Shaynning
Libraire @ Librairie Monet
Intérêts littéraires : Biographies, Jeunesse, Littérature, Psychologie, Arts, Bande dessinée, Loisirs

Activités de Shaynning

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L'histoire d'un garçon comme les autres

Par Marie Bailliard, Fabrice Boni, Marc Boni et Axel Lattuada
(5,0)
1 personne apprécie ce livre
1 commentaire au sujet de ce livre
Incontournable BD Janvier 2023 Si vous êtes intervenant jeunesse, bibliothécaire, prof au secondaire/Lycée et niveaux supérieurs ou parent curieux, faire cadeau de cette Bd a vos vieux ados et jeunes adultes, c'est leur rendre service. Pour paraphraser les autres lectrices et lecteurs: Cette BD est géniale, formidablement multiaxiale, ludique et tellement, mais tellement nécessaire. Les mots me manquent pour manifester mon enthousiasme face à cette BD, tant les dernières années m'ont semblé au contraire produire de plus en plus de modèles masculins malsains, en plus de voir les relations toxiques entrer au panthéon des romances, dans le milieu culturel de tout horizon, les États-Unis les premiers. Mais ici, on table sur plusieurs sujets liés au féminisme ( le vrai, celui qui égalise les hommes, les femmes et les intersexes), au Vivre Ensemble harmonieux, à la question de l'identité et de l'orientation, aux stéréotypes de genres encore très ancrés dans la culture occidentale, aux relations malsaines de tout type, à la relation amicale entre homme et femme, à la sexualité épanouie, à la saine communication,etc. Cette BD va changer des vies et surtout, elle va assainir le monde de toutes ces constrictions qui nuisent au plus grand nombre, pour ne favoriser qu'une petite élite. Tout s'apprend. Il suffit de bien se documenter et de se trouver alliés et outils. Dans un premier temps, traitons de la BD elle-même, car oui, malgré sa vocation informative, elle n'en reste pas moins une fiction. Nous suivons Arthur, 20 ans, scolarisé en école ingénierie tout comme sa soeur jumelle Elsa. C'est un garçon comme on en croise tous les jours, auquel , j'imagine, bon nombre de jeunes peuvent s'y identifier. Quand il sollicite l'avis de l'une de ses camarades , Tanya, celle-ci y relève du sexisme. D'abord réactionnaire et en déni, Arthur est cependant intrigué. À travers le regard des autres, celui d'auteurs et en relayant sur sa propre expérience, Arthur progresse lentement mais surement sur une conscientisation nouvelle à plusieurs enjeux sociaux, dont la masculinité toxique. Il n'est d'ailleurs pas seul, son ami Selim est de la partie. C'est d'ailleurs un des éléments qui vont les rapprocher, jusqu'à devenir de très proches amis. Les illustrations sont belles, avec des personnages au visage vraiment joli et de diverses ethnies. Je remarque aussi la diversité corporelle en présence, ainsi que la diversité sexuelle. Graphiquement, c'est très propre et agréable à l’œil. Les arrières plans emploient des couleurs et des traits afin de donner plus d'accent aux états émotifs des personnages, comme les éclats de colère, l'état d'ébriété ou l'énergie dû à un party. Certains états émotifs faciaux me rappellent les mangas, comme les hachures rouges de l'état d'ébriété ou de la gêne, les hachures mauves de la peur ou de la stupéfaction malaisée/effarée, les hachures aux épaules de la stupéfaction incrédule, ainsi que les cernes mauves très accentués de la fatigue. Et bien que cela semble anodin comme détail, j'aime bien que les personnages aient une garde-robe variée, comme c'est le cas dans la vraie vie. Enfin, j'apprécie le large spectre émotif et non-verbal des personnages, assez crédibles et nombreux. Il y a quelques doubles pages documentaires intercalées à travers les "chapitres" de la fiction. Ils sont franchement bien calibrés, ni trop exhaustif, mais pas non plus trop concis. Ils sont également très variées et c'est là sa force: la masculinité moderne se construit sur plusieurs axes sociaux, culturels et psychologiques. Il y a de tout: définitions, concepts généraux, explications, conséquences, sources, pourquoi et comment, etc. Les voici: P.5 - Def de "Disclaimer"P.28 "Le Tone Policing" -Def -Pourquoi c'est violent? -Qu'est-ce que ça a voir avec le sexisme? P.29 "La Culture du Viol" -Def -C'est quoi le patriarcat? -Pourquoi le patriarcat nourrit-il la culture du viol? P.42 "Le Male Gaze" -Def -Pourquoi c'est néfaste? "Le sexisme ordinaire" -Def P.43 "Le Genre" -Def "La Déconstruction" -Def -Questionner une norme par défaut P.64 "Le Harcèlement de rue" -C'est quoi du harcèlement de rue? -Quelles conséquences? -Un rappel en passant "Le Mythe du Bad Boy et le mythe de la friendzone" -Construits sociaux -Friendzone/Fuckzone P.65 "Le Bad Boy" ( le modèle) "La Pilule Rouge" du Féminisme P.76 "L'hystérie" -Def et Historique "Parler de ses émotions entre mecs/gars" -Def -Une seule issue considérée comme acceptable -D'où vient cette incapacité à communiquer? -Le Patriarcat blesse hommes et femmes -Que faire? P.102 "La charge contraceptive" -Le boulot autours de la charge contraceptive -Que faire? P.103 "Les dangers de la pilule féminine" -Effets secondaires généralement mentionnés -Effets plus graves "Intervenir contre le harcèlement" -Que faire contre le harcèlement? P.132 "La sexualité sans pénétration vaginale" -Qu'est-ce que le "vrai" sexe? Quand on a un orgasme? -Déconstruire la masculinité , c'est aussi déconstruire la pénétration. "Le plaisir Féminin" P.133 -Redécouvrir le clitoris -Comprendre le fonctionnement de son désir "L'Asexualité" -Le poids de cette orientation sexuelle p.158" le manterrupting" -Def -Conséquences "Le syndrome de l'imposteur" -Def -Un syndrome très commun -Les groupes les plus touchés P.159 "Les stéréotypes de genre" P.178 Les infections sexuellement transmissibles -Selon le site du Planning Familial -Comment faire des tests "Les mycoses vaginales" -Une affection très commune -Les symptômes P.179 "La communication non violente" (CNV) -Les 4 étapes de la CNV "Le Mansplaining" -Def -Comment savoir si on mansplaine quelqu'un? P.202 "Se débarasser des personnes toxiques ou problématiques -Def -Pourquoi se met-on dans ce genre de relation? -Comment en sortir? -Outil pratique, le violentomêtre P.203 La Non-binarité -Def -Une "troisième voie" dans d'autres pays P.204 "À lire/à voir/à écouter" -Livres -BDs -Podcats -Articles en ligne et sites -Comptes Instagram -Épisodes Youtube -Films et spectacles C'est une boîte à outil, ni plus ni moins, qui contribuera à contrer les effets pervers de la masculinité toxique et faire en sorte de mieux guider les jeunes hommes dans leur redéfinition de rôle et de genre, celle que les femmes de leur côté ont amorcé avec la montée du féminisme de part le monde. le chemin est encore semé d'embuches, mais c'est avec de petits changement ponctuels que s'opère les changement sociaux, une personne à la fois, une déconstruction à la fois. Ce petit guide-fiction est également à mettre entre les mains des femmes, qui seront pour les hommes de précieuses alliés dans ce changement, comme le furent certains hommes dans la lutte de la reconnaissance des droits de la femme. C'est ensemble qu'on avance réellement. Compte tenu des scènes sexuellement explicites, de la forte présence d'alcool et de certains mots offensants ( mais pas gratuitement), cette BD est recommandée pour le lectorat du second cycle secondaire et les jeunes adultes en montant, 16-17 ans+.
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Le chant des fantomes

Par Heather Fawcett et Christophe Rosson
(4,0)
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Incontournable Décembre 2022 Je me faisais la réflexion que j'ai rarement des représentant de la littérature canadienne à travers la littérature jeunesse qui se vend au Québec, bien davantage européenne et États-Unienne. Je découvre une autrice avec du talent, capable de nous sortir des conventions et de malmener des stéréotypes, tout en offrant quelque chose de passionnant. Julian, Noa et Maïta Marchena sont prince et princesses de Floréan et le temps d'un coup d'États , perdent à la fois leur mère et leur pays. Contraints de fuir, ils trouvent refuge sur une île qu'ils dotent de la capacité de se déplacer, Astrae. Durant les deux années suivantes, ils se trouvent des alliés et poursuivent leur lutte contre le dictateur, Xavier. Julian, l'aîné, à maintenant 18 ans et même s'il est un "mage Noir", c'est-à-dire un magicien qui sait parler les neuf chants connus du langage magique, a aussi tendance à être déraisonnable, peu pratique et un peu excentrique. C'est sa cadette, Noa , qui doit tempérer son manque d,organisation et élaborer des stratégies. Cartésienne et dotée d'un pragmatisme qui fait défaut à son génial grand frère, Noa ne possède aucun chant. Quand les sbires de Xavier tente une fois encore de prendre Astrae, les enfants Marchena découvre que le tyran fait ce qu'il peut pour sortir la magie de Floréan et élimine les mages noirs méthodiquement. Pire, il aura découvert deux emplacements où se trouveraient deux Chants perdus. Les Marchena s'engagent alors à trouver ces chants avant lui, mais Noa reste sur ses gardes. C'est que Julian s'est assombrit avec le temps, non pas en raison de sa magie noire, mais bien en raison de la guerre, qui lui fait cumuler les mises à mort. Il ne faudrait pas que l'un de ces chants ne le fasse davantage ressembler au Sombre Seigneur que la propagande de Xavier s’efforce de vendre aux habitants de Floréan. Un univers relativement petit bien construit vaut mieux qu'un large monde trop peu détaillé. Nous sommes pratiquement toujours sur l'île mouvante d'Astrae, mais comme elle fait office de bâtiment de guerre, de maison et de bateau, il s'y passe beaucoup de chose. Sur ses plages, il y aura des batailles , mais aussi des négociations avec Beauté, la gigantesque serpent de mer millénaire aussi élégante qu'implacable ( et grande amatrice des gâteaux au citron vert de Tomas, le fils du pâtissier). Dans son château juché au sommet de l'île, il y aura des tensions politiques et des conversations de famille pas toujours simples - et des fantômes pas commodes. Et dans les 13 mers se cache deux îles inversées qui cachent deux Chants qu'on a préféré cacher en raison de leur Nature. Attention, divulgâches. Le premier est un Chant lié au monde des morts et permet de se déplacer sous les ombres, un peu à la manière de terriers. La distance est compressée et permet donc aux magiciens maitrisant le Frisson ne parcourir le monde rapidement. Le second Chant est lié à la Peur. J'aime beaucoup ces "Chants", qui sont des langues avec de drôles de sons qui varie selon la nature de celui-ci. Julian, qui en chante neuf, a d'ailleurs une très grande créativité en la matière, jouant avec eux et les combinant pour élaborer de sortilèges dévastateurs ou alors complètement inutiles, mais tape-à-l'oeil. On dirait de la chimie langagière. Julian est un personnage très intéressant. À la fois princier et mage noir, il navigue entre deux facettes, à la manière des Gémeaux. Une part de lui est très puérile, artistique et fantasque, portée sur la famille et sur la beauté de la magie. Cette même facette le mène souvent à banaliser certaines choses importantes - comme le danger que peut représenter Beauté par exemple- mais constitue en même une force d'ouverture d'esprit. Son autre facette est plus froide, implacable, voir cruelle. C'est cette facette qui prend plaisir à tuer ses ennemis. Julian est également charismatique et plait autant aux femmes qu'aux hommes, en témoignent ses amours passés. C'est un Chef d'État et un Chef de Guerre, qui a des responsabilités imposées et qui doit prendre les décisions difficiles. Clairement, sa nature profonde et son tempérament font de lui un excellent mage, mais un prince un peu maladroit. Heureusement qu'il peut compter sur Noa. Noa, donc. C'est la cadette qui tente de faire valoir son importance, surtout auprès de son déraisonnable aîné. Elle est méthodique, réflexive et terre-à-terre. Malheureusement, elle n'a que 11 ans et a souvent l'impression de ne pas être prise avec le sérieux qu'elle mérite. Son frère a clairement du mal à trouver l'équilibre entre sa vision de grand frère et celle du Chef D'État et de Guerre. Il se veut protecteur, mais il empêche en même temps sa sœur de prendre part au défis qui est le leur. Noa dispose de pleins d'astuce et de courage, pourtant. Maïta a 8 ans, adore tout ce qui grouille et vit, surtout les créatures qui ont une réputation moins flatteuse. Elle est un peu solitaire, mais en sent qu'elle cherche sa place dans le trio, entre un frère doué en magie et une sœur doué en stratégie. "Mite" admire ses aînés, mais est effacée trop souvent. C'est un personnage qui gagne à être connue. La famille est au cœur de cette histoire. Il n'est pas aisé pour deux ados et une enfant de manœuvrer une reprise du pouvoir, mais il est surtout difficile de distinguer leur rôle politique de leur rôle fraternel. J'apprécie que nous ayons ce genre de sujet relationnel comme angle principal, plutôt que d'opter pour une sempiternelle romance conjugale, par exemple. C'était tout de même amusant de voir tout l’intérêt sentimental des personnages secondaires et tertiaires pour Julian, qui semble fasciner beaucoup de gens, gars et filles. On insiste souvent sur la beauté des princesses, mais ici, on est captivé par l'ensemble de la personne de Julian, autant son physique avantageux que sa personnalité colorée. La famille Marchena illustre aussi comment une situation grave et sérieuse fait vieillir prématurément les enfants et les ados, qui se retrouvent à gérer des enjeux d'adultes. J'aime que la "Magie noire" ne soit pas ténébreuse. Elle représente la polyvalence dans le monde des Marchena, sorte de douance magique. L'autrice prend aussi le temps de distinguer ce qui fait d'une magie une "Magie malveillance", soit une magie employée avec une intention malveillante ou destinée à causer du tort. Un parallèle que nous pouvons faire avec n'importe quel outil, comme l'énergie nucléaire, les armes à feu ou les couteaux. Ce n'est pas l'outil le problème, c'est le fait que des gens mal intentionnés et malveillants s'en servent pour causer des préjudices aux autres. Il peut même arriver que des gens bien intentionnés emploie la magie à des fins obscures. Julian était sur la limite, d'ailleurs, d'où les inquiétudes de Noa à son sujet. Les répliques sont drôles, bien souvent, et je remarque quelques petits passages qui témoignent de l'âge relativement bas des personnages, vulnérables et immatures. Le récit est fluide, l'action et le calme se côtoient bien, on nous donne suffisamment de détails pour imaginer les lieux et les types de magie. Un bel univers pour initier les plus jeunes à la Haute Fantasy. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
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Le goût de la liberté

Par Louna Demir et Jesuso Ortiz
(4,0)
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Une belle petite trouvaille de 2022, mais lue en 2023, voici le genre de petit livre tout-carton qui prouve qu'on peut faire des livres pertinents pour les plus jeunes lecteurs, soit les bambins de 0-3 ans environ. Dans ce beau Tout-Carton sur fond blanc, on propose un personnage par page, où sa chevelure est représentée par un fruit, un légume ou un aliment. On élabore également un aspect poétique en comparant la liberté à une saveur, sucrée, acidulée, fraiche, etc. À la fin, on demande quelle saveur aurait sa liberté. Bien sur, saisir le second degré de la chose est pratiquement universel sur l'âge, même les adultes pourraient s'y bercer. Mais reste que c'est amusant à entendre et à regarder pour les tout-petits, qui vont surtout apprécier le moment de partage et les jolies comparaisons alimentaires. Aussi, c'est sympathique pour la diversité corporelle, avec des cheveux tout ébouriffés, tout bouclés, joliment pomponnés, carrément abruptes parfois! Super concept qui devrait ravir autant le lecteur adulte que le public bambin. À offrir dans les shower et les premiers anniversaires joyeusement! Pour un lectorat Tout-Petit, 0-3 ans.
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Voleur de sandwichs (Le)

Par André Marois et Patrick Doyon
(3,5)
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L'enlèvement de Perséphon : et autres mythes où les déesses règne

Par Jonathan Plackett, Karrie Fransman et Titiou Lecoq
(4,0)
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Incontournable Janvier 2023 Après le recueil de contes classiques ayant subit la même opération d'inversion des genres, "Le Bel au bois dormant", voici un recueil de mythes et légendes grecques, tous aussi joyeusement inversés, signé par le même tandem autrice-illustrateur. Vous y retrouverez: -La boîte de Pandoron -Zéa et le boeuf Ios -L'enlèvement de Perséphon -Perséa et la tête de Médusos -La chute d'Icaria -Théséa et la Minogénisse -Orphéia et Eurydichos -La toile d'Arachnos -Ulyssa et la Cyclopesse -Ulyssa, Circéos et les sirènes -Érôsa et Psychos -Pygmalionne et Galatéos -Atalantos, le chasseur Je suis toujours impressionnée de voir à quel point la mythologie grecque est cruelle et les Dieux très "humains" au fond, avec leur jalousie maladive, leur égo démesuré et leur incapacité à gérer leur libido ( surtout Zeus/Zéa). Mais ici, avec ces inversions, on remarque beaucoup plus facilement le clivage de genre, déjà très ancré dans l'humanité. Déjà, le simple emplois de "femmes" ( au sens "Humaines"), "mortelles" et "guerrières" un peu partout laisse apparaitre l'absence du masculin. On retrouve même , dans le mythe de Thésée/Théséa, la présence du terme "puceaux". On y parle bien des belles jeunes Nobles, mais quand on réfère au masculin, on tombe dans "puceaux", comme si leur valeur en tant que genre se limitait à leur virginité. Donc, dans le mythe normal, on avait fait pareil avec les femmes. C'est tout de même révélateur des mœurs de l'époque: alors que les personnages masculins étaient forts, courageux et "Nobles", les filles, bah, elles étaient belles et vierges. Cet attrait pour la beauté est cependant relativement égal au masculin comme au féminin, c'est même lassant à la longue, parce que tous les personnages sont extrêmement beaux. Pas très représentatif de l'espèce, disons, mais cela traduit surtout à quel point les grecs faisaient déjà une fixation sur l'apparence. Quand on sait que les jeux Olympiques de l'époque étaient aussi destinés à mettre en évidence la beauté [ mâle] en imposant la nudité aux sportifs, je me dis que c'est au moins cohérent. Je note cependant que la différence entre femmes et hommes est l'accent mit sur la force et la grandeur des hommes ( les femmes dans le présent album). La couleur blonde est particulièrement présente aussi pour les cheveux, ce qui est un brin malaisant quand on connait les antécédents de l'Europe avec la prétendue "race" aryenne ou la fixation hollywodienne pour les blonds aux yeux bleus. Décidément, le stéréotype de la beauté blonde aussi est assez âgé. Les hommes dans cet album qui tiennent donc les rôles de femmes se retrouvent souvent en objet de convoitise, de trophée ou de décoration. Là je reconnais nos stéréotypes modernes! Là dessus, on a progressé un peu, mais dans le monde, ces trois types de rôles restent suprêmement représentatif des personnages féminins. C'est donc amusant de voir les femmes avoir les meilleurs rôles ici: guerrières, stratèges, grande patronne divine, architectes, Reines ( D'ailleurs, on parle de "Reinaume", non pas "Royaume"), etc, alors que les hommes ont le rôle de support comme Arian ou une passion stéréotypée comme Arachnos ( le tissage) ou Orphéia ( le luth et le chant). Un certain nombre de personnages masculins auront été kidnappés, un certain autre nombre au cœur d'une crise de jalousie de source humaine ou divine. En matière de crêpage de chignon et mesquineries puériles, Occupation Double peut aller se rhabiller! Le seul personnage qui est très clairement victime de son genre est Atalantos, qu'on a carrément abandonné parce qu'il est né garçon et que sa mère a tout-de-suite sauté à la conclusion qu'il ne pourrait pas un jour régner et est donc inutile. Mais les autres personnages hommes sont souvent victimes des préjugés de genre, qui les positionnent dans les rôles d'êtres fragiles, facilement impressionnables et généralement peu dotés d'habiletés de survie. Les mythes ont un ordre précis, qui est choisi, car certains se suivent chronologiquement. Je pense notamment à Prométhéa qui est sanctionné dans son propre mythe puis libérée dans le mythe d'Ios. Je remarque aussi tout l'aspect "Élite" qui est clairement visible dans ces mythes, avec la présence assez importante des titres "Princes/Princesses", "Nobles", et autres qualificatifs impérieux. Beauté et noblesse donc. Résultat des auteurs qui ont écrit ces versions des mythes ( ensuite reprit par l'autrice du présent ouvrage)? Je me demande. Il y a aussi beaucoup d'accent sur la richesse matérielle, les matériaux nobles comme l'or et les pièces de tissus de grande qualité. Quand on parle du divin, on semble aussi tout rapporter ce qui se rapproche du divin matériel également, ne l’occurrence l'Élite sociale. Je ne pense pas que ce choix soit anodin, car après tout, même les religions actuelles ont aussi ce penchant sans vergogne pour le luxe, en témoigne la richesse ostentatoire du Vatican. Il y a la présence d'illustrations, qui ne sont pas dans mes goûts personnels, mais dont je reconnais l'utilité et la symbolique. L'illustrateur donne d'ailleurs très bien le rendu inverse: des hommes dénudés, alanguis et au corps finement musclé, alors que les femmes sont encore plus costaudes et musclées, en armures, moins dénudées et moins sensuelles que les personnages masculins. Vraiment, bien exécuté sur ce plan là! J'aime bien aussi la diversité ethnique en présence qu'on devine aux variations de saturation de la couleur ( parce que nul personnage n'est dans une palette de peau normale). Il y a beaucoup de roses, de violets, de bleus et de verts. Enfin, j'aime que l'illustrateur ait trouvé le tour de mettre un peu de "féminité" à travers ses armures, de manière à ne pas simplement habiller ses femmes en "hommes". J'adore quand les auteurs jeunesse proposent de sortir des sentiers battus en changeant un élément aussi clivé que la question du genre. C'est vraiment efficace pour souligner les iniquités et les mauvaises associations genrées, qui ne sont pas toujours au service du genre, justement. Peut-être que ça va agacer les gars de se voir toujours représentés en amateurs de broderie au cœur de chamailleries de coqs ( oups, non, de poules dans ce cas-ci!). Peut-être que ça va inspirer les filles d'être enfin les fortes, courageuses et aventurières de l'histoire, pour une fois. Bref, ça dérange dans le bon sens et tout en ayant le mérite de présenter les mythes, on interroge la question du rapport entre les genres. Enfin, je trouve la préface très intéressante, surtout l'élément "figé" des histoires. Ce que Titiou Lecoq explique, c'est que l'histoire appariée à un seul auteur ou une seule autrice est relativement récente, qu'autrefois, les mythes fluctuaient et évoluaient au rythme des orateurs qui les rependait. Il n'est donc pas fou d'iverser les genres dans ce contexte. Et comme madame Lecoq le mentionne, le passage du masculin au féminin permet aussi de prendre conscience que certains défauts sont associés au masculin ( comme l'orgeuil, par exemple). Vous trouverez à la fin les prénoms d'origine des personnages et les personnes ressources qui ont produit les textes d'origine, ainsi que la personne qui a créé les nouveaux prénoms, M Roderick Beaton. Un album pour interroger, questionner et surprendre, tout en étant ludique. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans. Aucune scènes sexuellement suggestives. Il y a quelques punitions sont vraiment impitoyables mais rien de très graphique.
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Renversante (y'a encore du boulot)

Par Florence Hinckel et Clothilde Delacroix
(4,0)
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Dans l'optique de commencer l'année 2023 avec une pile-à-lire plus raisonnable - la bonne blague, elle doit bien faire deux fois le tour de la Terre à présent - me voici à abréger mes lectures amorcées de 2022. Pas facile la vie de libraire jeunesse! Il s'agit ici d'un tome 2 ( Fichtre! C'était pas écrit dessus!), mais on peut se passer du tome 1. En revanche, ce peut être intéressant d'avoir vu la situation des personnages alors qu'ils étaient au primaire, alors âgés de 10 ans. Ici, ils en ont 15, ce qui apporte un angle différent, car nombre d'enjeux de genre émergent à l'âge adolescent, avec la sexualisation du corps. Ce roman a une drôle de forme, dans la mesure où ce n'est pas tant la trame qui est intéressante que sa succesion de sujets à propos du genre. Car c'est bien le sujet ici. Dans le monde de Léa et Tom, tout ce qui est féminin est fort, dominant et moins cher, le "female gaze" est partout sur la scène culturelle et sociale, les enjeux masculins sont banalisés, le matriarcat crée encore des inégalités entre les femmes et les hommes. Même la langue française est ainsi inversée, donnant au féminin la fonction "neutre". Bref, le sexisme est surtout dommageable aux hommes. C'est une idée réellement intéressante que de simplement tout inverser, incluant la langue. Il faut dire que le français n'ayant pas de pronom neutre, ça pose un soucis que les langues qui en ont connaissent peut-être moins. En inversant tout, on peut mieux voir là où la construction sociale se distingue de la réelle biologie. Et celle-ci a beaucoup moins de place qu'on lui en prête, d'ailleurs. Dans ce monde-ci, on admet la faiblesse des hommes, leur fragilité émotionnelle, leur tendance à être vulnérables aux maladies, etc. Rien de très fondé, en somme. Léa étant le "sexe dominant" de cette histoire, elle est surtout agacée qu'on mette autant d'accent sur les enjeux au masculin. Elle banalise, amenuise et même rit de certains d'entre eux, comme si on en faisait tout un plat pour rien. Tout le contraire de Tom, qui a l'impression d'avoir encore plus de pression sur les épaules avec son adolescence arrivée. Entre autres thèmes sur le sexisme, on a: - Les canons esthétiques inégaux: on exige énormément des hommes d'être minces, musclés, beaux, à la mode, imberbes, etc. La contrepartie est assez peu élevée de la part des femmes, qu'on laisse tranquille sur la plupart de ces aspects. -La culture du viol au masculin: Si un homme porte moins de tissu sur lui ou des vêtements serrés, forcément, il cherche les ennuis. D'ailleurs, la police prête peu d'importance aux plaintes liées aux agressions sexuelles, aux attouchement et harcèlement sexuel encore moins. Aussi, il existe un contre-argumentaire qui allègue que certains hommes accusent faussement des femmes de viol, ce qui fait douter de la valeur de leur parole. -La taxe "bleue": les produits masculins coutent deux à trois plus chers que ceux des femmes, parfois pour une vulgaire histoire de couleurs. -La responsabilité contraceptive: on fait porté aux hommes le fardeau des moyens de contraceptions: ce qui est normal vu qu'ils sont ceux qui s'occupent des enfants pendant que les femmes vont travailler. En revanche, ils n'ont rien à dire sur la question de l'avortement des femmes: c'est bien connu, les femmes ont tous les droits sur leur corps. L'inverse est moins vrai, ceci-dit. Il est aussi assez rependu que les jeunes hommes doivent voir tôt et fréquemment un andrologue, avec toute la gêne que ça occasionne, alors que très peu de femmes font de suivi en gynécologie, seulement l'obstétricienne quand elles sont enceintes. - Les archétypes personnages: On démonise volontiers des qualités ou des défauts masculins à travers les personnages, comme les sorciers, par exemple. Mais quand on cré un personnage féminin du même archétype, alors là on va hisser les standards. Il existe donc une iniquité dans les représentations auxquels sont exposés les enfants et les adolescents. cela est aussi li au "Female Gaze", la lentille féminine qui engendre des personnages stéréotypés masculins, au fond plus décoratifs ou destinés à être "gagnés" qu'autre chose. -La sexualisation du genre masculin: Un homme qui a une intense vie sexuelle est un Casanova ( un "pute", en somme) et son corps est exposé tôt au regard féminin comme objet de désir et de réussite sociale pour les femmes qui mettent la mains sur ceux-ci. ET il est mal vu pour les hommes de rejeter les avances des femmes. Il est également indécent pour un homme de montrer ses tétons. En outre, les garçons se sentent souvent mal à l'aise avec les filles quand celle-ci sont insistantes et qu'elles les reluquent. Il est aussi fréquent de voir des hommes lubriques et choisis pour leur physique dans les clips de musique populaires. -Le féminisme: dans ce monde, les féministes sont des extrémistes qui souhaitent aller à l'encontre des revendications des masculinistes en quête d’émaciation, afin de ne pas perdre leur statut de privilégiées, alors que les masculinistes sont en quête d'égalité entre les genres. - Le français sexiste: "Mondemoiseau" pour les jeunes garçons, "Monsieur" pour les ados et les adultes pubères, "parentes", "homme à chattes" pour parler des vieux garçons qui ont raté la chance de se marier, "toute ça". "elle faut", "blagues de blond", "c'est indécente", "le matrimoine", etc. Dans ce monde-ci, la langue aussi est sexiste. Bref, vous voyez l'idée. Est-ce moins révoltant de voir le masculin se faire malmener ainsi? Certainement pas. Ce roman est plus une œuvre pour amorcer des discutions sur le sujet de l'iniquité de genre et traiter des construits sociaux de genre qui gangrènent encore la société d'aujourd'hui. C'est une œuvre pour faire une réflexion, une constations, d'un côté comme de l'autre, car si les hommes ont leur part de responsabilité dans tout ce déséquilibre, reste que des femmes adhèrent aussi à cette iniquité et en font même la promotion. Je pense à toutes ces autrices qui sont chroniquement incapable de faire des personnages féminin autrement qu'amoureusement stupides ou dépendante affective. Je pense à ces femmes qui s’objectifient elles-même pour l'argent. Je pense à ses femmes qui jugent les autres femmes qui se cherchent d'autres avenues possibles que le mariage et la maternité. On a encore du boulot, mais autant du côté féminin que masculin. Bref, un bel outil pour les professeurs et les jeunes lecteurs qui sont moindrement intéressés par le rapport de genre. L'écriture est somme toute facile, un peu confrontante au début avec ce féminin dominant, mais accessible. Il y a des illustrations très pertinentes et perturbantes ( dans le sens "révoltantes") où les hommes sont placés dans ces mêmes situations que vivent bon nombre de femmes à travers le monde. Enfin, il est intéressant d'avoir deux points de vue dans cette histoire, celui de Tom et celui de Léa ( même si c'est Léa la narratrice - bien sur, dans un monde matriarcal, on voit davantage le point de vu d'héroïnes dans les romans - logique). Elle va progressivement comprendre le point de vu de son frère et comment le monde autours d,elle l’influence. il y a donc un réel cheminement de la part de l’héroïne. C'est le genre de livre nécessaire, en somme. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans ( Parce qu'il n'est jamais trop tôt pour commencer à déconstruire les vieux concepts issus du patriarcat) mais qui peut convenir au lectorat adolescent également.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Les boîtes aux lettres

Par Gilles Baum
(4,0)
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Incontournable Novembre 2022 Voici un roman à la narration singulière, tenue par un coquillage, qui à travers son "regard" témoigne de l'histoire d'Émile, jeune garçon de son état, qui sur son précieux vélo rose, parcours son milieu en y semant des boîtes aux lettres. À mi-chemin entre prose et poésie, en faisant intervenir d'autres objets, comme s'ils étaient dotés d'âmes, nous suivons ce garçon rempli d'espoir de retrouver son père disparu, convaincu qu'il lui écrira s'il trouve l'une de ses boîtes aux lettres. Dans un premier temps, j'admire ce choix narratif, faire parler un objet-témoin n'est pas fréquent, je trouve, en littérature jeunesse. Et il y a les autres objets aussi, dont le vélo rose ( enfin un garçon fier de son vélo rose!) Rosie, qui a un tempérament à elle. On peut le percevoir dans les verbes qu'on lui attribue, comme on le ferait d'une personne. Même Émile s'adresse à elle comme une personne, sa confidente. Chaque boîte à lettre est une histoire en elle-même et quelles jolies histoires! On a donc clairement un axe réflexif avec ces boîtes. Celle du Lac était ma préférée, car elle parlait de la désolidarisation des gens, devenus individuels et lobotomisés devant leurs écrans. Pourtant, cette boîte à lettre là permettait la correspondance de deux amoureux. Il y a quelque chose de juste dans ce contraste, je trouve. Je dois dire que cette histoire est sincèrement touchante, avec ce petit garçon qui cherche son père et qui en dépit d'une situation grave, ne désespère pas de revoir son foyer uni. Il ne s'agit pas du sujet principal, c'est révélé à la fin, mais la violence conjugale est la raison du départ du papa. Comme il doit être difficile pour un enfant de faire le deuil de son parent, même inadéquat. Combien d'enfants restaient-ils fidèles et aimants de leurs parents, en dépit de leurs comportements parfois incorrects? Ce n'est pas simple comme situation. J'apprécie cependant le choix de l'auteur de ne pas faire tomber la maman dans les bras de papa, une fois revenu dans les environs. On le sait maintenant assez bien, mais la violence conjugale est cyclique: souvent le retours du parent violent se solde en nouvel épisode de violence après une brève lune de miel. J'apprécie que nous ayons ici une maman solide et capable de refuser de revenir avec un conjoint violent, pas seulement par considération face à sa propre valeur, mais aussi celle de son fils. Aussi, je remarque qu'Émile s'adresse à son vélo comme une amie, peut-être l'expression de son besoin d'adresser ses craintes, partager son espoir et confier ses tracas. La manifestation d'un sentiment d'isolement social peut-être? Une chose me semble sure: Émile tente de survivre à l'absence de son père et heureusement, il le fait de manière fort créative et proactive, plutôt que de sombrer dans des pensées ou actions sombres. C'est le genre de roman que j'utiliserais très certainement auprès de mes élèves, pour alimenter leur réflexion, leur perception et leur capacité à lire des textes plus poétiques. C'est un roman "beau", différent également, avec une inclinaison sociale, familiale et existentielle que je vois davantage en littérature adulte, d'ordinaire, mais que je me réjouit ici de retrouver en littérature intermédiaire. C'est un roman relativement petit, mais compte tenu des thèmes impliqués, je suis d'avis qu'il trouvera plus de pertinence au troisième cycle primaire que le second, mais il pourrait intéresser les lecteurs de 8-9 ans matures et qui ont une nature sensible et philosophe. Une belle trouvaille. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
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Comment braquer une banque ?: parce que tu as cramé la maison de

Par Tom Mitchell
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Incontournable Avril 2022 Dans l'optique de commencer l'année 2023 avec une pile-à-lire plus raisonnable - la bonne blague, elle doit bien faire deux fois le tour de la Terre à présent - me voici à abréger mes lectures de 2022. Pas facile la vie de libraire jeunesse! Donc, je reviens sur ce roman anglais aux couleurs criardes qui se veut un récit humoristique, ce dont je lui sied gré franchement, on manque de romans comiques en littérature adolescente. À croire que les auteurs de cette tranche d'âge n'ont que des trucs graves et sérieux à aborder. Bref. C'est l'histoire rocambolesque d'un ado de 15 ans, Dylan, qui à le béguin pour Beth, sosie d'Emma Stone il parait, et il est convaincu d'avoir fait flamber la maison de celle-ci avec une bougie népalaise négligemment jetée aux poubelles. Une maison anglaise qui a été construite suivant le modèle de la très américaine Maison Blanche, qui plus est. Sur un ton humoristique bordé de dramatisme, Dylan nous dépeint ses nombreuses tentatives de faire un coup d'argent, histoire de redonner à la fille de ses rêves de quoi survivre avec ses proches. Et bien sur, ça ne sera pas aussi simple en pratique qu'en théorie. C'est léger et c'est étonnamment mignon aussi, car loin des affreux Bad Boys couillons que je croise beaucoup trop souvent pour le bien-être de ma santé mentale, ici on a un "bon gars", un vrai, pas du genre "bon gars" collant qui croit que l'amour s'achète. On a plutôt le genre qui culpabilise solidement et qui a à cœur le bien être de la fille de ses rêves. Il faut dire que la fille en question est assez haute en standard avec son intelligence, son physique d'actrice et son talent sportif. Ça m'épate toujours de voir les personnages masculins avoir généralement très bon goût alors que les personnages féminins se contentent des pires cas désespérés à belle gueule. Bon sang, que je suis cynique aujourd'hui. Ça ne révolutionne pas grand chose, mais j'apprécie ce genre de roman léger avec un personnage masculin sympathique amateur de poésie et un brin anxieux œuvrant pour autre chose que sa propre ambition. Il sollicite même l'aide de sa sœur. Là je dois dire que ça me plait que ce soit la grande sœur qui soit le cerveau pour une fois, alors que Dylan cumule les gaffes/bourdes. Il y a même des inclinaisons philosophiques: Pas facile l'adolescence, on se cherche et on se définie. Encore une fois, j'aime bien voir un personnage masculin faire preuve d’introspection. Attention, divulgâche. Pour celles et ceux qui se le demandent, il n'y aura pas de réussite dans les projets de braquage de Dylan, rattrapé in extremis par sa bonne conscience. En revanche, les choses progresseront du côté de la famille de Beth pour le mieux. Un bon livre pour les ados en quête de quelque chose de léger, comique et rocambolesque. Pour un lectorat adolescent du premier cycle secondaire, 12 à 15 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Charlotte qui zozote T.3 : L'enquête du monstre du chalet

Par Mélodie Heuser
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La sympathique et intuitive Charlotte est de retour dans ce tome 3, qui se déroule durant les fêtes. C'est presque le temps de quitter les bancs d'école pour deux semaines de vacances des fêtes pour Charlotte et ses camarades de classe. Évidemment, on peut compter sur Aymeric pour plomber l'ambiance avec ses commentaires impertinents et méchamment moqueurs ( vraiment il n,apprend rien de ses erreurs celui-là). ET comble de bizarreté, durant l'échange de cadeaux, Charlotte reçoit un rouleau de papier de toilette. Heureusement pour la petite rouquine, ses parents comptent les amener au chalet cet hiver. Avant de partir, c'est-à-dire une fois que papa aura achevé son tetris avec les bagages dans le coffre arrière de la voiture, Charlotte reçoit un cadeau mystérieux: "Voici ton vrai cadeau" de la part de son ami secret. Une fois sur place, Charlotte découvre que le chalet a changé d'air. Cela est du au fait que les parents de Charlotte ont décidé d'acquérir la propriété! Ravie de sa chambre au plafond constellé d'étoiles fluorescente, il ne reste plus qu'à apprécié les diverses traditions familiales de Noël. Mais comme d'habitude, il ne faut guère plus qu'un bruit dans un mur, des traces mystérieuses et de drôles de bruits sur le toit pour que l'imagination de notre apprentie-détective s'emballe. Ajouté à cela la disparition des biscuits du père Noël et la "possession" de David, son petit frère, Charlotte est paré pour mener l'enquête sur "le Monstre du chalet". Ah! Et ce fameux second cadeau...et bien, il hisse à un autre degré l'art de la mesquinerie. À partir d'ici, il y aura des divulgâches. Comme pour les autres tomes, je remarque la présence de jolis termes d'enquêtes, tel que "Preuve circonstancielle", appuyé de sa définition bien sur. J'apprécie beaucoup que dans les tomes de la série, on mise plus sur les termes et méthodes d'enquêtes que bon nombre de romans policiers jeunesse, qui finissent invariablement par manquer de réalisme et de rigueur. Mais pas ici. On a des listes, des procédés comme l'élimination, la cherche de preuves et même la validation. Aussi, comme les autres tomes, on a toujours de bonnes descriptions du registre émotionnel. On a aucun mal à imaginer l'angoisse, la peur, l'inquiétude, la colère ou la joie de Charlotte, une belle qualité pour un roman jeunesse de type polar, parce que ça ajoute du suspense au roman. J'attire votre attention sur l'histoire de l'échange de cadeaux du type "Amis mystères"- un classique dans le temps des fêtes à l'école. On l'aura comprit assez vite: qui serait assez sournois pour offrir un présent aussi mesquin qu'un rouleau de papier de toilette à Charlotte si ce n'est son intimidateur, Aymeric? Mais la suite donne froid dans le dos quand on apprend que le second papier contient la suite logique du papier de toilette. Vous y êtes? Yup. Des crottes. Il y a un degré de cruauté vraiment perturbant dans cette "mauvaise blague" quand même, quand on relie le "présent" à la pique d'Aymeric "Sarlotte la crotte". Oui, parce que "Sarlotte" c'est la façon de Charlotte de prononcer son nom. J'aurais aimé savoir dans ce tome-ci si Aymeric allait enfin être dûment sanctionné cette fois, parce que ça commence à prendre des proportions déraisonnables - déjà que l'intimidation l'est. On verra dans le tome 4. Sinon, un nouveau personnage apparait dans ce tome. Quelque chose me dit que notre duo va virer en trio... Enfin, je trouve remarquable de voir un personnage de l'ère numérique telle que Charlotte avoir néanmoins une si grande capacité créative et imaginative, très large spectre et organisée, chose qui me semble de plus en plus rare dans la vie réelle chez les moins de 10 ans, il me semble. Et j'adore le fait que pour une fois, nous avons un personnage garçon qui admire l'esprit d'un personnage fille, en la personne d'Alexandre bien sur. C'est donc un autre tome lu en une fois, avec l'un de mes détectives en herbe préférée. La couverture est d'ailleurs très fidèle au texte, ce qui m'amène à mentionner la présence de Pacha, le chat noir qui y est représenté. Un roman toujours aussi passionnant et bien mené que ses grands frères. Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

La princesse Totem

Par Sébastien Perez et Justine Brax
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Incontournable Janvier 2023 Cet album, dont le bleu profond du fond fait ressortir le rose fluorescent du sujet, impose par sa taille et fascine par son contenu aussi magnifique que mystique. Voir le monde à travers un filtre ou un tiers, ce n'est pas comme le découvrir soit-même. C'est un des messages forts de cet album. Dans ce monde imaginaire, il est dit que la première née de la famille royale va un jour devoir passer une épreuve qui la connectera à l'Esprit Totem, lien entre les humains et les animaux. En vue de ce jour, elle est contrainte à certaines choses. Elle ne peut marcher, elle se déplace dans une sorte de litière, doit faire de longues heures de méditation, alors même que résonne le rire de ses soeurs jouant dans le palais. Quand le jour vient, elle doit faire fit de tous les stimulus extérieurs afin de se connecter avec l'oiseau qui incarne l'Esprit Totem, et alors qu'elle le rencontre enfin, l'émerveillement fait place à l'horreur, quand elle assiste à la chasse d'un lapin. le goût métallique du sang, le regard épouvanté de la petite bête et son petit corps déchiqueté reste donc la dernière chose qui lui reste de ces paysages verts qu'elle a exploré avec l'esprit. La désormais Princesse Totem revient à elle dans son palais, mais les réjouissances de son succès ne comble pas tous les coeurs de joie. En effet la princesse sent soudain vide. Il ne lui resterais donc plus qu'à couler des jours heureux dans son palais, témointe de son règne. La princesse décide alors de prendre son propre envol et quitte le palais, pour voir et découvrir elle-même ce monde vert de ses yeux et de ses pieds. Il y a quelque chose de beau dans cette histoire où une future souveraine décide de rompre avec la tradition pour faire les choses à sa façon. Il y a quelque chose de beau dans son soucis de se faire une idée par elle-même, avec son propre corps et donc, ses propres sens. C'est spécialement vrai quand on voit à quelles privatisations elle était soumise au nom des traditions. Et il est bon de voir une nouvelle représentation de cet archétype qui a si mal vieilli, celui de la "princesse", relégué au rang de fille stupide et superficielle, aussi inutile que peu flatteur. Ce n'est pas du tout ce qu'on a ici. Ici, on a une jeune fille qui a des responsabilité et des devoirs, elle a une fonction importante, qui n'a d'ailleurs aucun lien avec un quelconque homme. Ajouté à cela sa sagesse et sa capacité à voir au-delà de son rôle pour chercher une façon de l'assumer à sa manière, franchement, quel bel archétype, j'espère qu'on en aura plus à l'avenir. Voilà le genre de "princesse" que j'adore voir. Pour les profs qui veulent faire un parallèle avec cette histoire avec leurs élèves: demandez-leur s'ils connaissent des situations où les gens attendent des choses de nous, mais qu'une fois accomplies, on se rend compte que cela ne nous rend pas pleinement satisfait ou heureux. Par exemple, dans le monde du sport, dans le choix d'une discipline ou d'un projet, dans une situation de groupe aussi, de l'ordre de la responsabilité qu'on y occupe. Quand les autres ont des attentes pour nous et qu'on y met tout notre coeur et nos efforts, ce peut être confrontant et perturbant d'arriver au bout d'un projet et de ne pas trouver ce qu'on espérait y trouver ou de réaliser que l'émotion qu'on attendait n'est pas celle qu'on ressent. Mais comme la princesse Totem l'illustre bien, il nous importe alors de se donner les moyens de corriger la situation, de l'adapter à nos besoins, d'aller peut-être à contre-courant de la norme même. Par ailleurs, cela peut avoir du bon, cela peut initier une nouvelle façon de faire. Surtout, comme ce projet nous concerne, nous avons donc un droit de regard sur lui. Aussi, demandez leur si leur est arrivé de se faire raconter des choses sur un sujet, mais quand ils ont vu ce sujet de leurs propres yeux, ont eu un avis différent. Comme je le mentionnais plus haut, avoir un filtre comme un écran ou une illustration, ou alors un tiers comme une personne, qui sont impliqués entre nous et le sujet, ça ne reviens pas au même que de le voir soi-même. Demandez leur d'élaborer là-dessus, exemples à l'appuie, Je retrouve dans ce monde tout de roses décapants et de bleus riches un peu des croyances autochtones d'Amérique du Nord, avec ses plumes, ses contact avec les esprit et le terme "totem" bien sur. Mais il y a aussi un peu des croyances du Népal avec cette idée de divinités féminines vivantes qui ne peuvent fouler le sol, sont soumise à des interdits, comme le jeu, et sont vêtues de somptueuses tenues. On les appelle "Kumari", et existent encore aujourd'hui, je vous invite à lire à leur sujet. Les vêtements aussi on quelque chose d'asiatique, ainsi que les parures et coiffures. Enfin, cet espèce d'oiseau rappel un oiseau de légende, avec ses airs d'oiseau de feu, qu'on retrouve dans plusieurs folklores sous différents noms. Une chose est sure, ce monde imaginaire est de toute beauté. Compte tenu de son texte relativement long et poétique, et le degré d'abstraction requis pour comprendre le message qui sous-tend l'histoire, nous le plaçons en troisième cycle primaire ( 10-12 ans), mais les plus jeunes du second cycle, 8-9 ans, pourront sans doute apprécier les jolies illustrations et cette princesse aussi belle à l'intérieur qu'à l'extérieur. Reste que même si on ne comprend pas l'aspect plus "quête de soi", reste que c'est une aventure, celle d'un fille devenue, l'espace d'un court moment, un oiseau légendaire, qui découvre pour la première fois à quel point le monde est vaste et beau. Une belle trouvaille en ce début d'année, juste après une fait pour la même maison d'édition, "Solveig", du duo Bernard et Roca, que je vous invite à découvrir aussi. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
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Trölls

Par Ellie S. Green et Lisa Guisquier
(5,0)
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Incontournable Janvier 2023 Enfin quelque chose de novateur dans les albums entourant les célébrations de Noël! Nous sortons pour une fois du cadre des festivités telles que nous les avons modelées dans les pays industrialisés occidentaux, pour atterrir dans les terres du nord européen, en pleins folklore scandinave et mythologie viking. Un album pour faire écho à la désormais très connue Reine des neiges, mais aussi plus récemment au magnifique roman "les Sœurs hiver" de Jolan C.Bertrand. "Laissez moi vous raconter..." propose le Dieu de la malice, de la discorde et des illusions Loki. Quelque part dans le nord vivent des créatures à la peau hérissée d'épines, pour lesquelles chaque mauvais tour, chaque malice leur fait pousser une nouvelle épine souffrante. Ce sont les trölls du roi Rotinnmïr, qui détestent tout ce qui va à l'encontre de leur mauvaise humeur, comme la joie, les présents, les fêtes. C’est pourquoi, à l'occasion de la fête du solstice d'hiver, Yule, les trölls lancent du crottin de cheval contre les maisons des habitants, cassent des objets et salissent les pièces des habitations. Cela leur procure, à défaut d'un baume à leur douloureuses épines, un peu de satisfaction malsaine. Mais un jour, le plus jeune et plus petit d'entre eux, Tric-Hlutur, passe par la cheminée pour faire un peu de casse dans l'une des maison de Navik, un petit village. Alors qu'il a commit moult actes de vandalisme, le petit troll découvre un jouet brisé, le préféré du petit garçon qui y vit. Espérant pourvoir l'emporter, il répare la tête du petit chien en bois, mais le réveil des parents le force à prendre la fuite sans son objet. Alors que les parents découvre la désolation qu'est devenue leur foyer, il y a cependant un petit garçon qui est tout heureux de découvrir son jouet favoris réparé. Dehors, à la fenêtre, un petit tröll constate les faits et comme un sentiment chaleureux nait en lui devant la joie de l'enfant, deux épines se détachent de son dos... À partir d'ici, il y aura des divulgâches. Tric-Hlutur comprit que de réparer des jouets le soulageait de ses épines, tant et si bien qu'il renouvela chaque nuit ses visites au village de Navik, dans l'espoir de trouver des choses à remettre en état. Les autres trölls commencèrent a avoir des soupçons alors que Tric-Hlutur semblait occupé et changeait physiquement. Le petit tröll décida de partager avec eux sa découverte. Bientôt, il y eu pleins de réparateurs de jouets, ce qui, bien sur, ulcéra le roi Rotinnmïr,qui trouva conseil auprès de votre narrateur préféré, c'est-à-dire moi, Loki. Le Dieu des illusions expliqua au roi que tôt où tard, il n'y aurait plus d'objets à réparer et les trölls redeviendraient mesquins et tapageurs comme avant. Il faut dire que c'est ainsi que le roi les voulaient, car ainsi, ils lui ressemblaient. Tric-Hlutur n'avait pas la même façon de penser, cependant. Devant le désarrois de ses comparses, lorsqu'en effet les jouets furent tous réparés, il trouva lui aussi avisé de venir voir votre dieu viking favori, moi toujours, Loki, et de lui demander où il pourrait trouver des objets "magiques" à réparer comme le petit chien de bois. Loki expliqua qu'il pourrait trouver de quoi les contenter tous dans le Nord, mais comme il le signifia, "ce sera un voyage sans retours possible". Déterminés à ne plus retomber dans leur souffrance, les trölls quittèrent furtivement leur caverne et leur roi pour s'engager dans les terres glacés du Nord, exposés au froid de plus en plus mordant. Alors que les trölls frigorifiés se pelotonnaient ensemble pour se protéger du froid, des rennes leur portèrent assistance et les menèrent à une grande résidence en bois. Ils y trouvèrent des jouets en grande quantité, mais non pas abîmés, plutôt inachevés. N'ayant jamais accomplis ce genre de travail, ils tâchèrent de faire au mieux, sciant, peinturant et sablant de manière maladroite, mais avec de plus en plus de cœur à l'ouvrage. Ils firent tant de bruit qu'ils réveillèrent le maitre des lieux, un vieil homme à forte carrure et à barbe blanche dont les mains pouvant autrefois confectionner des jouets étaient hélas trop abîmées pour poursuivre leur tâche. Il se prit en affection pour ces petites créatures et leur montra comment faire des jouets. Cette nouvelle activité leur fit tomber une à une leurs épines, adoucit leur humeur et rosit leur peau désormais douce. Le roi Rotinnmïr, furieux de la trahison des trölls, demanda une fois de plus au dieu rusé d'intervenir. Employant un miroir, Loki brisa le reflet du roi tröll dont chaque éclats devient un morceau de son âme noir pouvant physiquement se rendre au Nord pour troubler les trölls et leur nouvel employeur. C'était sans compter la magie de l'hiver que possédait cet homme, qui sema les jouets de se battre contre les ombres et vainquirent. Désormais, à chaque fête de Yule, le vieil homme remet son rouge manteau bordé de fourrure, attèle ses rennes et va distribuer des jouets aux enfants du monde, ceux-là même qui ont été fabriqué par des trölls devenus lutins. Désormais, nul épine ne poussa sur la peau de lutins. Ainsi s'achève mon histoire, dont vous comprendrai très certainement que je fusse celui qui rendit possible le retours du père Noël, n'est-ce pas? Quelle histoire touchante. Comme certains autres lecteurs l'ont remarqué, les trölls découvrent que le mal que l'ont fait aux autres nous cause du mal en retours, ici représenté par les épines. On pourrait arguer que ce sont les actions mesquines qui n'ont rien de constructif et qui ne mènent nul part en terme d’accomplissement personnel qui font souffrir en retours. Ce n'est qu'une façon facile de se décharger de sa rancœur, mais celle-ci ne s'apaise pas en semant de la désolation. Au contraire, apporter de la joie aux autres, être proactif, solidaires et constructif apporte un sentiment d'accomplissement, de paix et d’utilité. Ce n'est donc pas tant les objets réparés qui ont insufflé autant de bien être aux trölls que leurs actions elle-mêmes. Mieux encore, on peut observer que ce "père Noël" scandinave a donner une raison d'être aux trölls, un projet commun et long terme, qui les valorise et leur apporte un sentiment d'accomplissement encore une fois, cette fois en créant des jouets. Pour être heureux, les gens ont généralement besoin d'une source de valorisation, peut importe sa forme, et je remarque que celle des désormais "lutins du père Noël" n'est pas seulement valorisante, elle est aussi inclusive et collective. Autrement formulé, elle permet aux trölls de rester ensemble et de partager un projet commun, un peu à la manière d'une famille. Je remarque aussi toute l'évolution du personnage attachant de Tric-Hlutur, dont le prénom me rappelle l'univers uruk/orc de Tolkiens. Non seulement est-il l'instigateur du changement au sein de son groupe, il a aussi décidé de se faire confiance et aller dans le sens qui lui semblait le plus porteur d'espoir, au lieu de simplement suivre le troupeau. Mieux encore, il a partagé sa découverte avec les autres, même si,au fond, il n'y était pas obligé. Puis, il a été plaidé sa cause auprès de Loki, afin que les trölls ne resombrent pas dans leur état souffrant. Être un vecteur de changement n'est pas simple, cela demande le courage de sortir de sa zone de confort et d'affronter l'inconnu. Aussi, j'aime bien cette histoire qui illustre que nous sommes dotés de la faculté à changer de vie, pour un peu qu'on en ait les outils, la volonté et le support. Nous ne sommes pas condamné à être ce que nous percevons de nous actuellement, parce que cette perception peut elle aussi changer. Également, se découvrir une passion peut réellement changer une vie. Je constate aussi que nous avons ici un bon exemple de leadership autocratique vs démocratique. Le roi tröll est une sorte de tyran, un meneur autocratique qui prend les décisions seul et qui est prêt à sacrifier le bonheur de son groupe si tel est son bon plaisir. Il nous en donne une exemple quand il se montre furieux de voir le changement parmi les trölls, qui lui ressemblent moins du coup. Le tyran est toujours tourné vers lui-même, ses besoins priment, sa volonté est la seule qui importe. Le père Noël, pour sa part, est un exemple de meneur démocratique, car il a comprit qu'un groupe fonctionne dans les deux sens. Il peut guider les trölls et leur apprendre la confection des jouets, les défendre également contre les menaces extérieures, mais il comprend que la force de leur maisonnée repose sur le travail des trölls. Un travail d'équipe en équilibre correspond à un sain leadership. On remarque aussi que l'atmosphère est saine, il y a de la joie et du plaisir à travers leur travail. Enfin, je ne peux passer sous silence la richesse des illustrations, la couverture la première, qui est fabuleuse. J'adore la palette de couleurs, avec ses verts aux accents sarcelle, ses violets indigo, ses jaunes lumineux et ses marrons chaleureux, avec tous ces beaux jeux de lumières, sans contours noirs comme délimitations. Ça respire la nature et l'hiver, avec une forte présence de références à la culture et au folklore scandinave. Les trölls ont une apparence mignonne, et j'ai remarqué que Tric-Hlutur porte une sorte de jupe! Bon, dire qu'il est un garçon reste assez difficile à dire, mais bon, j'aime croire que c'est le cas, histoire de briser le cliché de la jupe "aux filles". Même l'apparence du père Noël est adaptée, avec son manteau bordé de fourrure, son chapeau qui rappelle ceux du peuple nordique Saami et sa demeure en bois qui rappelle celles des vikings. Visuellement, c'est vraiment très beau et apporte son lot de précisions quand à l'univers en présence. J'adore ces auteurs et autrices qui nous sortent des sentiers battus, qui nous font voyager avec des histoires qui sont aussi pertinentes qu'intéressantes. Je précise que si l'album traite d'une fête d'hiver, rien n'empêche de le lire en dehors des temps des fêtes, surtout avec sa dimension culturelle scandinave et ses divers axes sociaux. Se priver de le lire hors de la saison hivernale serait aussi outrageant que de se priver de crème glacée/glace en hiver! Quoi, vous n'avez jamais manger de crème glacée en hiver? Le texte est relativement soutenu, ce qui est fort apprécié, mais qui va aussi nécessiter un lectorat plus habile avec les mots. Il a donc été placé en second cycle primaire. En même temps, nous avons besoin de ce genre de défis en lecture pour nos lectorat plus vieux, c'est donc doublement apprécié!
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Les Lance-Rêves T.1 : Le secret des Dandelion

Par Susanna Isern et Esther Gili
(4,0)
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Incontournable Novembre 2022 Ce livre d'origine espagnole, de langue catalane, nous propose une forme de magie qui peut, dans notre propre réalité, contribuer à améliorer le monde. Sophie Dandelion adore son grand-père, avec qui elle partage des promenades dans la nature et une réelle complicité. Son grand-père est néanmoins quelque peu mystérieux. Il tiens un journal secret, porte des lunettes carrées et entretient une amitié avec un ours. C'est que son grand-papa est un Lance-Rêve, une personne qui parvient, avec un geste bienveillant, à générer une séquence d'actions positives, qui bouts à bouts, produit un petit miracle. Grâce à la complicité d'animaux dans un laboratoire, qui étudient activement les chaines à produire, quand, sur qui et comment, les Lance-Rêve entretiennent ainsi la paix sociale, les rêves des gens et l'espoir en général. Une sorte de magie générée par un formidable "effet papillon". Malheureusement, si les Lance-Rêve ne tarissent pas d'efforts pour apporter de la lumière aux gens, certains autres ne supportent pas la joie, les rêves et l'espoir. Dans l'ombre, les Brise-Rêve et leurs oiseaux noirs œuvrent à briser le bonheur des gens, tels des oiseaux de malheur. Sophie est initiée au monde des Lance-Rêve, mais face à l'ampleur du défis, la jeune adolescente prend peur. À travers les lunettes carrées, ce qu'elle y voit est la facilité des gens à être mesquins les uns envers les autres et la facilité des rêves à se fissurer. Sophie devra apprendre que tout un chacun peut être à la fois Lance-Rêve ou Brise-Rêve au cours de leur vie. Les Lance-rêves officiels sont également des cibles pour les Brise-Rêve, ce qui signifie que parfois, les Lance-Rêve eux même auront besoin du concours d'un pair pour lui venir en aide. Un peu comme Martin, ce jeune homme de seize ans qui est un nouveau Lance-Rêve avec qui elle fraternise et qui a reçu du grand-père de Sophie une aide précieuse lors d'un chapitre sombre de son histoire. Alors que Sophie apprivoise son nouveau travail de Lance-Rêve, un sombre plan se profile dans le camp ennemi, qui s'est rassemblé dans la "Boîte Noire", quartier général des Brise-rêves, qui compte profiter du jour de l'an pour frapper. Pour Sophie, le coup est double, car le meneur de ces briseurs d'espoir est aussi un membre de sa propre famille: son oncle, l'obscure "Professeur Sinistre". Ce qui est fascinant avec une histoire comme celle-là est l'écho qu'elle fait à notre façon à nous, dans la réalité, de se traiter les uns les autres. Nous pouvons par nos mots, notre comportement et notre attitude, favoriser le Vivre-Ensemble. Le contraire est aussi bien vrai. J'aime cette idée que même les plus petits gestes ont leur importance: un sourire, une mains secourable, un geste de bienveillance, un partage, un service, une parole sincère, un mot gentil, une oreille attentive et une réelle empathie pour son prochain. À certains égards, "Les Lance-Rêves" me rappelle le film "Payer au suivant", dans lequel un jeune garçon d'à peine 10 ans avait élaborer une méthode pour changer le monde, en offrant son aide à trois personnes, qui perpétuaient ensuite cette aide, créant un réseau solidaire et supportaire exponentiel. Si le création de chaînes positives est le sujet central, la relation grand-parent-petit-fils/fille est également importante. Au delà du strict sujet de l'héritage familial, il y a aussi l'importance de l'empathie familial. Notre famille est un des piliers du sentiment de sécurité et de la construction de l'estime de soi. C'est donc assez fréquent que la famille devienne un filet de sécurité social, quand les choses à l'extérieur du milieu familial sont difficiles. Hélas, parfois, c'est la famille qui faillit à la tâche. Ici, le grand-papa se fait infantilisé, on prend des décisions à sa place et on restreint ses libertés. N'allez pas croire que c'est mal intentionné au contraire, le papa de Sophie songe seulement à la sécurité de son père. Néanmoins, il ne remarque pas que ce dernier sombre dans un état passif, qui pourrait même être de nature dépressive. Il faudra le courage de Sophie pour offrir à son grand-papa son ultime souhait avant de trépasser. Ça la jeune fille ne le savait pas. Cela illustre que parfois, il y a un décalage entre le besoin de la personne et le besoin que les autres attribue à la personne. La bienveillance passe par l'écoute des besoins des gens, surtout dans la sphère familiale. Aussi, il faudra le courage de la part du grand-papa pour faire comprendre à son cadet qu'il aurait du le réconforter dans son enfance, à un moment où il en aurait eu besoin. Reconnaitre ses torts n'est jamais vain et jamais trop tard. Aussi, l'empathie est au centre des valeurs défendues ici. On oublie facilement qu'un rire moqueur, un silence complice ou une indifférence froide peut réellement faire souffrir, aussi surement qu'un coup physique. Certains gens, pas répit, par égoïsme et par rancœur, sont des professionnels de ces éléments mentionnés. Mais ce que nous pouvons en retenir est qu'au fond, nombre de ces gens ont des rêves perdus, abandonnés, brisés, couplés très souvent à une estime très basse, une confiance en eux-même compromise et un manque d'amour et de reconnaissance. Il est facile de condamner les gens de ce groupe, mais parfois, souvent même, il suffit de bienveillance, de patience et d'ouverture d'esprit pour les ramener sur un meilleur chemin. Je ne suis pas en train de dire qu'il faille non plus se sacrifier pour eux non plus ou accepter leur violence, mais simplement songer à l'envers de leur façade peut parfois être salvateur. En outre, le personnage de Monsieur Drims ( pour "dreams" peut-être?) est un cas amusant de personnage isolé qui se prémunit des mauvaises influences. Ça semble anodin comme concept, mais l'idée est bien là: Nous sommes influencés et influençables par notre environnement. Ce n'est pas une faiblesse, c'est même assez normal. On peut apprendre à s'en prémunir, notamment avec l'éducation, un développement de la pensée critique et aussi avec quelques notions de base en psychologie. Mais reste que nous sommes des animaux de groupe et nous sommes donc influencés par le négatif comme le positif. C'est justement un élément qui peut jouer en la faveur des optimistes autant que des pessimistes. Là où il y aura une différence, c'est dans la conscience de cette dualité et de l'impact de nos choix sur elle. J'apprécie que Sophie et Martin, même s'ils sont de sexe différents, ne tombent pas dans le piège du gros béguin. Ils sont au contraire au cœur d'une amitié sincère, qui leur sied bien et qui illustre la possibilité des filles et des garçons à être autre chose que des prospect amoureux. Enfin, cette idée de Lance-rêve pour en sauver un autre est un peu ce que nous vivons dans le monde psychosocial. Les psychologues, les travailleurs sociaux et autres intervenants très exposés aux enjeux sociaux et aux thème sensibles, sont donc plus à risque de voir leur santé mentale compromise. De fait, il est donc fortement courant que les intervenants soient leur propre filet se sécurité entre eux. Donc, ce qu'il y a d'important à conclure ici: Nous sommes tous vulnérables, nous avons tous besoin des autres pour continuer à progresser sainement sur le chemin de le vie. Aussi, ce peut être une passion qui nous garde solide mentalement, comme dans le cas de Martin, avec son amour pour la musique qui fait de lui un joueur de flûte. Les arts sont de forts bons médiums pour la santé mentale, mais également d'excellentes façon de rendre le monde plus beau. Quand on y croit, bien sur. Le roman est joliment illustré, dans un style anguleux, au traits carrés, avec une palette de couleurs qui me semblent le résultats de feutres aquarelles. La couverture elle-même est réellement attirante, on dirait un vitrail ou un carrelage d'église en jade aux bordures dorées. J'ai trouvé les coccinelles dactylographes vraiment mignonnes. Je suggère aux professeurs de tenter l,expérience auprès de leurs jeunes: regardez de plus près ce qui fait un "Lance-Rêve" de ce qui fait un "brise-rêve", laissez-les prendre conscience de leur pouvoir d'agir et même, lancez leur le défis de devenir Lance-Rêve juste un peu plus souvent. Un beau roman touchant, qui aborde une dimension autant psychologique que philosophique, sur l'entraide, la famille, l'importance des petits gestes, de la bienveillance, de l'empathie et de la solidarité. Pour un lectorat intermédiaire, troisième cycle primaire, 10-12 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

L'altesse des maladresses

Par Lisa Lejamtel et Claude K. Dubois
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Un nouveau membre dans la famille Passerelle en ce début 2023 avec des airs de contes et une prémisse qui m'a évoqué "L'étrange histoire de Benjamin Button". L'Altesse des maladresses fait les choses à l'envers, ce qui lui donne l'air de Maître Yoda quand elle parle, d'une Nocturne puisqu'elle dort le jour et vit la nuit et commet un nombre appréciable de maladresses, ce qui lui donne l'air un peu tête-en-l'air. Elle vit dans une cabane tout en rondeurs dans la forêt et passe pour une personne étrange. À partir d'ici, il y aura des divulgâches et pleins de grenouilles. Un jour, elle découvre une mare remplie de grenouilles, aux abords d'une cabane biscornue. Après avoir causé l'hilarité générale en glissant dans la marre parmi les petits amphibiens ( comme l'atteste la couverture) la princesse se fait inviter dans la cabane par sa propriétaire, une vielle femme qui serait, d'un avis autre que celui d'une demoiselle vivant seule dans la forêt et est de ce fait fort naïve , plutôt louche. La femme a un dessein qu'on peut deviner facilement grâce au comportement des grenouilles, qui tentaient de prévenir la maladroite jeune femme, et les petits commentaires de la sorcière. Parce que oui, on s'en doute , il y a de la sorcellerie dans cette histoire. La princesse se fait embobiner avec une facilité déconcertante et accepte non seulement une tasse de thé qui est en réalité une potion, mais accepte aussi de lire une formule magique en pseudo-latin à voix haute telle que demandé. Elle aura pour but de transformer la demoiselle en grenouille, ce qui ajoutera cent ans au compteur de vie de la sorcière ( Oh, quand même, ça vaut la peine). Mais si vous avez suivi, notre altesse et sa singularité d'inversion lui font réciter les mots à l'envers. Mais la sorcière adapte de sortilèges batraciens ( comme un nombre phénoménal de sorcière, je remarque) a du boire la fameuse mixture qui se prend pour un thé afin d'endormir la vigilance de la future grenouille ( est-ce nécessaire, peut-être pas vu la naïveté du personnage) et du coup, quand la princesse aux maladresses récite les paroles en sens inverse, la potion agit en sens contraire aussi. Résultat des courses, notre sorcière se transforme en grenouille et nos anciens humains coincés sous la forme de gobeurs de mouches retrouvent leur corps humain ( et la bêtise qui va avec- oups! Scusez moi). Heureux de renouer avec leur vie d'avant, il n'empêche que les gens veulent se venger de la sorcière en lui destinant un sort fort peu enviable: celui de met. ( Finalement, j'avais raison concernant la bêtise...) Mais princessitude oblige, notre demoiselle-catastrophe prend un avis plus louable: Elle propose de garder la sorcière amphibie comme compagnonne pour sa souris ( ou était-ce un furet?). Ce qui, de l'avis du narrateur, fut une bonne décision. Je le pense aussi, surtout que de traiter les gens comme aimerait être traité, et savoir faire preuve de compassion, sont autant de façon d'amenuiser la violence dans le monde. J'aime bien les Passerelle de la maison Mijade, car ils offre de belles histoires à notre Lectorat débutant, le premier cycle du primaire. Il fait dire que madame Dubois sait nous faire rêver avec ses esquisses tout en douceur et en couleurs pastelles. Bref, un autre bel ajout pour nos romans débutant, avec des personnages colorés et amusants dans un joli univers naturel. À voir. Pour un lectorat débutant, premier cycle primaire, plus spécifiquement la 2ème année, 6-7 ans. Il est également intéressant pour la 3e année ( 8 ans), avec son petit format.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Solveig

Par Frédéric Bernard et François Roca
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
1 commentaire au sujet de ce livre
Incontournable Janvier 2023 Je connaissais déjà le tandem Bernard et Roca pour leurs magnifiques albums aux inclinaisons historiques et inspirés de cultures étrangères nous ramenant quelques siècles en arrière. Le duo a déjà produit "Cheval vêtu" en s’inspirant des communautés autochtones de l'Amérique du Nord et récidivent avec "Solveig". Je dois préciser d'entrer de jeu quelque chose qui m'a réellement fait plaisir: Dans "Solveig", Fred Bernard a opté pour la modernité et la rectitude historique en abandonnant le terme "Indien" ( ou même Amérindien) pour le mot "Autochtone". Bien sur, le mieux reste de nommer la nation, ici les Iroquois. Cela peut sembler anodin pour les européens, mais pour nous, américains du Nord canadiens, qui sommes en pleine réconciliation avec nos premières Nations autochtones, délaisser le terme raciste et historiquement erroné du mot "Indien", dont le terme s'explique par l'erreur de Jacques Cartier, l'explorateur qui s'est cru dans les Indes en mettant pied en sol québecois, est fondamental. Nous sommes encore fort déçu, en librairie, de voir des albums et des documentaires produit en France encore employer ce mot. Donc, félicitations à vous Fred Bernard, vous êtes entré dans le 21e siècle et vous avez eu suffisamment de rigueur de travail pour vous renseigner. L'album en lui même nous amène quelque part dans l'ancien Québec, alors peuplé par une douzaine de nations autochtones. Dans l'album, nous sommes probablement en présence des Mohawks, la nation la plus près de l'Est du pays et habitant la partie basse de la vallée du Saint-Laurent, c'est-à-dire le Grand Montréal. Peuple guerrier sédentaire, c'était alors une nation matriarcale: les femmes avaient voie au chapitre, possédaient les biens matériels et pouvaient même mettre fin aux mariages dont les hommes malmenait leur conjointe ( une énorme avance sur les européens à ce sujet, d'ailleurs). Un groupe de viking navigue quelque part dans la vallée du Saint-Laurent, à la recherche d'une femme blonde prénommée Solveig. Quand ils repêche une jeune fille et son loup gris adulte, ils croient avoir là une occasion d'avoir des informations sur la femme viking qui a déserté les siens. Une autochtone ayant la peau plus pâle que les siens, des yeux verts plutôt que bruns, son physique laisse croire qu'elle est métisse. Elle se prénomme Winona. Un jeune moine, Adso, ancien moine désormais athée devenu esclave des vikings, tente de communiquer avec elle. À travers le récit de Winona, nous découvrons le récit d'une femme d’exception, Solveig, une femme viking issue d'une communauté du Groenland, qui va entrer dans leur vie. Femme guerrière dont la force lui inspiré son surnom, Solveig L'Orage ou Solveig L'Eau Rage, a fuit son pays, lasse d'être sous le commandement des hommes de sa famille et déchirée d'avoir perdu sa mère. Elle impose donc à son équipage dont elle est la capitaine un voyage vers le Sud. Elle y découvrira des forêts aux arbres abondants ou la verdure est partout. Quand elle et ses hommes croise la route d'un ours, qui a tué une jeune femme autochtone, ceux-ci sauvent les deux enfants de cette dernière et décident de rapatrier le corps de la malheureuse victime à son peuple. Ce geste de respect et d'empathie leur donne une bonne impression auprès de ces gens. Ce sont des Iroquois, un peuple aussi guerrier que le sont les vikings. Peu à peu, les hommes pâles et barbus issus du Nord se familiarisent avec ces habitants qui ne connaissent ni l'or, ni les pierres précieuse, mais qui connaissent ces terres et leurs richesses. Solveig, qu'on disait incapable de rester en place, pense avoir trouver un havre pour y poursuivre sa vie. Elle décide même de brûler leur bateau afin d'empêcher ses hommes de retourner au Groenland avertir son père et ses frères de son emplacement. Elle épousera le veuf de la femme tuée par l'ours, deviendra la mère adoptive des deux garçons rescapés et aura une fille, nommée Winona. Quand sa tribu est attaqué par un coalition d'Algonquiens et de Hurons, qui voyaient mal l'arrivé de ces étrangers du Nord, Winona s'échappe sous l'ordre de sa mère et c'est ainsi qu'elle a croisé l'équipage viking. Heureusement, Solveig et les siens ont survécus, avec des pertes à déplorer, hélas. Mais la femme viking a retrouvé sa fille et les envahisseurs ont pu être repoussés. Le capitaine de l'équipage viking finit par changer d'idée concernant Solveig et promet de ne pas la dénoncer. Cependant, les vikings de l'équipage de Solveig qui le souhaitent peuvent rentrer au pays, même si la plupart ont aussi fonder des familles dans la communauté autochtone. Adso en fait parti, séduit par la jeune femme avec qui il a converser et dessiner durant leur voyage. Winona attend de lui son premier enfant, d'ailleurs. Pour elle, sa famille est un bel espoir pour l'avenir. Un avenir où, essentiellement, les différences et les ethnies sont appelés à ce rencontrer et à coexister. Le Québec est une terre d’accueil depuis sa fondation, mais son histoire est aussi celle des nations autochtones qui ont été tassés dans le processus. Cela-dit, ce que j'aime de cet album est la connexion entre deux univers, deux groupes ethniques, car c'est à la base de notre Histoire en Amérique du Nord. Nos lointains cousins vikings furent les premiers, mais ensuite ce fut nos plus proches cousins les Français, dont les premiers colons ont eu des épouses autochtones. Viendront ensuite des gens de tout horizon, italiens, vietnamiens, irlandais, écossais, européens de l'Est, pour s'ajouter à la fresque interethnique de la province. Cet élément est l'un des piliers de notre culture et de nos racines. J'ai beaucoup apprécié que l'autreur apport du bagage culturel autochtone à travers son récit, notamment sur la question du matriarcat, qu'on a chroniquement oublié l'influence sur notre culture actuelle. Enfin, il y a quelque chose de touchant dans cette seconde vie que s'est choisi Solveig. S'implanter ailleurs n'est pas une mine affaire et n'était surement pas aussi aisé à cette époque qu'aujourd'hui. Si l'histoire de Solveig reste fictive, le fait que des étrangers soient arrivés en sol québecois et canadien est véridique. Les premiers contacts doivent avoir été singuliers, spécialement au niveau des langues, à une époque où les traducteurs n'étaient pas légion. Les illustrations sont vraiment magnifiques, comme d'habitude, avec leurs couleurs terres et leur douceur sérieuse. Ce sont des albums au graphisme très réaliste. Elles sont également assez crédibles sur les plans historiques et culturel. Bon, je vais préciser ici que contrairement à ce que bien des européens semblent croire, les iroquois ne ressemblent plus du tout à cela de nos jours, avec un style de vie très similaire à celui des québecois. C'est au niveau de la culture, des arts et des mœurs que c'est différent, mais avec le temps, nos communautés autochtones reprennent contact avec leurs racines, leur langue et leur culture, après le terrible épisode des pensionnats chrétiens destinés à les assimiler. Je note également que les ouvrages de Bernard et Roca sont parmi les rares albums à pouvoir convenir au la littérature jeunesse adolescente et même adulte. Ce sont de bons ouvrages pour amorcer des discutions sur l'immigration, la culture et la diversité, avec suffisamment de texte et de sérieux pour convenir à nos plus vieux. Nous avons décidé de le placer en littérature jeunesse adolescente, en premier cycle secondaire ( 13-15 ans), mais les professeurs du troisième cycle primaire peuvent sans doute s'en servir également auprès des 11-12 ans. Catégorisation: Album fiction historique français, littérature jeunesse adolescente, premier cycle secondaire, 13-15 ans+ Note: 8/10
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Chroniques lunaires T.1 : Cinder

Par Marissa MEYER
(3,66)
2 personnes apprécient ce livre
Quelle histoire étonnante! C'est si bien décrit que même moi qui ne lit pas souvent du science-fiction, n'eut point de mal à imaginer cet univers gadgétisé, mécanique et futuriste. Cinder est loin de la Cendrillon écervelée toute douce et a au contraire une très fort tempérament et une langue à l'humour tantôt taquin tantôt acerbe. Un monde en péril, une jeune cyborg et son androïde à la personnalité féminine adorable, un jeune presque-empereur consciencieux et un docteur altruiste, nous avons ici une très belle œuvre. Résumé maison: À Néo-Beijin, à une aire intergalactique, l'heure est grave: une pandémie menace les habitants de la Communauté Orientale et la menace d'une guerre contre les Lunaires et leur souveraine despotique. Pour Cinder, cependant, elle a beaucoup à faire avec son métier de mécanicienne, de sa marâtre cruelle et de ses soucis mécaniques lié à ses pièces de cyborg. Lorsque le prince Kai lui demande de réparer son androïde Nainci, Cinder est loin de ce douter que peu de temps après, un drame bousculera sa vie d'esclavage. En effet, Poeny, sa demi belle-soeur, a contracter le virus mortel. De rage, Adri, sa belle-mère l'envoie au Palais comme cobaye pour la recherche. Convaincue d'être condamnée et gonflée d'injustice, Cinder est loin de se douter que cette visite au laboratoire changera sa vie.