai beaucoup apprécié était le fait que pour une fois, le parent curieux des histoires de coeur de son fils était le papa, alors que la mère était le parent pragmatique. Les parents de Michael sont de l'or en barre. Ils ne sont pas souvent présents, mais quand ils le sont, ils sont ouverts, impliqués, présents et complices des projets de leur enfant. Mieux, ils représentent un couple sain, qui savent se parler et se consulter. Une belle représentation parentale, en somme. Même son de cloche pour le grand-papa de Michael. Puisque nous sommes dans les personnages, autant vous mentionner l'étonnante Lila Pruitt. "Satan", "l'enfant du diable", "Méchant qui tente de conquérir le monde", les appellations et adjectifs diaboliques pleuvent à son endroit. Lila est maligne et profite même de son statut de cadette mignonne de 9 ans comme bouclier ou comme justifications. Un air ténébreux d'autant plus cocasse qu'elle adore les paillettes, Hello Kitty et l'encre violette. Mais quand ça compte, Lila est une véritable alliée. Ce qui m'amuse, c'est que le profil "ténébreux malicieux" est très souvent attitré aux personnages masculins ( en témoigne les centaines de romans sentimentaux avec un Ténébreux-Sexy-Arrogant-Sublimement-beau), alors ça me fait sourire d'en voir enfin "une", même âgée de 9 ans. Julian, alias Coco Caliente, prêtresse de la folie et du chaos ( quel nom!) est aussi très important dans le récit. Comme on le mentionne dans "Cyndi et Moi", le Drag-Queen fait ressortir un pan de soi, un complément de sa personnalité, qui nous fait sentir fort, déjanté et audacieux. Un concept qu'on veut bien croire quand on voit Julian, qui n'a pas grand chose pour lui, si l'on se fit aux conventions sociales américaines, mais qui devient littéralement une diva en "mode Coco". Enrobé, il passe pour un "gros". Efféminé, il passe pour un gay. Hispanique, il est victime d'une forme de discrimination. En fait, ce qui est paradoxal, c'est qu'il est en effet tout cela, mais au fond, en quoi est-ce une tare? Julian a également un père conservateur, qui a peur que son garçon se fasse rire de lui, ce qui lui sert d'excuse pour l'empêcher de devenir Drag-Kid. Mais grâce à la magie du show, il va changer d'avis. Ah, le rêve américain.... Pour ce qui est de Colton, je lui sied gré de ne pas être la petite caricature du joli mâle parfait. Ce qui attire Michael est plutôt son sourire éblouissant, ses bretelles bleues qui lui donne un look sophistiqué et ses taches de rousseurs. Mais au-delà des considérations physiques, on comprend que Michael apprécie la personnalité humble et lumineuse de Colton, un garçon ouvert d'esprit et intègre. On a de beaux modèles masculins dans ce roman, franchement, peut importe l'âge. Un dernier mot sur le thème LGBTQ+: Dans l'histoire, il est question pour Michael d'être "le pire gay du monde". Cette phrase peut laisser perplexe, mais elle permet d'interroger le lecteur: Qu'est-ce qu'être un "vrai" gay? Il y a des clichés et des stéréotypes tenaces entourant les personnes gay, alors quoi de plus normal qu'il y en ait également pour les personnages? Est-ce que tous les gay et membres LGBT ont le devoir d'être "fier" et de s'identifier ouvertement? Est-ce que les gay peuvent être des gars et des filles qui ne sont pas à l'opposé de leur genre ( gars éffiminés -filles masculinisées)? Est-ce que même les gays peuvent avoir de la difficulté à percevoir l'homosexualité des autres- le fameux "gaydar"? Cela pourra sembler banal, voir évident pour certains, mais ces questions ne le seront sans doute pas pour d'autres. La diversité au sein même des personnes LGBT reste un enjeu pour nombre d'entre eux, au même titre que la diversité chez les hétéros. Côté plume, le ton est sérieux, mais comique en même temps, employé au "je". Parfois Michael, notre narrateur, y va de ses constats et commentaires, en nous les envoyant directement. le niveau de langue est tout-à-fait acceptable pour de la littérature intermédiaire, avec de nombreuses formules plus pompeuses en raison de la politesse requise dans le monde des affaires. On notera aussi plusieurs références littéraires, surtout à Harry Potter. La fin, sans la divulgâcher, est en crescendo, comme bon nombre de romans des États-Unis. Une grosse fin heureuse pour tous, avec un show en final, des changements de mentalités, des nouvelles heureuses et même un petit couple de formé. C'est légèrement "too much", pour citer les anglais, mais ça ne rend pas le roman moins bon pour autant, juste très grandiloquent vers la fin. Et puis, je sais que parfois, nos jeunes apprécie les grandes finales heureuses, surtout quand elle concerne un nombre aussi importants de diversités sociales. Petit détail: On ne change pas les niveaux scolaires d'un système étranger dans un roman étranger, dans les éditions du Québec, mais je constate que les éditeurs français le font systématiquement. Ici, c'est le système américain, alors parler de 4e, alors que c'est le 7ème grade du Middle-School ( ou Junior Hight School), ça porte à confusion. Au pire aller, une simple note en bas de page suffit pour situer le niveau français par rapport à celui des États-Unis. Pour un roman aussi pétillant, une couverture plus fouillées aurait été appréciée. Un roman qui se déguste comme un bonbon et se montre aussi pertinent qu'ouvert sur de nombreuses représentations. J'en sourie encore. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.