Activités de Shaynning

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Mental

Par Victor Lockwood
(4,0)
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Incontournable Janvier 2022 Version courte: Un roman touchant, addictif et pertinent sur un jeune homme ayant développé un trouble de la personnalité limite ( ou "Bordeline") qui met en lumière l'histoire d'un des personnages de la série française "Mental", Simon Bellem. Une forme partiellement éclaté, une alternance de narrateur, un large spectre d'enjeux liés à la santé mentale, ce roman à le mérite de faire au lecteur de que le trouble fait à Simon: Il déstabilise. Version exhaustive ( Parce que les bons romans méritent qu'on s'y attarde): Il s'agit de mon premier roman issu d'une série télévisée. Il se déroule à l'origine de l'un des personnages principaux de la série du même nom, "Mental", série française qui livre le quotidien d'adolescents dans un centre pédopsychiatrique français ( Que je vous invite à voir, d'ailleurs, c'est touchant, pertinent et même comique). Je précise que je connaissais pas la série avant ma lecture, je l'aurai écouté par la suite. Il est donc possible que Simon vous perturbe, mais je vous expliquerai pourquoi. L'un des auteurs de la série s'est penché sur le cas du personnage de Simon Bellem, alors que sa co-autrice a élaboré le roman du personnage de Mélodie. J'avais des doutes avant ma lecture, parce que généralement les romans issus de série sont malheureusement fréquemment mal écrits, mais j'ai été agréablement surprise par l'écriture de Victor Lockwood, capable de manoeuvrer aussi bien l'action, la forme et la psychologie. Simon Bellem a 16 ans et à bien des égards, correspond au jeune homme standard: notes convenables, vêtements classiques, une petite amie violoncelliste qui est également sa meilleure amie, des parents en moyens, etc. Pourtant, derrière cette famille modèle, on observe un père très ambitieux pour son fils, dont une certaine part est même toxique avec des idées machistes. Surtout, Simon a du mal à sentir une réelle proximité filiale et se demande souvent pourquoi il ne ressemble pas davantage à ses parents. Lorsqu'il découvre que ceux-ci lui ont caché une première grossesse qui s'est soldée en enfant mort-né, suivit de son adoption, sa vie se fissure. Deux personnes arrivent dans sa vie au même moment: Agathe Dugal, sa prof de français, qui voit en lui un potentiel pour les Lettres et les Arts, au delà de cette facade qu'il affiche aux autres, et Sasha Dugal, dont il ignorait d'abord la filiation, surveillant dans son école, au tempérament libertin et insouciant, qui devient son professeur privé pour apprendre le russe. Deux personnages, qui pour des raisons différentes, vont précipiter Simon vers un trouble de personnalité dont il avait déjà plusieurs traits et mener, ultimement, à son admission au Centre des Primevères, centre pédopsychiatrique. Un trouble de la personnalité, tout types confondus, ne ne développent pas en quelques jours, et sont souvent construits progressivement depuis l'enfance. Dans les divers causes, deux des plus récurrentes sont les problèmes affectifs ( Attachement, par exemple) et la construction de l'estime de soi. C'est pourquoi plusieurs troubles , dont celui de Simon, dit "Borderline", impliquent la recherche d'attention et d'affection. On le voit bien dès le début, Simon cultive beaucoup de doutes quand à l'amour qu'on peut lui porter et cela va aller en s'amplifiant. Le fait qu'on lui ait menti marque un gros tournant et l'a plongé dans une suite de plus en plus intense d'états d'esprit, balançant entre des sentiments de plénitude amoureuse romantique et passionnel, et un désespoir teinté de paranoïa et de sabotage affectif. Vulgairement, le trouble de personnalité limite ou Borderline est "tout-Blanc-tout-Noir", il fait naviguer entre deux états extrêmes. C'est ce qu'on voit dans le roman et ces deux extrêmes tendent à s'éloigner l'un de l'autre de plus en plus. Ils prennent en intensité au point de devenir carrément dangereux pour le jeune homme, comme pour ses proches. C'est aussi profondément malheureux de voir un jeune avec pleins de belles forces devenir la victime de ses propres émotions, si vives et si torturées que ça en affecte finalement sa perception même de la réalité, prêtant des pensées aux autres, accordant la réalité à ce qui lui semble le plus en accord avec son état émotionnel du moment. Ce qui m'a semblé profondément triste est le moment où Simon a réalisé qu'il était physiquement très plaisant pour le commun des mortels et dès lors, sur le modèle de Sasha, s'est servi de son corps comme d'un outil pour aller chercher toujours plus de réconfort et d'attention. C'est quand sa vie sexuelle est devenue si intense ( on parle de nouveaux partenaires " de jeu" chaque jours) que les extrêmes ont commencés à poindre: d'un côté, son idéal amoureux de plus en plus idéalisé, de l'autre, une accélération marqué de ses comportements à risques ( Pas seulement sa vie sexuelle très intense, mais aussi les substances illicites, ses actions risquées, ses répliques acerbes, ses provocations, ses manipulations, etc). En fait, entre le Simon du début du roman et celui de la fin, le fossé est énorme. Et malheureusement, une grande part de ce qu'il craignait le plus et anticipait, c'est-à-dire finir seul et rejeté, est la résultante directe de ses propres actions. Et bien sur, malgré ce qu'il en dit, sa souffrance, elle, est bien réelle. Mais si Simon, avec son âme à vif éternellement et la proie de montagnes russes émotionnels, n'est pas le seul personnage tourmenté et cela à peut-être précipité les choses, en y regardant de plus près. Il y a également à faire du côté de Sasha, un personnage tout aussi charismatique il faut dire. Il semblait, au début, l'atypique de service, appartenant à la fois à tout le monde ,mais à personne, avec une vie sexuelle très active et très impersonnelle, pour ne surtout pas risquer de s'attacher ( on le comprendra plus tard) et à vivre au gré de ses envies. Sasha a fait forte impression sur Simon, par sa façon d'aborder la vie avec un grain de sel. Son côté pansexuel aussi a fasciné Simon, je crois. Peut-être parce que Simon aussi avait cette orientation - mais c'est difficile à dire, parce que si on le voit se tourner très fréquemment du côté des hommes pour la "baise", il est amoureux seulement des femmes. Du coup je me demande si son attirance pour les hommes n'est pas juste une autre façon d'aller chercher de l'affection édulcorée et une attention éphémère. Sasha, donc. Bien qu'il entretient un discours libertin et cultive un refus d'avoir quelque attache relationnelle approfondie que ce soit - hormis sa mère - Sasha semble se cacher derrière un épais vernis de déni et de cynisme. Peut-être, au regard de l'abandon de son père, est-ce du à un profond trouble de l'attachement ou un attachement affectif insécure, comme Simon. Quoi qu'il en soit, j'ai senti que la vulnérabilité de l'un à trouver écho chez l'autre. Mais malheureusement pour Sasha, qui a finalement trouvé plus dans sa relation avec le jeune homme qui se croit désormais émancipé et mature, c'est la désillusion la plus totale. Simon, d'une certaine manière et sans le vouloir sincèrement, brise tout ce qu'il touche. Pour ce qui est d'Agathe, c'est en apparence simple: elle a vu ses forces et l'a même encouragé. Simon a basculé vers un amour qu'il croyait indubitablement réciproque, alimenté par ses lectures romantiques et une certaine forme d'idolâtrie. Au final, son "plan" a fait l'effet inverse: il l'a carrément terrorisée. On notera la présence de masculinité toxique dans le rapport père-fils - quoique la maman, en n'intervenant pas, ne vaut guère mieux sur le sujet. Monsieur Bellem avait beaucoup trop d'attentes pour Simon, c'est une chose, mais d'aller au point de l'empêcher de porter certains vêtements qu'il jugeait "inadéquats" ( comme la veste que porte Simon sur la couverture, justement) , de chercher à en faire un sportif, un "gagnant" , un "vrai homme", c'est de brimer la personnalité de son enfant, ni plus ni moins. C'est sans compter les problèmes de confiance et d'estime de soi que ce genre de pattern peut causer. Le sujet est sur la table dans la littérature jeunesse et ce roman y prend part, surtout dans les premiers chapitres. On a pas à chercher loin pour être désolé pour Simon, on a qu'à regarder à quel point il ne peut pas être lui-même dans sa propre famille, comme dans sa propre tête. On aura aussi une dimension plus "philosophique"- Simon en est friand!- : être artiste, une façon d'être génial ou un trait de folie? La ligne semble si mince entre les deux. Les deux ensemble peut-être? Quel a été la vie de certains grands artistes et auteurs? Comment étaient-ils perçus? Considérés comme des innovateurs, des pionniers et des originaux, certains ont pourtant connu la déchéance, l'internement et même le rejet social. Pour Simon, semble-il, il n'y a pas du nuances: soit on vit pleinement sa différence même si on est perçu fous, soit on vit bâillonnés à jamais, en se condamnant à mort ( symboliquement) soi-même du même coup. Tout blanc ou tout noir. Pas de compromis. Pas de nuances. On touche donc beaucoup de sujets avec ce court pan de l'histoire de Simon, qui se situe entre le Noël de ses 16 ans et son 17e anniversaire en avril. 4 mois et c'est la dérape. Bref. On navigue sur plusieurs enjeux familiaux, les relations interpersonnelles, le rapport à soi, les attentes parentales et sociétaire, le conformiste et son contraire, la sexualité, l'adolescence, les besoins affectifs et de reconnaissance, les relations amoureuses, le désir de s'émanciper, la santé mentale, etc. J'ai apprécié tout le volet LGBTQIA+, notament quand Sasha explique sa vision de sa sexualité et de son orientation bisexuelle ( ou pansexuelle), ainsi que le passage où Simon apprend les lettres du LGBTQIA+. Côté forme, on a aussi une structure "désorganisé" et atypique, un peu à l'instar du personnage. Certains passages sont chronologiques, fluides, factuels mêmes, écrits au "il". Et d'autres sont truffés d'images floues, de références, de métaphores, de séquences déconstruites et pas forcément chronologiques, d'appels aux lecteurs [ Non, mais tu suis un peu?!] et c'est Simon qui se raconte, au "je". C'est d'autant plus crédible que Simon écrit réellement. J'ai aimé cette versatilité, tout-à-fait de circonstance vu le trouble en présence, lui aussi très versatile. D'ailleurs, au début, avec son côté très "show-off" et dramatique, je me suis même demandé s'il n'était pas plutôt TPH ( Trouble de la personnalité histrionique, la "personnalité Personnages-à-milles-visages"). Le diagnostic de TPL arrive d'ailleurs à la toute fin, on ne saura donc pas tout du long avec quoi Simon compose, d'où mon questionnement. Ce peut être une façon intéressante de construire le récit: à moins de connaître un peu l'univers de la santé mentale, on suit Simon comme lui le vit: sans savoir. On n'a donc pas le réflexe de se dire: bah oui, c'est normal de se comporter ainsi quand on a un trouble, on l'ignore jusqu'à la fin. Oui, bon, à moins de connaitre la série, on s'entend. Petit détail à l'intention des francophones nord-américains ou hors-France: il y a plusieurs termes "de jeunes" issus de la France et qui peuvent porter à confusion - ou ne rien vous évoquer, surtout à l'oral, dans les dialogues. Notamment "pécho"...mais vous allez finir par deviner pour celui-là, vu ce qu'il signifie. Pour conclure cette longue critique - que voulez-vous, les bons livres méritent qu'on s'y attarde - j'ai été agréablement surprise par ce roman. Il y a encore peu de romans jeunesse sur les troubles de la personnalité, comme de la santé mentale en général, même si j'observe une augmentation de la présence de la "dépression" comme sujet. Je suis d'autant plus surprise par l'élaboration de l'histoire autours d'un trouble complexe comme le TPL, avec ses nombreuses subtilités et singularités, qui couvre bien plusieurs dimensions, pas seulement affectives, mais aussi sociales et identitaires. Enfin, on a pas de mal à vivre l'ambivalence du personnage, elle est bien présente et Simon passe souvent du "salaud" à la "victime". C'est déstabilisant, on ne sait pas sur quel pied dancer avec lui, mais en même tant, le TPL est très déstabilisant, même au sein des autres troubles de la personnalité, et pas seulement pour celui ou celle qui compose avec, mais aussi pour les gens autours. Un roman très intéressant, émotionnellement engageant et qui donne envie de s'intéresser à la série, qui traite de plusieurs jeunes vivant avec divers conditions de santé mentale. Un sujet tout à fait à propos et encore peu traité dans les romans, comme dans les séries. À voir! Pour un lectorat du second cycle secondaire, 15 ans+. Pour les bibliothécaires et professeurs: La seconde partie du roman contient beaucoup de sexualité, mais si on a quelques fois des détails , surtout sur la "première fois" de Simon avec Sasha, le reste est survolé sur les détails physiques, on s'attarde plus sur les composantes autours: avec qui, combien de fois, dans quelle ambiance et le ressenti. Donc, oui, c'est la débauche, oui il y a des termes crus, mais non, on ne tombe pas dans la porno ( Littérature Jeunesse, tout-de-même!). Et cette hypersexualité a aussi sa pertinence dans le contexte.
Shaynning a aimé ce livre

Mental

Par Victor Lockwood
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Mental

Par Victor Lockwood
(4,0)

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Miettes

Par Stéphane Servant
(5,0)
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Incontournable Janvier 2022 Ce petit roman de la fratrie "Court toujours" vient de me percuter de pleins fouet. La dernière fois, c'était son grand frère "Silent boy" qui m'avait remué, et je ne vous parle pas de sa sœur "Quelques secondes encore", assez poignante dans son genre, mais "Miette", malgré son petit nom mignon et sa parenthèse amusante qui laisse présager de l'humour, c'est du niveau Jab-Punch-Uppercut-Mise K.O. Là, tout de suite, j'aimerais juste pouvoir le répandre dans toutes les écoles et les bibliothèques par hiboux express. On entre en scène avec celui qui monte justement dessus, un protagoniste sans nom, qui amorce son numéro pour le spectacle de fin d'année de son lycée avec un ton incertain, un peu cafouiller, sur un sujet en apparence anodin, qui devrait en principe être drôle, si on se fit au "(Humour décalé)". D'abord, il parle de lui, de son physique ingrat, complètement à l'opposé du spectre du parfait mâle alpha si préconisé et adulé en société, même si ce canon esthétique suprême cultive en même temps certains des pires comportements machistes. On bifurque lentement, mais surement, vers le rôle des parents dans tout ce clivage de rôle de genre, qui débute dès la prime enfance et qui est véhiculé de part et d'autre par les deux genres. Et puis, sentant son public de plus en plus décontenancé, notre narrateur semble vouloir adoucir le ton. Mais non. Dans ses mots, sans censure, il nous dépeint une scène, anodine, un simple voyage étudiant, qui va virer au drame. Il y aura deux victimes, Mila, une jeune femme, et lui, notre narrateur. Deux formes d'abus, mais toutes deux liées à tous les sujets évoqués depuis le début. Une véritable gifle. Pas juste pour les principaux auteurs de cette scène dégradante, mais aussi pour les spectateurs et peut-même nous, les lecteurs. Véritable pyramide inversée qui part du général au spécifique, mais également pyramide à l'endroit, qui part du microsystème ( Individu) au macrosystème ( Société), on a donc un sablier dans sa forme. Et tout est lié, tout converge. Fresque cimentée par un humour noir et ironique, où le premier degré cache à peine un second degré, Monsieur Servant nous sert une œuvre forte, marquante et tellement nécessaire. Il m'aura fallut décanter quelques jours pour finaliser cette critique, mais si la charge émotionnelle est atténuée, les mots, eux n'ont rien rien perdu de leur puissance. Personne n'est épargné dans cette petite fiction d'à peine 50 pages. Nous avons tous un rôle à jouer dans ce genre d'enjeux social. Je note l'accusation faite aux parents, aux adultes, aux médias sociaux, au marketing, mais j'ai aussi sentie celle faites aux femmes, qui sont encore nombreuses à voir dans ces figures masculines toxiques un idéal de conjoint/partenaire/copain . Bon, pour revenir au roman, on pense dès au début avoir affaire à un jeune qui passe par l'humour pour rire de sa situation, mais c'est finalement une plaidoirie touchante pour une prise de conscience collective, doublé d'un courageux acte de dénonciation, livré avec des termes simples, des constats pertinents, des interrogations constructives et quelques blagues à deux sous pour illustrer l’absurdité de certains aspects de son discours. J'ajoute ici un extrait d'une critique que j'ai trouvée très pertinente: "Un véritable jeu de massacre argumenté et nuancé qui va bientôt prendre une tournure plus douloureuse, pleine d'émotion, avec l'évocation d'un épisode traumatique vécu par ce jeune homme et une jeune fille lors d'un séjour scolaire à la montagne. Les adultes ,qui ne prennent pas ou ne veulent pas prendre la mesure de tels comportements , ne sont non plus épargnés mais c'est bien la société dans son ensemble qui est mise en cause. Un roman qui nous entraîne dans un tourbillon d'émotions. Un énorme coup de cœur. Et zou, sur l'étagère des indispensables." [ cathulu, Babelio, 27 oct 2021] Bref, c'est à lire. Pour un lectorat du second cycle secondaire, 15 ans+. Pour les bibliothécaires et les profs: ce roman comporte une scène particulièrement pénible d'humiliation sexuelle, ainsi que des termes parfois crus. Cette absence de censure s’inscrit néanmoins dans un contexte de dénonciation et de conscientisation.
Shaynning a aimé ce livre

Miettes

Par Stéphane Servant
(5,0)

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Miettes

Par Stéphane Servant
(5,0)

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Du voyage

Par Emmanuel Bourdier et Thomas Baas
(4,0)
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Incontournable Janvier 2022 Pour ce petit roman de 2021 ( arrivé au Québec en 2022), j'ai du faire quelques recherches, puisque le sujet en présence ne m'est pas familier. J'ai donc navigué dans cette histoire avec un regard complètement neutre, mais au final, je trouve que le sujet fait écho à une de nos réalité au Canada. J'y reviendrai. Geronimo n'aime guère se lever tôt, mais sa mère a un petit rituel pour rendre le lever un peu moins pénible. C'est que Geronimo et sa mère sont le seuls à se lever aussi tôt, mais il y a une raison à cela, une raison qui a son importance aussi bien pour le jeune garçon que pour sa mère. Elle le conduit aux abords d'une école, trahissant une certaine nervosité, mais tout de même résolue. Geronimo a l'habitude. Il enchaine les écoles, il se heurte aux mêmes préjugés, mais il aime l'école, puisque sa soif d'apprendre n'a pas de limites. Et peut-être bien que cette fois, les choses pourraient se dérouler autrement? Geronimo, après quelques recherches, semble faire parti d'une communauté tsigane, mais peut-être plus précisément les Sinti ( appelés aussi "Manouches" par les français). Ce terme a été employé par les trois imbéciles qui se sont moqué de lui dans la cours d'école et à en juger par leurs propos ( "pas touche manouche"), il le taxe de voleur. Quelques vérifications sur des articles de sociologie m'indiquent que les "communautés roms" vivent de l'exclusion, assortis de termes péjoratifs et de préjugés telles que "voleur", "malpropre", "profiteurs de système", "mendiants", "délinquants". Certains parents, de part leur statut illégal au pays, craindraient d'envoyer leurs enfants à l'école. On peut déduire que la faible scolarisation qui en résulte doit accentuer les iniquités entre ces communautés et les citoyens français. Il existe beaucoup d'enjeux politiques et sociaux les entourant. La situation des Sinti me rappelle tristement celle de nos autochtones, ici au Québec, à ceci près qu'ils constituent les premières nations et non des immigrants illégaux. Néanmoins, ils ont pratiquement les mêmes stéréotypes et vivent une forme de stigmatisation systémique. Actuellement, c'est un sujet qui connait une bonne progression dans la bonne voie. Je me demande ce qu'il en est pour les communautés nomades de la France? Donc, dans ce récit où la Nature et la philosophie animent chaque pages, Geronimo nous parle de cette carapace qu'il s'est construite pour survivre dans les écoles, de ces jugements dont il est la cible ( par exemple: sa voisine de classe va cacher sa belle gomme à effacer dans son étuis à crayon) et de sa perception du monde autours de lui, qui le fascine. Il fera la connaissance d'un professeur, Monsieur Chouraud, qui prendra sa défense quand aux trois brutes qui se moqueront de lui: "[...] je ne capte pas tout ce qu'il hurle mais j'attrape quelques mots au passage. "Fraternité"."Imbéciles"."Honte"."Accueil". "Mon pied aux fesses". "Égalité". Et aussi "cerveaux de poulets". Bref, ça gonfle." ( P.76). Bon, sans cautionner les insultes d'un prof à ses élèves, c'est tout-de-même touchant de voir deux des trois grands mots de la devise de la République Française servir son discours inclusif. La passivité fasse à la violence faite aux autres est aussi terrible que les auteurs de cette violence eux-même. Mais au-delà du sujet de l'inclusion et du respect, il y a aussi la culture de ce groupe que je connaissais pas vraiment ( autrement que dans Notre-Dame-de-Paris). le concept de "Michto" ( terme romani) qui "qualifie toute chose qui apporte une sensation agréable et plaisante, avec une notion de plénitude sans équivoque" est un exemple ( Ref.Dictionnaire français Internaute). On nous parle aussi de la tente centrale, des caravanes, de la vie en communauté. J'ai trouvé le personnage de Geronimo teinté d'une sagesse rare chez un jeune de son âge, avec un rapport à la Nature fort et d'une intelligence certaine. C'est un curieux et un philosophe. Il aime le soccer/football, les oiseaux, le chocolat au lait et la guitare. Il est également très perceptif. Bref, pas le portrait le plus courant de la littérature jeunesse. Et que dire de cette plume rêveuse, capable de dire autant de choses en peu de mots. J'ai été porté par cette plume comme sur une brise, ça se lit comme une chanson. C'était beau et triste tout à la fois. Je souligne aussi que pour quelqu'un comme moi qui ne connait pas trop le sujet, comme peut-être certains français, on ne nous donne pas tous les indices en une fois. On apprend progressivement qui est Geronimo et l'enjeu l'entourant. On nous laisse deviner. Déjà, on commence dans la caravane, ce qui peut étonner, mais sans nommer qui ou quoi que ce soit. On se contente de suivre le personnage. J'ai réalisé l'enjeu quand on est arrivé à l'école, avec le comportement des autres personnages. Là j'ai percuté, et là, ça a fait mal. Parce que Geronimo ne mérite pas ce traitement. Ni aucuns enfant d'ailleurs. Mention spéciale à la maman, qui est la seule à envoyer son fils dans une école, malgré ses craintes et ses appréhensions, parce qu'elle "sait". Elle connait la curiosité de son fils et voit son potentiel, et malgré l'inconfort, l'accompagne chaque matin aux portes d'écoles différentes. Le dessin sert bien son sujet. Il est simple, un mélanges de lignes sketch à la plume noire, avec des clairs-obscurs de gris et un unique cyan/bleu comme couleur. Un bon choix, je trouve, parce que le bleu est naturellement apaisant pour l'esprit humain. J'ai beaucoup aimé ce petit roman, différent, instructif, humain, avec une plume poétique qui peut rejoindre plusieurs lectorats dès l'école primaire. On s'attache sans peine aux personnage, on ressent bien leurs émotions. Un hymne à l'ouverture d'esprit, à l'inclusion et au partage. Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans et plus.
Shaynning a aimé ce livre

Du voyage

Par Emmanuel Bourdier et Thomas Baas
(4,0)

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Shaynning a coté ce livre

Du voyage

Par Emmanuel Bourdier et Thomas Baas
(4,0)

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Shaynning a commenté ce livre

Soutif

Par Susie Morgenstern et Catel
(3,0)
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Nouveauté 2022, "Soutif" est un petit roman d'à peine 100 pages sur le thème des brassières/soutient-gorge/soutif, mais aussi sur une amitié improbable et naviguant sur certains stéréotypes de genre. Si certains éléments m'ont fait sourire, d'autres m'ont laissé perplexe. Pauline a 13 ans et ses seins commence à pousser, ce qui n'est pas pour lui plaire. En voulant acheter des soutient-gorges, elle fini plutôt par en voler cinq. Son grand frère Pierre réussit à négocier une "réduction de peine" avec le gardien de sécurité, qui propose à Pauline d'aider sa nièce Pénélope, qui a des difficultés scolaires. Mais au final, c'est une amitié qui est en train de se bâtir entre les deux adolescentes. Pauline lui fait découvrir des passions et Pénélope l'aide à trouver enfin un soutient-gorge confortable. Il y a quelques éléments qui m'auront plu dans ce roman, à commencer par le projet scolaire de Pauline, qui nous fait un rapide survole historique de l'évolution des soutient-gorges. Aussi, ça m'aura fait sourire quand Pauline évoque le fait que les bals de fin d'années est un cliché typiquement états-unien sorti des séries ( quoique ce fameux bal de fin d'année est bien réel) et qu'il serait temps de cesser de copier tout ce que font les état-uniens au profit d'idées plus françaises. Je suis bien d'accord, les USA ne sont pas le nombril du monde, mais ils agissent souvent comme tel, encourager par le fait que les autres pays calquent leur culture ( beaucoup trop). En outre, j'ai apprécié cette amitié naissante basée sur le partage. Dans les éléments qui m'ont moins plu ou qui m'ont semblé ambigus, il y a le fait que nos ados se retrouvent à boire de la bière dans un bar ( 18-19 ans pour consommer dans un bar au Canada), le fait que Pénéloppe ait affirmer que la taille 85 C est parfaite ( pas génial de hisser un seul type de poitrine au sommet de toutes les autres, on a du mal déjà à faire accepter leur corps aux ados filles) et la présence de stéréotypes. Pénéloppe est le stéréotype de l'ado rebelle: cheveux colorés, fumeuse, tatouée, traite avec des plus vieux, boit de l'alcool ( à 13 ans), porte des vêtements aguicheurs et est en train de se planter dans ses études. Pauline est la jeune fille studieuse à l'école, physiquement plaisante, qui a une famille et un style vestimentaire et capillaire "standard". C'est très cliché. Même l'amitié entre les deux l'est. Et évidemment, qui dit "bal dansant" dit "premier baiser", un peu décevant quand on entend la protagoniste affirmer qu'elle ira seule au bal ( ou avec son frère). Pour une fois qu'on avait une fille indépendante. Enfin, je n'ai vraiment pas saisi les raisons de Pauline de voler ses brassières, ni cet "état second" dans lequel elle semblait plongé au moment du méfait. C'est une histoire somme toute légère, qui se veut comique ( mais d'un humour assez plat, pour mes goûts personnels) et où tout fini bien dans le meilleur des mondes. Même la mère de Pénéloppe, qui a eu une vie difficile, fini par trouver du travail, après avoir parler deux minutes avec Pauline . Quelle prise de conscience miraculeuse! ( Notez le sarcasme) Et Pénélope, comme par hasard, se découvre deux talents que possèdent également Pauline et son amie Justine. L'intervenante en moi trouve tout ça utopique et peu crédible, mais bon, c'est le genre de roman qui se veut léger. Les dessins sont jolis, mais je trouve qu'on a encore ce genre de modèle féminin ultra mince, limite maigre en avant plan, avec Pauline et Pénéloppe. Les mains sont bien faites, ceci-dit, et les personnages ont des têtes mignonnes. C'est donc un roman qui place une jeune fille qui a du mal avec l'éclosion de ses seins, qu'elle traite d'encombrants, et qui aura eu du mal avec les soutient-gorge. Je trouve un peu étonnant que la mère n'ait pas aiguillé sa fille plus que ça. Mais à mi-chemin du roman, on bascule du thème des brassières à celui de l'amitié. Ça ne m'a pas renversée, ni particulièrement interpellée. C'est mignon, mais basique. Peut-être m'attendais-je à plus d'introspection sur l'enjeu féminin, à la manière du roman "Le poids de la couleur rose", mais ça reste très de surface. Ce n'est pas mauvais, mais pas remarquable. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
Shaynning a coté ce livre

Soutif

Par Susie Morgenstern et Catel
(3,0)

1 vote

Shaynning a commenté ce livre

L'ouragan et moi

Par Marie-Pierre GAZAILLE et Marie-Eve Turgeon
(4,0)
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Incontournable Janvier 2022 Mon premier roman 2022 est un petit récit tout en douceur, d'une autrice québecoise, par la maison d'édition Québec Amérique, et réjouissez vous, professeurs, parents et bibliothécaires, on a ENFIN un roman qui aborde le transgenre parental pour le lectorat 8-9 ans! Du moins, à ma connaissance. Philémon est un jeune garçon de 10 ans et, comme il nous le dit d'emblée: il est "l'homme de la maison". En 2013, son père Louis décide de franchir le pas et laisser place à la femme qu'il a toujours été au fond de lui. Pour Philémon, ce changement bouscula bien des choses, à la manière de cet ouragan, Ingrid, qui passa cette année là sur les États-Unis. D'ailleurs, Louis choisi précisément ce prénom pour entamer sa vie en tant que femme, aux abords de la quarantaine. "Ingrid" donc. Désormais, Philémon est partagé entre ses deux mères, qui sont demeurées très proches et ont acheté un duplex, de manière à élever leur enfant avec une bonne proximité. Philémon nous parle des sourires radieux de sa seconde maman, qui adore porter tous ces vêtements colorés qu'elle ne pouvait pas porter, se faire des couettes et tous ces petits bonheur d'être enfin fidèle en dedans comme en dehors à son idéal de soi. L'ombre au tableau? Noam, un de ses camarades de classe, se moque allègrement de cette "homme-femme", en des termes parfois bien blessants. Un jour, cependant, lors d'un projet de classe, sa camarade Laurence propose de prendre sa mère transgenre comme sujet d'oral, sous le thème du courage. Philémon devra donc apprendre à surmonter ses craintes. Comme je le disais plus haut: enfin un roman sur le sujet des transgenre pour ce groupe d'âge! Je n'en connais pas d'autres, mais bon, j'imagine que ce n'est pas le tout premier non plus. À la fois doux et facile à lire, on aborde le sujet avec délicatesse et du point de vue de l'enfant. Ici, c'est un papa qui devient une seconde maman. On ne cache pas que ça cause des remous une transformation pareille, mais on axe beaucoup le tout sur le facteur temporel. Ça prend du temps, ça nécessite qu'on s'habitue et que des changements progressifs s'insèrent dans le quotidien. J'aime également beaucoup qu'on insiste sur le bonheur de la personne qui peut enfin assumer son genre pleinement, avec tous les petites joies qui vont avec, comme le choix vestimentaire. J'aime aussi qu'on suive les pensées de Philémon, qui normalisent les divers états d'esprit qu'on peut avoir face à un changement majeur. On peut aimer inconditionnellement son parent, mais avoir des craintes, des émotions contradictoires et des questionnements reste normal. Surtout la crainte du jugement des autres - le fameux "regard d'autrui"- face à la différence. Ce peut être aussi blessant de se faire juger que de voir le parent en question se faire juger. Dans cette optique, j'aimais l'allégorie des papillons, noirs pour la honte et la colère, roses pour la tendresse et l'affection, dont le mouvement dans son abdomen viennent avec les grandes émotions. Philémon affirme d'ailleurs que c'est un des avantages d'Ingrid: le pouvoir de changer les papillons noirs en rose. Au final, c'est le projet des enfants sur Ingrid qui permet ce qui est la meilleure façon de traiter la différence: en parler. Si certains peuvent devenir mesquins par crainte de ce qu'ils ne comprennent ou ne connaissent pas, reste que la majorité des gens, en l'abordant et en en discutant, finissent par devenir curieux et à terme, sensibilisés. C'est pourquoi c'est d'autant plus important de parler de la diversité auprès des jeunes, qui ont en plus une plus grande ouverture d’esprit que les adultes. C'est un beau petit roman simple ( pas simpliste!), du genre qui arrache des sourires et des rires attendris, avec en appui des illustrations dont la douceur rappelle celle du texte, et qui met en lumière la beauté de l'identité assumée, de la famille solidaire et aimante et du pouvoir de l'éducation. Ah, et j'aime le nom du chat: "Croustillon". Pour un lectorat du deuxième cycle primaire, 8-9 ans en montant.
Shaynning a aimé ce livre

L'ouragan et moi

Par Marie-Pierre GAZAILLE et Marie-Eve Turgeon
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L'ouragan et moi

Par Marie-Pierre GAZAILLE et Marie-Eve Turgeon
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De l'autre côté du pont

Par Padma Venkatraman
(4,0)
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Roman paru en 2020, essentiellement inspiré de personnes ayant réellement existé et œuvre témoignage des enfants laissés pour contre d'un pays aussi inégal socialement que dramatiquement surpeuplé, "De l'autre côté du pont" est une incursion très réaliste dans cette Inde qui ne dispose pas des moyens de venir offrir le minium de qualité de vie à ses enfants des rues. Mais c'est aussi une tribune pour ces gens mobilisés qui veulent les aider et une histoire touchante d'enfants débrouillards ayant à grandir plus vite pour survivre. C'est également un magnifique histoire d'amour sororal. Viji et Rukku sont sœurs, et après une énième altercation avec leur père violent, qui cette fois à lever la mains sur elles, les sœurs quittent le foyer familial. Pour Viji, la cadette, il est de son devoir de prendre soin de sa sœur, qui a un handicap d'une nature qui n'est pas précisée dans le roman, mais qui semble se traduire par une forme de déficience intellectuelle. N'empêche que Rukku, à défaut de faire des phrases complexes, faits de magnifiques colliers avec des perles! Bref, les deux jeunes filles vont devoir apprendre à subvenir elles-même à leurs besoins, jusqu'à ce que leur route croise celle d'un petit chien et de deux garçons, Arul et Muthu, des rues, qui habitent un pont vétuste et travaillent en tant que chiffonniers ( des trieurs de matières recyclables pigées à même les monticules d'ordures des décharges). Leur quotidien sera rythmé par leur travail salissant et puant, la création des bracelets de perle, de chapardage de nourriture de mariage, d'altercations avec des gangs rivaux, de pluies diluviennes, de thé chaï et de milles autres petites anecdotes. Jusqu'au jour où une épidémie semble rafler de plus en plus d'enfants, la dengue. Comme bien des romans qui portent sur des enjeux sociaux et sur une réalité difficile, l'autrice ( une océanographe, comme c'est original!) a eu le bon goût de garder le tout simple, sans grandes phrases alambiquées ou scènes hollywoodiennes. C'est Viji qui raconte et petite différence ici, la narration au "je" côtoie de près la narration au "tu". Un élément qui traduit assez bien l'importance de Rukku aux yeux de Viji, mais qui aura aussi donné un indice sur la fin, vu le temps de verbe choisi. La sororité, puis la fraternité ( sans filiations de sang) sont des thèmes majeurs. La collaboration, le soutient, le partage, l'empathie et l'entraide sont des valeurs fortes au sein du petit quintuor. J'imagine qu'il doit être plus simple de survivre au sein d'un groupe dans la rue, car on en croisera d'autres. Le sort des enfants est bien sur l'un des thèmes les plus marquant, pas seulement pour les enfants orphelins déambulant des les rues, mais aussi pour les enfants en situation de handicap ou vivant avec un trouble. Contrairement à nos pays occidentaux, l'Inde semble avoir bien du mal à intégrer ses enfants à besoins particuliers, pas seulement d'un point de vue des institutions, mais aussi de la conception même du handicap, perçu, me semble-t-il, comme une tare, une honte qu'il faut cacher. On semble confondre handicap et maladie mentale, même. Pourtant, Rukku nous le montre tout le long du roman, elle a de belles forces, elle a une perception des choses très pure et très empathique. Même Viji est obligée de reconnaitre qu'elle tente souvent de la couver alors que Rukku est capable de prendre des décisions. Puisqu'il est question des personnages, sachez que celui de Viji est inspiré d'un jeune fille réelle, nommée "Indira", et que les personnages de Muthu, Arul et Rukku sont également inspirés de personnes côtoyées par l'autrice. La maison de madame Célina est inspirée d'organismes réels également, qui prennent en charge des enfants des rues pour leur fournir les besoins primaires telles qu'un toit, de la nourriture, des médicaments et une éducation. Quatre pages de notes de l'autrice , à la fin, vous en diront plus sur les éléments réels qui composent ce roman. Il est si rare d'avoir une vue de l'intérieur de l'Inde en littérature jeunesse. Pour moi, il s'agit de mon premier roman sur ce pays, écrit par une indienne. On trouve d'ailleurs un glossaire au tout début du roman qui nous traduit les termes en tamoul, l'une des nombreuses langues parlées en Inde. Le roman a été rédigé en anglais indien, d'ailleurs et si cela vous étonne, sachez que l'Inde appartenait à l'Angleterre autrefois, ça n'a donc rien de surprenant. On a aussi un rare aperçu de l'Inde ici, avec ses castes sociales extrêmement inégales, ses nombreuses religions qui se côtoient - pas toujours dans la paix hélas- ses mets épicés, ses enjeux sociaux, sa Nature et ses festivités. Un bref, mais intéressant plongeon dans la culture de ce pays si peu représenté en littérature jeunesse. Que dire de plus sinon que ce roman m'a ému aux larmes, pas seulement pour toute cette joie et peine amalgamées ensemble, pas seulement pour le sort misérable de ces enfants ou pour ces étranges gens faussement altruistes qui leur fond la charité pour flatter leur égo, ou pour ce pays qui est si rude envers les femmes, mais surtout parce même dans ces endroits où on pense ne trouver que de la laideur, on y trouve finalement aussi beaucoup de beauté. Incroyable de voir à quel point des enfants peuvent murir si vite, se montrer résilients, débrouillards et solidaires même au plus bas de l'échelle. parce que ce sont des cas réels, je vous rappel. Donc, c'est une très belle fenêtre sur un pays méconnu, peut-être aussi une belle opportunité pour les jeunes lecteurs de voir une réalité bien différente pour des enfants et ados de leur âge. Roman social, oui, mais roman d'aventure également! N'allez pas croire qu'un roman qui nous en apprend ne peut être par la même occasion ludique! Qui plus est, comme le souligne l'autrice, le phénomène de la pauvreté chez les enfants est un sujet qui touche tous les pays, pays riches et industrialisés inclus. Et j'en profite pour souligner la remarquable couverture que j'aurais envie d'encadrer sur mon mur tant elle me plait. Un roman jeunesse dont vous ne sortirez pas indemne, grand bien vous fasse! Pour un lectorat du premier cycle secondaire, 13 ans+.