Shaynning
Libraire @ Librairie Monet
Intérêts littéraires : Biographies, Jeunesse, Littérature, Psychologie, Arts, Bande dessinée, Loisirs

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Une vie pour matzi

Par Hélène Vignal
(4,0)
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Incontournable Novembre 2022 Ce petit roman de la maison Thierry Magnier propose un envers de décor littéraire: le temps d'une lecture, rencontrez les personnages d'une autrice, relegués à la Réserve, qui avec l'aide d'une intrépide et particulièrement blasée jeune fille, se donneront une raison d'être là où s'y attendait le moins. Dire que Matzi en a marre serait un euhémisme. Elle en a raz-le-bol, oui! Certes, la Réserve de personnage de Deborah Ben Moulec est joliment agrémenté de paysages bucoliques, mais au-delà de cela, à quoi sert d'être personnage si on ne daigne pas se voir offrir une histoire à la digne mesure de soi? ( Non, mais heh!) Mazti est parmi les privilégiée: elle a un nom. Maintenant, la petite demoiselle aspire à mieux. Fini les mornes journées et surtout, fini les personnages glauques qui habite la même réserve. Matzi organise une rencontre avec les autres personnages et leur expose son projet: trouver une façon de se faire confier une histoire. Une brochette de personnages sont d'accord. Tous les sept doivent alors se pencher sur le problème le plus immédiat: Comment fait-on pour se faire donner une histoire? Sur un ton très amusant, nous suivons les tribulations de Matzi et ses révoltés compagnons d'infortunés réservistes. J'ai trouvé leur contexte bien trouvé: la présence des personnages sombres, qui effraient les autres, tout droit sorti des pans obscures de l'imagination de l'auteur, les nombreux jolis paysages qu'aiment généralement les auteurs, le fait que les personnages s'ennuie car ils n'ont aucun acquis, forcément, ils n'ont rien vécus, etc. Leur cadre est cohérent. Ils se découvrent donc une raison d'être par le seul fait de leur action contestataire et de leur prise de position. Ils créent une histoire simplement en étant en mouvement et rassemblés. Ils se découvre une personnalité en se côtoyant, car c'est à travers la force groupe qu'on travaille son affirmation, ses opinions et la cohésion. C'est aussi l'occasion de se percevoir autrement, dans le regard des autres. À partir d'ici, il peut y avoir des divulgâches. Mais il faut dire que Matzi a déjà tout un tempérament! C'est un personnage assez soigné par rapport aux autres. Les six autres n'avaient pas de nom! On découvre dans leur projet leur personnalité et leur aspirations, choses qu'ils n'avaient pas encore tout à fait réalisé. Ils 'attachent même à cette version d'eux-même, si bien qu'ils ne souhaitent plus être dans une histoire s'ils sont condamner à ne plus se ressembler. Ils souhaitent même rester ensemble, ils se sont attachés les uns aux autres. C'est d'ailleurs la condition qu'il réclament à leur autrice quand ils parviennent à l'aborder. Un aspect également intéressant de ce genre d'histoire est la relation entre les personnages et leur créateur. Pour eux, Madame Ben Moulec est pratiquement comme une Déesse, on ne saura contester ses volontés ou même l'aborder directement. Mais en fait, qui est-elle? Comment invente-elle ses personnages? Ce n'est peut-être pas l'objet de craintes qu'elle semble inspirer, finalement? Intéressante réflexion sur le rapport d'autorité. Enfin, il est amusant de se pencher sur l'envers du décor des auteurs. On se ne met pas du côté de l'écrivaine, mais de ses créations. Une perceptive intéressante, surtout quand on entend de leur part que bien souvent " ce sont les personnages qui décident", soulignant q'une certaine "magie" opère, que les personnages ont une façon de s'articuler qui ne dépend pas toujours de l'auteur ou de l'autrice. Et puis, j'aime bien les personnages qui ont un brin de culot, une forme d'impertinence salutaire et une détermination contagieuse. On ne peut pas leur enlever leur enthousiasme touchant et au moins, ils savent ce qu'ils/elles veulent! Parfois, c"est tout ce qu'il faut pour mener le monde plus loin. C'est donc un petit roman comique, divertissant, axé sur le travail de l'écrivain, sur le travail d'équipe, l'importance des rêves et qu'un brin de folie est parfois le début d'une grande aventure. Facile à lire, courts chapitres, idéal pour les lectures rapides, les lectures en classe et pour les lecteurs pour qui la lecture n'est pas toujours facile - et tous les lecteurs/lectrices curieux.ses. bien sur! Pour un lectorat à partir du second cycle primaire, 8-9 ans.
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Les magies de l'archipel T.1: Arcadia

Par Estelle Faye et Sanoe
(4,0)
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Incontournable Novembre 2022 J'ai eu l'occasion de constater la jolie plume et la qualité des univers fantasy élaborés par Estelle Faye avec son court roman "Il était ma légende", paru aux mêmes éditions pour la collection Court Toujours, et "L'arpenteuse de rêves", aux éditions Rageot. Je m'étais fait la réflexion que les romans Fantasy sont très rarement courts, en littérature jeunesse, mais que cela gagnerait à se faire, les lecteurs n'étant pas tous des amateurs de pavés en papier. Ici, c'est ce que nous avons: un premier tome pour un représentant de la littérature intermédiaire, de 125 pages, qui présente un univers inspiré des pays arabes et de l'univers maritime. Nour, six ans, vit avec sa famille dans le palais du Calife ( souverain musulman) où sa mère est archiviste, son père jardinier renommé. Il y a également son grand frère, Kassem, qui s'inquiète de ne pas pouvoir aller voir sa soeur, ce jour là. Dans les murs du palais se murmurent des rumeurs de malédiction sur une petite fille. L'attitude des parents de Kassem et Nour ne rassure en rien le jeune homme. Quand il se rend compte qu'on tente de faire disparaitre sa petite soeur subtilement sous le couvert de la nuit, Kassem décide de suivre les hommes qui escorte la petite fille dans la ville. Alors qu'il comprend que sa soeur sera évacuée par la voie maritime, il se fait surprendre par des voyous, qui en ont après le bracelet en forme de serpent qu'il porte au poignet. Heureusement, une Delfienne, Élissa, intervient en sa faveur.Les Delfiens sont une peuplade fort réputée pour ses navigateurs, qui possèdent leur propre mode vestimentaire et passent leur vie sur les mers, en nomades. Élissa sauve la mise du jeune homme, en espérant pouvoir toucher une prime pour le ramener sain et sauf chez lui, en bon petit bourgeois égaré qu'elle voit en lui. Néanmoins, quand elle est instruite de la situation de Kassem, Élissa accepte de le loger sur le navire de son capitaine pour la nuit. Éventuellement, Kassem réussit à convaincre le capitaine de le mener à l'île où sont tenus les gens victimes de la malédiction, mais quand il retrouve Nour, Kassem sait qu'il ne pourra pas la laisser là, comme l'exige la Loi. Troquant son bracelet précieux contre leur droit de passage sur le navire, après avoir échappé de justesse aux soldats qui les pourchassaient (sans doute pour avoir délogé une personne de l'île) Kassem atterrit dans un port avec l'équipage. Là, dans une librairie, Kassem découvre un ouvrage étonnant, qui semble avoir été rescapé de la mer. Un ouvrage qui, selon le libraire, proviendrait d'Arcadia, où siègerait une formidable bibliothèques de livres noyés, et du coup, d'un potentiel de savoir immense. Un savoir qui pourrait peut-être venir à bout de la malédiction de Nour, cette même malédiction qui lui fait pousser des écailles doré sur la peau, lui fait entendre des appels venus de la mer et lui permet de solliciter l'aide des vagues. La principal concernée, cependant, ne semble pas tant y voir là une "malédiction". C'est un récit d'aventure qui a aussi des accents de quête initiatique. Kassem et Nour n'ont jamais quitté le palais et les voilà embarqué sur un navire pour une ile que personne ne peut trouver. Sauf Élissa, navigatrice de son état. C'est une histoire exotique, forcément, avec ses inspirations moyen-orientale, mais également folklorique, avec la présence de cette malédiction qui rappelle fortement le peuple des sirènes. Je dirais que l'histoire est passionnante, mais un peu expéditive également. J'ai du mal à lui reprocher, ceci-dit, précisément parce que je trouve les récits fantasy toujours trop long pour le jeune lectorat intermédiaire. Et puis, le roman jouit d'une indubitable force avec ses illustrations. Les illustrations sont signées Sanoe, qui nous a donné les splendides paysages et personnages du roman de Michael Brun-Arnaud "Les Mémoires de la forêt", paru à l'École des Loisirs ( que je vous invite à lire, c'est de toute beauté). En noir et blanc, elles contribuent beaucoup au côté exotique du récit, avec les paysages bien sur, mais aussi la culture et les costumes présentés. On se fait une idée beaucoup plus nette de cet univers imaginaire. C'est aussi agréable de voir l'ethnie arabe de Kassem et Nour, ainsi que la silhouette arrondie d'Élissa. Je suis toujours ravie de voir des représentations minoritaires avoir enfin de la place en littérature jeunesse. Dans leur traitement, les personnages ne sont pas stéréotypés. Kassem est un garçon tranquille, curieux et pragmatique. Il a un lien très fort avec sa petite soeur et n'hésite pas à suivre son instinct quand il la voit en danger. C'est donc un "héro" loyal et d'une douceur fort agréable. Nour a beau avoir six ans, elle a de l'esprit et se montre réactive. C'est une petite fille alerte et courageuse, qui n'a rien de la demoiselle en détresse. Nour aspire à connaître l'océan, ce qui concorde étrangement bien avec son étrange mutation. On en saura sans doute plus dans les tomes suivants. Élissa, enfin, est un personnage cartésien, stoïque et pratique. Elle prend des décisions rationnelles, parfois un peu froides, mais elle a bon fond. C'est une femme qui veut l'aventure, non pas la richesse ou le prestige. Je la trouve vraiment charmante sur les illustrations. Je remarque, enfin, que ce sont les personnages féminins qui sauvent les fesses des personnages masculins, pour une fois- hormis le fait que Kassem a sauvé Nour de son île. Certains détails m'ont amusés, comme le nom de "Delfiens", pour ces nomades de la mer vêtus de bleu. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, le "bleu de Dleft" n'est pas le bleu à proprement parler, mais bien la poterie produite dans la ville de Delft, qui est majoritairement bleue sur fond blanc. Les "trois épreuves" d'Arcadia m'amusent aussi: c'est toujours à coup de trois que les héros subissent des épreuves! Finalement, toutes ses aventures maritimes m'ont fait penser au manga One Piece et à l'odyssée d"Homer. (À partir d'ici la critique peut contenir des divulgâches - et des aventures en haute mer) Il y a de bonnes inspirations dans cette histoire et le potentiel de suites est bien présente. L'idée de faire côtoyer le monde terrestre à la mer, un peu à la façon de Pirates des Caraibes, avec ces livres "noyés" et ce prélude à l'apprentissage d'un futur bibliothécaire pour Arcadia sont autant d'axes intéressants. Bon, Nour est partie vraiment très vite, ça avait quelque chose de choquant même, mais la suite laisse présager que frère terrestre et soeur aquatique sont appelés à se revoir et peut-être explorer le monde en parallèle l'un de l'autre. Rapidement, je constate que le traitement de la violence est aussi différent que ce que je vois d'habitude. Ruses, diplomatie, réflexion, les moyens employés pour déjouer la violence sont variés. Les épreuves sont non-violentes et la condamne, même. le Fantasy tombe souvent dans le combat et les sujets violents physiquement, mais ici, je sens une tendance différente. J'apprécie que l'esprit soit davantage employée que les poings. Côté plume, c'est bien écrit, les phrases sont relativement courtes, mais elles sont variées et fluides, avec un vocabulaire plutôt riche pour ce niveau d'âge de lectorat. Je note également que nous avons souvent une fenêtre sur l'état psychologique de Kassem, notre principal protagoniste. C'est toujours intéressant d'avoir cette dimension, car cela nous rapproche du personnage et rend le tout bien plus vivant. Je pense que ce petit roman sort des standards les plus souvent réutilisés en Fantasy jeunesse, ce qui est très louable. Avoir de personnages arabes est aussi formidable. Et comme j'ai une nette recrudescence du jeune lectorat féminin pour les sirènes en ce moment, je pense que ce ne sera pas difficile de trouver des Lectrices/Lecteurs à ce premier tome. Bref, une sympathique découverte! Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans+.
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Zaza Bizar

Par Nadia Nakhle
(4,0)
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Incontournable BD jeunesse 2021 Recommandation enthousiasme de mon collègue libraire en BD/Manga, me voilà plongée jusqu'au cœur dans cet atypique Bd, qui par moment m'évoque plus le roman graphique et assurément le journal intime, puisque s'en est un. C'est le genre d’œuvre qui sert la cause des bandes dessinés, assurément, car c'est un sujet sensible traité avec une délicatesse, un sens esthétique et une profondeur qui nous fait ressentir ce que ça peut faire de ne pas avoir les mots. Au delà de tout le vocabulaire d’intervenant et de spécialistes sur les troubles langagiers, il y a des enfants pour qui ces termes ne sauraient mettre en lumière toute la complexité de leur situation et la détresse psychologique qui leur sont liés. Bien souvent, hélas, le premier défis n'est même pas d'ordre adaptatif, mais bien social: comment s'adapter dans un monde où les autres vous rejettent d’emblée et se moque de vous? Cette Bd met en relief une prise de vue intérieure, où les images ont souvent plus de pouvoir que les mots. "Zaza" se nomme en réalité Éliza et parmi les nombreuses caractéristiques qui la définie, se trouve celle du trouble du langage DYS ( dysorthographie, dyslexie, dyspraxie, etc). C'est pour cette seule étiquette qu'est née "Zaza Bizarre" de la part de ses camarades de classe, qui trouvent sa façon de parler étrange. Son professeur la trouve pour sa part lunatique, ayant , je cite, "de graves problèmes de comportement", en voulant parler de son manque d'attention, d'application et de participation. Incapable de faire valoir autant sa grande imagination que son mal être de plus en plus présent, la jeune fille se referme dans ce monde onirique qu'est le sien. Un monde peuplé d'étoiles, d'araignée amicale, de lettres sans significations et de beauté. Bientôt, elle ne parle plus du tout. Si le monde des adultes autour d'elle s’inquiète, Éliza semble de plus en plus emporté dans ses rêveries. Mais une orthophoniste peu conventionnelle et un jeune garçon aux lunettes rondes, pourraient devenir les ponts entre son besoin d'exister et de s'accomplir avec ce monde remplit de défis. Des défis surmontables, cela dit, pour un peu qu'on lui en donne les moyens. Le monde de l'intervention moderne reconnait maintenant que les solutions passent par les deux côtés: la personne concernée et les acteurs sociaux autour de celle-ci. Les vieilles méthodes passaient plutôt par une stigmatisation systémique de la différence et que la seule solution était que la personne différente apprennent à s'adapter au monde. Maintenant, on comprend que c'est aussi à environnement de la personne à se montrer adaptable. On ne peut pas espérer d'une personne en situation de défis à tout faire seule. Comment le pourrait-on, si sa perception du monde est différente? Comme il est toujours aussi émotif de croiser des personnages qui font écho à ces enfants ayant des défis. Sans doute parce que ce sera toujours un sujet d'actualité. Ici, nous avons une enfant qui a de très belles forces, mais qui hélas, ne semble devenir qu'une seule étiquette, celle de son trouble de langage. La communication étant déjà ardue pour les neurotypiques, que penser alors du défis majeur que cela peut représenter pour les minorités neurodivergentes? Dans ce roman graphique, nous sommes "à L'intérieur" d'Éliza. Notre perception du monde se fait à travers ses yeux et ses mots. Des mots truffés de fautes, de phonétique, de ratures et de corrections. Un texte à l'image de sa narratrice. Elle nous présente un monde intolérant et surtout ignorant. Au début, elle ne semble pas avoir de diagnostic, il arrivera plus tard, avec la brochette de termes techniques qui nous ont fait connaitre l'acronyme "DYS". Nous avons donc au début un jeune fille dont les camarades de moquent sans savoir que son étrange parler est le résultat d'un cerveau configuré autrement. Pire, même son professeur interprète son attitude lunatique et peu entreprenante sur le dos d'un problème d'ordre comportemental. Éliza est donc, un mot, totalement incomprise. Elle fuit. Elle a une grande force créatrice qui le lui permet, d'ailleurs. Une force que personne ne semble avoir vue, encore moins perçue comme une force ou même une voie par laquelle l'aider à s'adapter. Ce monde devient son refuge, sa façon de rester forte dans le monde réel, de se sentir en contrôle et de vivre du positif. Ce sont là les grandes forces qu'on peut associer à l'imagination. Le soucis, c'est que cette fuite croit, au point où Éliza fuit la réalité. Quand l'imagination remplace le réel, il y a lieu d'être inquiet, car la fuite ne résout aucuns problèmes. Heureusement, deux personnes phares vont émerger des personnages. La première est une orthophoniste, la spécialiste du langage. Présentée comme une femme mystérieuse dont le regard perçant et la nature sage lui donne l'air d'une chouette. Les plumes, les ailes et le blanc sont des éléments graphiques qui reviennent avec ce personnage. Cette femme présente d'emblée à Éliza une vérité toute simple: tu peux trouver tes mots. Pas forcément "les mots que tout le monde emploie", mais bien "sa façon à elle de communiquer". J'ai adoré la présence de cette nuance, bien moins anxiogène que de vouloir conformer Éliza aux normes des neurotypiques. Bien moins inatteignable, également, aux yeux d'une enfant qui ne parle carrément plus. La dame propose une méthode par renforcement positif, la meilleure qu'on puisse employer, car elle récompense chaque petit effort et renforce l'impression de progresser. L'important, c,est d'avoir une méthode adapté au rythme et aux besoins de la personne et en cela, la dame-chouette l'a mit en évidence. Ainsi, pour chaque petite boite ouverte à chacune des sessions, il y a un mot de gagné. C'est au sein de l'histoire, le symbole de la progression d'Éliza. Elle remettra d'ailleurs à la jeune fille une ultime boite , à la fin de son parcours en orthophonie, qui est vide. Éliza aura donc à loisir la possibilité de remplir cette boite de mots nouveaux et ce, à son rythme. Le second personnage phare est un jeune garçon, victime également des moqueries des camarades de classe du même groupe qu'Éliza. Il est visiblement très myope, ce qui se traduit par le port de grosses lunettes. Comme c,est souvent le cas, la différence rassemble face à l'adversité et développe l'empathie. Éliza et Simon partagent même un intérêt, celui des étoiles et des planètes. Leur attrait pour le ciel leur donne l'occasion d'avoir pleins de conversations. Le garçon ne semble pas gêné par le langage d'Éliza, sans doute parce qu'il arrive à décoder. Tout ce que dit Éliza n,est pas complètement mauvais non plus, il fait dire. On ne le dira jamais assez, l'amitié est central dans la sphère relationnelle des individus. Les amis sont des alliés, des gens qui nous prennent tels que nous sommes, sans vouloir nous changer, mais paradoxalement, nous font changer. Éliza prend en confiance et en assurance, elle parle plus et parvient même, vers la fin, à faire de l'ignorance intentionnelle envers les gens moqueurs. Dans cette histoire, je remarque que les parents sont très peu présents. Graphiquement, on ne voit pratiquement jamais leur tête, mais leur corps, surtout leurs jambes. Ils acquiescent aux constats du professeur et ne se montrent pas spécialement solidaire de leur fille. C'est un peu déplorable, mais en même temps, cela traduit peut-être l'énorme impuissance de certains parents face à une situation qu'ils comprennent à peine. Je ne peux pas passer sous silence "Arianée" l'araignée. Sorte d'ami imaginaire, elle est une source d'appuis et de réconfort. L'état de ce personnage n'est pas toujours clair: est-ce une vraie araignée ou pas tout-à-fait plus? J'ai envie de dire que la réponse ne m'intéresse pas, au fond. Dans l'imaginaire, on peut bien faire ce qu'on veut. Le roman graphique semble souvent naviguer entre réalité et imaginaire, justement, à l'instar d'Arianée. Bref, ce personnage met en relief la solitude de la jeune fille, qui a besoin, comme tout le monde, d'une oreille attentive et non-jugeante. Dans le monde qu,elle s'est bâtie, Éliza parle normalement et son amie lui apporte la compréhension, l'écoute et le réconfort qui lui manquent. Mais à terme, cela ne compense aucunement de vrais liens affectifs. La disparition de ce personnage à la fin, marque justement cette rupture: Éliza a un réseau social sain et actif, elle n,a plus besoin d'Arianée. Éliza a évolué et mûri. Le graphisme, parlons-en! Il est puissant, je ne vois pas d'autre mot. Ici, les symboles abondent, la poésie est partout. On peut aussi bien trouver des messages et des indications dans le texte que dans les illustrations. Je n'avais jamais vu de bédéiste employer autant de force dans la façon de rendre les illustrations "parlantes". Les lettres et les mots aussi sont remaniées et souvent traités comme des entités propres. Logique, dirions-nous, pour une enfant qui ne leur voit pas la même utilité. Ici, les lettres deviennent des dessins, un peu comme les alphabètes exotiques qui ne trouvent pas sens à nos yeux francophiles. Il y a en outre une palette restreinte en terme de couleurs, mais pas en terme de nuances. Globalement bleue-violette, grise, blanche et noire, la palette est froide. Mais il y a quelque chose de "chaud" dans la façon de l'utiliser, c,est assez déconcertant. Et le tout est doux, sans doute aidé par les contours souples et les nombreuses abstractions ou motifs qui garnissent les fonds comme les premiers plans. Parfois, on sent graviter avec Éliza, perdue sans ses chimères. Je remarque aussi que les personnages, un peu comme dans les mangas, change de "coup de plume". Parfois, c'est un tracé net, le visage a des détails, les textures sont visibles, alors que d'autre, les contours épaississent, s'obscurcissent, les yeux se rétrécissant à deux billes noires. Cela rejoint la tangente du graphisme à transiter entre deux états, celui du monde réel et celui d'Éliza. Je trouve très apaisant le travail des dégradés, dont je flaire l'aquarelle. L'autrice nous fait assurément voyager et sort des codes conventionnels que je vois en BD. Le roman graphique a d'ailleurs plus de latitude créatrice sans la présence des cases et des bulles. Le roman graphique évolue au même titre que son personnage principal, tant au niveau du texte, qui devient de plus en plus clair, moins fautif, plus "normal". Éliza a d'ailleurs vieillit durant l'histoire, elle devient une jeune ado à la fin. La question temporelle est donc importante, car elle met en relief le chemin parcouru et la durée d'un parcours en orthophonie, qui peut être long. Travailler un trouble DYS requiert beaucoup de travail, ce n,est pas une mince affaire. Raison de plus de se montrer empathique et patients à l'endroit de ces personnes. J'ai rarement vu le sujet des troubles de langage aussi important en littérature jeunesse. Quelques histoires avec des personnages aux prises avec un trouble de bégaiement ou de dyslexie, mais quelque chose d'aussi imposante que la situation d'Éliza, jamais. Vaut mieux tard que jamais! Et c'est magnifiquement rendu. Je ne crois pas qu'on peut rester insensible en terminant cette œuvre, qui donne même un surplus de crédit au monde injustement sous-estimé de la BD, du roman graphique et du manga. C'est assurément un détour à faire que cette BD aussi jolie que pertinente. J'espère également que cela contribuera aux jeunes lecteurs à mieux comprendre la nature des troubles de langage et des enjeux qui leur sont liés À terme, j'espère que cela changera le regard qu'ils portent sur la différence. Pour les enfants qui vivent avec des troubles DYS, j,espère que cela leur fera plaisir de se voir enfin représenté en littérature jeunesse et pas que dans un documentaire sur les handicap, pour une fois. Pour un lectorat du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Charlotte qui zozote

Par Mélodie Heuser
(4,0)
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Incontournable Septembre 2022* J'ai commencé cette série par le tome 2, n'ayant pas eu l'occasion de lire le tome1, alors que celui-ci avait déjà quitté les rayons de notre librairie jeunesse. Il a donc fallut se rabattre sur le suivant! Il n'est donc pas nécessaire de lire le tome 1 pour comprendre les autres, comme c'est souvent le cas des séries policières ou d'investigation. Le seul élément qui n'a pas été rappelé clairement dans le tome 2 concerne le chapeau de Charlotte, Watson, qui a la faculté de parler à la jeune fille par le biais de la pensée. Sincèrement, ces deux romans sont bien écrits pour des romans intermédiaires du second cycle primaire. Merci à leur autrice! Charlotte Lemaire a neuf ans et habite la petite municipalité de St-Merlin, dont le maire est son père. Donc, oui, le maire s,appellent Lemaire. La jeune fille adore investiguer toute sorte de mystères et de disparitions.Charlotte a la particularité de zozoter, ce qui ne la rend pas très populaire auprès des jeunes de son âge, en particulier d'Aymeric, un garçon moqueur et insensible qui adore rire à ses dépends. Comble d'ironie, c'est ce même harceleur qui est le meilleur ami de son ami secret, Alexandre. Aymeric n'est d'ailleurs pas plus sympa avec ce dernier. Bref! Dans ce tome-ci, Charlotte découvre qu'un étrange individu quitte tard le soir le sous-sol de l'église, vêtu d'une cape sombre. Les indices qu'elle trouve et ses déductions l'amène à croire qu'un vampire se promène dans le village! Un vampire qui semble hypnotiser les gens et leur fait fredonner un air inédit. Avec l'aide de Watson et d'Alexandre, Charlotte mène l'enquête. Comme je le disais, la qualité du français m'impressionne, ce fut le cas dans le tome 2 également. Il y a présence de mots sophistiqués que je vois d'ordinaire peu, une variété de verbes qui entraine peu de répétitions, de jolis adverbes et des marqueurs émotifs nombreux. Certains auteurs ont la mauvaise manie de simplifier au maximum leur roman en raison du lectorat ciblé, mais ici, ce n'est pas le cas. Aussi, il est à noter que les phrases entièrement en caractère gras sont les répliques du chapeau bavard Watson, tout comme les mots "zozotés" de Charlotte. La police est relativement grosse, mais pas énorme comme certains romans destinés au premier cycle primaire ( 6-7 ans) et le texte est somme toute aérée. Certain.e.s jeunes lecteur/lectrices apprécie que la mise en page soit facile à consulter, surtout les jeunes ayant des défis en lecture. Avis aux profs! Pour mes amis européens, sachez que ce roman ne contient aucuns anglicismes, ni slangs majeurs. J'ai remarqué quelques expressions québecoises et le surnom féminin affectueux "cocotte" ( une pomme de pin), mais globalement, le français international prédomine. J'aime bien Charlotte. Elle a de l'imagination - un peu trop! Mais c'est là la grand force des enfants, non? Elle a de l'audace, de la suite dans les idées, une méthodologie étonnamment efficace pour une apprenti-détective. Beaucoup de jeunes personnages de ce genre ont souvent peu de méthode, mais je remarque que Charlotte fait aussi bien de l'élimination, de la déduction que des recherches dans son modus operandi de détective en herbe. Il est cependant bien malheureux, dans ce premier opus, de voir Charlotte si isolée. Le fait d'avoir un ami en cachette est tellement triste, mais aussi malheureusement vraisemblable. Je suis toujours aussi impressionnée de voir que nous avons cette propension à rejeter la différence si jeune, mais surtout que les adultes nous y encourage, très souvent. Espérons que cela change. Fin de la parenthèse. À partir d'ici, la critique peut contenir des divulgâches - et des invasions vampires) Dans un autre ordre d'idée, les investigations de notre rouquine amatrice de trottinette et d'enquêtes finissent toujours par se révélés à côté de la plaque. Dans le tome 1, Charlotte croit qu'un vampire hypnotise les citoyens un par un et que ce vampire est très probablement son père. Mais ce qui est amusant est le fait que tout concorde réellement. Les habits, le refus de manger de l'ail, l'impossibilité de prendre du soleil, etc. On se prend à y croire. Finalement, il apparait que le papa de Charlotte cachait en réalité la répétition générale pour l'annonce d'un festival de capes et d'épées qui va se dérouler ici, à Saint-Merlin. L'adulte que je suis peut relativiser certaines mauvaises associations que fait Charlotte, mais le jeune lecteur risque d'avoir vraiment un doute. Est-ce que le monde de Charlotte est vraiment peuplé de créatures fantastiques? Le seul bémol que je vais poser ici est le fait qu'après deux tomes à se tromper sur ses conclusions, le lecteur pourrait finir par croire que Charlotte se trompe systématiquement, surtout si ses conclusions sont toujours de l'ordre du surnaturel ou du Merveilleux. J'ai hâte de voir comment madame Heuser va articuler son troisième tome, dans cette ordre d'idée. Sinon, c'est un récit très actif. les péripéties s'enchainent joyeusement, les idées de Charlotte sont amusantes et la présence de nombreux marqueurs émotifs nous mène directement dans ses émotions. Je remarque aussi du travail autours des personnages secondaires, qui va s’étoffer davantage dans le tome 2. Loin des clichés indigestes américains, ont sent la fibre plus québecoise des personnages en contraste, mais encore, cette fibre s'accentue dans le tome 2. Notez les référence vampirique du titre du dernier chapitre: Entretient avec un faux vampire. Aussi, le carnet de notes de Charlotte apparait réellement en carnet de notes graphique dans le roman. Un choix sympathique que j'observe de plus en plus dans les romans intermédiaires, cet apport graphique qui vient en complément. Mention spéciale au sergent Rabougris ( oui, c'est son nom) qui a enguirlandé le personnage pas franchement sympathique d'Aymeric, quand il s'est moquée de Charlotte, qui pleurait après s'être blessée. J'apprécie toujours les personnages adultes qui ont un gros bon sens. Une sympathique série policière québecoise qui mérite assurément votre attention, autant par la qualité de son français que ses scénarios rocambolesques et son héroïne aussi cool qu'attachante. preuve en est que les personnages féminins sont capables d'être épatantes. Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans *Note: le tome 2 étant classé "Incontournable Septembre 2022", le tome 1 en fait donc parti aussi.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

La balance du vide

Par Julien Leclerc
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
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Incontournable Octobre 2022 Les enjeux de troubles alimentaires sont bien souvent liés à l'anxiété de performance, qui gangrène notre jeunesse actuellement, toujours poussée à de nouveaux extrêmes de rendements et d'attentes déraisonnables de la part de la société de consommation, nullement aidés par les canons esthétiques tout aussi déraisonnables et impunément glorifiés . Ici, c'est un jeune homme terriblement complexé par son poids et sa silhouette ronde, désireux de plaire, effrayé de ne pas être conforme et pire, ne pas atteindre les standards, nous dépeint sa dégringolade vers le trouble boulimique, qu'il tient caché à sa famille. Cette lecture m'inspire une anecdote, que vous pouvez sauter si vous n'êtes pas d'humeur aux parenthèses. Durant mes études en service social, je fis un travail de recherche avec une camarade de classe sur les troubles alimentaires au masculin. Nous nous trouvâmes rien. Ni documents, ni périodiques, pas de données, aucunes études, pas même de nomenclature, histoire de nommer les troubles. Une aberration, quand on compare aux filles, qui ont tout cela et tellement plus! Des maisons d'aide, des programmes, des subventions, des recherches étoffées, de la prévention et j'en passe. Si les troubles alimentaires des filles sont au statut de reconnaissance sociale le plus haut, celui des garçons est au plus bas. On n'est pas rendu à reconnaitre l'existence du problème! Oui, bon, ça fait quelques années depuis ce travail. Mais l'idée est de dire que nous avons de grosses croûtes de pain à manger pour rattraper le retard face aux filles. Alors voir des romans commencer à l'aborder me rempli de joie et d'un certain sentiment de justice sociale: enfin! On en PARLE! Comme je le disais, notre protagoniste couvre un trouble de type boulimique. Il se fait vomir, de plus en plus souvent. Il fait une obsession sur son poids, à tel point qu'il se met en danger. Son anxiété plafonne: il craint le jugement des autres, il craint de déplaire. Ses pensées intrusives semblent l’accaparer presque entièrement. Il n'y a pas que cela, néanmoins, nous voyons aussi qu'il craint les échecs scolaires, même s'il semble travaillant dans ses études. Enfin, il s'isole de plus en plus, de ses amis et de sa famille. Ce qu'il y a de visible, dans cette histoire, c'est la "balance pencher" progressivement. Le déséquilibre n'opère pas en un jour, c'est une accumulation de pensées et de comportements de plus en plus délétères. Notre personnage creuse son mal être en même temps que son estomac. Il creuse également sa solitude. Il se dit mieux en indépendant, seul maître de sa réussite, ce qui traduit non seulement qu'il ne fait pas confiance aux autres, mais également qu'il se met une pression à tout accomplir seul, tel un surhomme. Rappelons que c'est un jeune. Il se décrit comme un garçon " à qui tout réussi", qui a comprit comment l'école "fonctionne". Mais progressivement, il a beau être bon à l'école, cela ne semble pas lui donner confiance en se capacités, au contraire. Il craint de ne pas tenir cette "perfection". Il se met alors à sombrer, à rater l'école. Il met cela sur le compte des vomissements qu'il provoque lui même. Il fuit, car il a trop mal. Un mal être physique, mais surtout mental. Il compte les dixièmes de grammes de la balance, chaque perte est un succès et le conforte dans ses idées. Ce qu'il fait le rend plus léger, mais cet allègement redevient lourd devant le constat que ce n'est pas toujours pas assez. Et ainsi de suite. En peu de mots, monsieur Leclerc cerne assez justement la spirale terrifiante des troubles alimentaires, qui sont des affections complexes, pas simplement de l'anxiété. Cette anxiété est à plusieurs niveaux, que ce soit celle d'être conforme et plaisant physiquement ou celle liée aux attentes de société en matière académiques, sportive ou artistiques. Un constat d'autant plus perturbant que cette performance est glorifiée dans nos sociétés. Un jeune qui stress pour ses examens est perçu comme un étudiant sérieux. Un élève qui cherche à hausser ses notes pratiquement au sommet du possible, serait plus intelligents et plus dignes de mention. Malheureusement, nous fabriquons des enfants anxieux plus que jamais. Il ne semble jamais trop tôt pour pousser nos jeunes vers la voie de l'excellence. Pas celle qui rend heureux et motivé, celle qui rend prestigieux et "supérieur" ( Notez les guillemets). Nous leur enseignons que la reconnaissance va au mérite et que ce mérite est lié aux résultats, au rendement. Aux chiffres. Une certaine note. Un certain poids. Des barèmes à attendre, des QI plus estimables que d'autres, une silhouette svelte comme seul véritable incarnation du corps parfait et magnifique, la compétition, la première place rien de moins! Le bonheur semble devenu quantifiable, non pas qualitatif. Notre personnage va atteindre un point de rupture: il se fait prendre par sa mère à se faire vomir. Sa réponse? La bienveillance, la compassion, l'empathie. Un parent en souffrance du fait de voir souffrir son enfant. La proposition d'une aide, une mains tendue. Une complicité établie. Un espoir de guérison. C'est là la meilleure des réponses, non? Un parent mobilisé et compréhensif, à l'écoute. Une personne en détresse aura surtout besoin de se faire entendre, mais c'est là qu'est souvent le problème. Y a t-il quelqu'un qui écoute? Contrairement aux croyances, les phrases de psycho-pop positives du genre "ça va aller", "Tu vas y arriver" ou "ce n,est qu'une mauvaise passe" résonnent très mal dans les oreilles de la personne souffrante, qui n'est pas en état de "positiver". Il va falloir accepter que parfois, "ça va mal" et il faut l'accepter comme tel. Cette manie de tout positiver est rebutante, je trouve, car elle minimise le malheur ou la détresse de la personne, qui va ou se sentir coupable, ou se sentir incomprise. Ou les deux. "Je ne peux pas continuer à traiter mon corps comme un ennemi". Le constat du personnage, qui réalise l'ampleur de ce qu'il s'est fait subir. Ce qui est navrant est le fait que nous sommes capables, nous les humains, d'être notre pire critique, en oubliant que nous sommes aussi notre plus important allié. Nous sommes capables du pire envers nous-même, au nom de principes auxquels nous sommes exposés. Parfois, même pas besoin d'être victime des autres, nous pouvons être notre propre bourreau. Ne minimisons pas cependant le rôle de notre société, des valeurs, des normes et des références. Nos jeunes ayant un corps costaud et rond seraient-ils si vulnérables si leur modèle corporel n'était si fréquemment le sujet de moquerie, de dégout et associé à de mauvaises habitudes de vie? Se sentent-ils estimés quand tous les héros de la jeunesse sont de beaux caucasiens blonds musclés à la taille de guêpe? Se sentent-ils apprécié dans le regard des autres, trop souvent incapables de voir la personne au-delà de son apparence? Enfin, que dire à nos garçons quand le visage des troubles alimentaire est encore quasiment exclusivement féminin? Que c'est un "problème de filles", en témoignent les recherches, les affiches et les représentations culturelles? Il y a matière à réfléchir sur le sujet et pas qu'un peu. Pour le texte plus strictement, il s'agit d'une forme qui rappelle la poésie. Des phrases courtes en paquet de deux à quatre phrases. Parfois une par page. Elles sont généralement horizontales, mais elles tourbillonnent, se croisent, forment des formes, se font reflet ou des échos. C'est la particularité des romans de la série Unik d'être dans cette état fluide et aéré, sans toujours suivre de ligne. C'est original et leur structure a souvent une connotation avec le sujet de la phrase. Comme c'est très aéré, on lit le tout assez rapidement. Mais malgré la simplicité des mots, leur assemblage et leur porté rend l'histoire profonde et inconfortable. On a pas de mal à voir la souffrance du personnage, si jeune et pourtant si malheureux. Du reste, la relativement rapidité de lecture et les mots simples ( mais pas simplistes!) conviennent de facto à un large lectorat, incluant les moins initiés à la lecture et les moins amateurs de lectures. L'auteur prend deux pages à la fin pour nous parler de ce livre qui reflète son propre parcours, lié au trouble boulimique. L'auteur porte son sujet, donc. Je lui en sied gré, car nous avons besoin que de plus nombreuses et justes représentations de ce type de maladie mentale soit exposés. C'est ainsi qu'on bâtit un dialogue et qu'on développe l'empathie. Un livre à rependre largement, sur un sujet encore trop peu (et bien) exposé. Pour un lectorat à partir du premier cycle secondaire, 13 ans+.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

La fille du phare

Par Annet Schaap
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
Incontournable Octobre 2022 Cette brique de 350 pages de la collection "Médium" de la maison École des Loisirs m'aura évoqué l'univers maritime, le conte de "la petite sirène" et le film de Tim Burton "Édouard aux mains d'argent", avec une singularité quand aux dialogues, parfois portés par les éléments et les absents. J'ai trouvé à ce roman d'origine néerlandaise un certain charme, avec ses représentations diverses et son accent mit sur les handicaps, tout en abordant des thèmes parfois difficiles. Alors, plongeons y! Emilia est fille du gardien du phare, mais on l'appelle "Loupiote". Un soir de tempête, la jeune fille constate avec consternation qu'il n'y a plus d'allumettes pour allumer la lentille. À bien des égards, Loupiote assume beaucoup de responsabilités dans ce phare, car son père a perdu la moitié d’une jambe et est souvent en état d'ébriété. Elle tâche donc d'aller acheter des allumettes, mais les choses ne se passeront pas comme prévu. Le phare est donc resté éteint en pleine tempête, causant le naufrage d'un bateau. De cet incident va découler deux choses: Le constat de la situation familiale de Loupiote et de leur dette. Barricadant le père dans son phare avec une armée d'allumettes, les instances du village envoie la jeune fille dans une grande maison sombre et isolée, celle d'un amiral, où, paraitrait-il, réside un monstre. Loupiote fait alors la connaissance de gens y vivant: Martha, domestique de son état, Lennie, son fils, Nick, sorte de gardien des lieux, et Edward, un enfant possédant des cheveux verts et ce qui s'apparente grandement à une queue. Plongée malgré elle dans un environnement plutôt hostile, la jeune fille doit travailler pour éponger la dette de sa famille, mais sa présence en ces lieux pourrait bien apporter une fraicheur grandement salvatrice. Je disais donc que ce roman m'évoquait l'histoire d'Édouard aux mains d'argent, de Tim Burton. Tout comme dans ce film devenu culte, nous avons une résidence sombre en retrait d'une petite communauté, où suite au décès d'un homme très savant, on y découvre un "Monstre". Si Édouard et Edward n'ont pas le même handicap, l'un doté de mains ciseautés et l'autre une queue de triton, nous avons également un talent commun. Edouard avait la particularité de tailler artistiquement des buissons avec ses habiles doigts en métal, et j'observe le même talent en la personne de Lennie, avec des cisailles. Le parallèle m'amuse beaucoup. Tout comme dans Edouard aux mains d'argent, le thème de la différence est assez central. Loupiote intègre une famille atypique, avec une Martha angoissée, un Lennie qui a une déficience intellectuelle, un Edward dont on a poussé la sidération physique à un haut niveau et un Nick mystérieux, qui semble avoir une conscience aigu du monde qui l'entoure. Il est bien sur fort triste de constater que Loupiote et Edward partagent le même mauvais traitement de la part de leur père. Dans le cas de Loupiote, c'est de la maltraitance et de la parentification. Elle a des responsabilités d'adulte qu'elle ne devrait pas avoir a assumer et qui sont source de stress pour elle. Je note aussi la grande dépréciation qu'on entretient à son endroit tout comme à elle-même. Loupiote se sent stupide et on lui fait sentir qu'elle l'est. Eward, pour sa part, est l'enfant ayant une force - ses compétences aquatiques forts conventionnelles pour un triton - mais qu'on a rabaissé au statut d'handicap. Grâce à un discours qui s’apparente beaucoup à de la sidération, on a fait croire à cet enfant qu'il est malformé. Un peu comme une version réelle de l'adage "on n'apprend pas à un poisson à grimper aux arbres", Edward est contraint d'apprendre à marcher. Et bien sur, il échoue lamentablement, ce qui n'aide pas ce garçon qui cultive un gros sentiment d'infériorité. On le voit notamment dans sa façon de rabaisser Loupiote quand à son analphabétisme et sa maladresse mémorielle. Lennie, enfin, est un personnage attachant. Considéré comme un simplet, il a néanmoins de grandes forces, physiques, mais aussi affectives. Il est loyal, tendre, serviable et gentil. Les adultes aussi sont contrastés entre eux, dans ce roman. Madame Amalia, institutrice qui a été cherché Loupiote chez elle pour la transplanté cavalièrement dans la maison de l'Amiral, père d'Edward, m'a semblé bien austère. Elle se croit dotée d'une grande bonté, alors qu'en réalité, elle semble apprécier de pouvoir imposer sa vision des choses, sans la moindre considération pour les besoins et les opinions d'autrui. Elle m'a rappelé ces individus qui allaient chercher les enfants autochtones dans leur communauté pour les mener vers un pensionnat chrétiens, alors qu'ils se croyaient investie de la sainte mission d'éduquer ces "sauvages". Des gens qui se croyaient "bons", alors qu'ils causer beaucoup de mal. Les personnages de la foire, qui arriveront plus tard dans le roman, inspire quand à eux beaucoup de compassion. Considérés comme des "bêtes de foire", ils n'ont plus le droit à leur humanité et sont sous le joug d'un gardien imbu de sa personne. Le personnage d'Oswald, de petite taille, avait pour sa part une grande empathie. C'est un de mes personnages préférés. Je pourrais prendre encore beaucoup de temps pour détailler chaque personnage, qui sont, je le constate, plutôt nombreux, mais je condenserai en disant qu'ils sont diversifiés et assez différents les uns des autres. Mention spéciale à la maman de Loupiote, qui ne s'est pas laissée descendre au rang de "possession" par son premier mari. Et sur la maman d'Edward, un dernier mot: C'est elle qui semble inspirée du conte de la "Petite Sirène", car c'est sans voix et dotée de jambes dans un court laps de temps qu'elle rejoint l'homme qu'elle aime sur la terre ferme. Il est aussi notable que les sirènes de cette histoires sont beaucoup plus près de ce que le folklore maritime concevait des sirènes ( à savoir dangereuses et féroces) que les versions édulcorées modernes. C'est un roman où les personnages sont bousculés par la vie, certains assurément plus que d'autres. On abordera la violence parentale, mais également le deuil, le sentiment d'impuissance, le jugement social, la peur du changement et les étiquettes stigmatisantes. Ce n'est donc pas un roman particulièrement joyeux, peu s'en faut. Toutefois, la lumière progresse dans cette histoire. Un papa qui prend acte d'être aller trop loin et qui cultive une culpabilité d'autant plus féroce qu'elle ne peut plus être noyée dans l'alcool. Un père absent qui craignait plus que tout de voir son fils être traité de montre, mais qui a fini par le traiter comme tel. Une maman décédée, qui veille sur sa fille, en dehors des frontières matérielles. Un petit garçon complexé et colérique qui tente de survivre à un monde qui n'est pas le sien. Une petite fille qui se découvre le même caractère déterminé que sa mère et qui voit au delà des jugements hâtifs. Une bande de pirates qui se montrent solidaires en dépit de leur statut de bandits. Une famille dépareillée qui s'était trouvée un équilibre grâce à une petite fille naturellement altruiste. La joie de progresser, de se découvrir des forces, de croire en soit. Au début, il faut s'habituer au texte un peu décalé. Certains éléments, comme le vent, parlent. On ignore s'ils parlent vraiment ou si tout cela est la résultante de l'imaginaire des personnages, mais le flou entretenu peut déconcerter certains lecteurs. Je dirais que c'est un peu des deux. Parfois, quand on est proche de quelqu'un, on a l'impression qu'on peut entendre ses commentaires ou imaginer ce qu'il nous dirait. C'est à cette impression que je songe dans le cas des personnages, quand Nick entend Loupiote, quand Loupiote entend sa mère et Edward son père. On cultive un certain monologue intérieur et il n'est pas rare que l'influence des gens de notre entourage y prenne part, parfois malgré nous. Quand aux éléments, et bien, ça leur donne une personnalité Le vent se montre souvent moqueur et implacable et je ne doute pas que de notre perceptive, il ait l'air de cela, en pleine tempête. Nous ne sommes pas grand chose face aux forces de la Nature. Le texte a aussi parfois des alternances pas toujours évidentes entre les personnages. Je constate aussi qu'il y a relativement peu de descriptions du physique des personnages, hormis les "bêtes de foire". Bref, malgré un style d'écriture parfois un peu confondant, j'ai trouvé le tout captivant et même doté d'une centaine poésie un peu mélancolique. Oui, ça respire la tristesse, mais le tout se referme sur l'espoir. Les personnages convergent vers une fin partagée et dont certains poursuivront leur route ensembles. les personnages moins sympathiques sont en reste, ce qui demeure dans le ton du conte moderne: les gentils gagnants, les méchants perdants. Les personnages plus nuancés trouveront une chance de faire amande honorable. La fin s'ouvre sur des possibles heureux. Un bon roman qui malgré certains aspects similaires à d'autres histoires, reste original dans plusieurs angles. Et je suis toujours heureuse de voir un personnage féminin avoir suffisamment d'estime de soi pour aller de l'avant, surtout une force tranquille comme Loupiote, qui use de sa colère seulement quand il le faut. Parce que oui, la colère peut être une force, surtout quand il s'agit de se battre pour la justice, le bien-être de soi et des autres et la liberté. Ah! Et je suis ravie de voir enfin un garçon-sirène! Enfin...un triton, plutôt. Ce roman est illustré dans les entre-parties, et s'intitule très justement "Lumière" en néerlandais, son titre original. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Willodeen

Par Katherine Applegate
(4,0)
1 personne apprécie ce livre
1 commentaire au sujet de ce livre
*Erratum: L'autrice de ce roman est bel et bien Katherine Applegate, Rosalind Elland-Goldsmith est la traductrice. Incontournable Octobre 2022 Je vois apparaître de plus en plus de romans en littérature intermédiaire (8-12 ans) proposer des récits à saveur environnementale et compte tenu des enjeux liés au climat instable et à la pollution engendrée par l'homme, c'est une excellence chose. En particulier pour nos jeunes, dont la mobilisation et la conscientisation sont des exemples pour nous, adultes. Willodeen nous offre non seulement une tribune pour parler de l'importance des écosystèmes, mais également de la prise de position de notre jeunesse, qui malgré leur jeune âge, ont un réel intérêt politique pour les enjeux liés au sort de notre planète. C'est, en outre, un beau roman sur les liens affectifs. Dans un monde qui pourrait être le nôtre, mais qui ne l'est pas, il existe des créatures au statut bien inéquitable. Les jolis fredounours, petits oursons ailés , sont adorés des habitants de Parchance. Avec leur nids en forme de bulles dans les saules, ces petites créatures roucoulantes sont un véritable moteur économique attirant les touristes et servant de pilier aux artisans de toute sorte. Au contraire, les brailleurs, sangliers au manteau bleu, à la queue hérissée de pointes et dont le hurlement dérange autant que leur odeur nauséabonde, sont chassés. Willodeen et son père sont les seuls à admirer ces animaux mal aimés, convaincus du rôle de chaque espèce dans le monde du vivant. Quand la jeune fille perd ses parents et son bébé frère dans un incendie causé par les vents chauds ( appelés "souffles de dragons"), la demoiselle se fait adopter par deux femmes singulières, mais aimantes. Elle remarque la disparition des brailleurs, dont elle condamne la chasse. Seulement voilà, les puantes bêtes disparues ne sont pas les seules, car les mignons fredounours ne font plus leurs nids dans les saules bleus et ne migrent plus à Parchance. Lorsque Connor, son très nouvellement ami, lui offre un brailleur artisanal en feuilles et en branches, Willodeen ignore encore que lorsqu'elle versera sur lui des larmes de colère, résultat de son humiliation au conseil de ville, l'objet prendra vie. Est-ce que ce bébé brailleur magique saura la mettre sur la voie quand à l'équilibre naturel rompu? On se laisse emporter dans cette histoire comme une feuille d'automne au vent. On nous dépeint une petite fille qui nous parle de son amour pour les mal aimés et qui entretenait une passion commune avec son père pour la faune. Alors qu'elle grandis, on prend conscience de son décalage avec les autres. Willodeen est une sorte de Greta Thunberg, nullement impressionnée par le matériel, opiniâtre, assurément atypique et convaincue de la justesse de sa cause. La jeune fille est victime de l'injustice des adultes à l'endroit des enfants, toujours à minimiser l'importance de leur parole ou de leurs aspirations. Pourtant, Willodeen sent que l'enjeu majeur de leur communauté, à savoir la perte de leur mascotte économique, est lié à la disparition des brailleurs. Elle sait regarder au-delà des aspects rebutants également. Sa fascination du monde vivant l'amène à voir les choses sous un angle différent. Hélas, elle est perçue comme une olibrius, une petite fille déscolarisée malpropre qui a des lubies dérangeantes. L'idée du personnage jeune et différent n'est certainement pas nouvelle, mais le personnage féminin amie des animaux qui défend les créatures moins estimée, qui se montre critique des humains et peu portée sur la superficialité est somme toute nouveau. Elle me rappelle April, dans "April et le dernier ours". Son contact avec les autres gens est difficile, elle-même se montre méfiante et peu portée sur la sociabilité, mais en même temps, quand on entretient un dialogue de sourds avec les autres, difficile de lui reprocher. J'aime bien les autres personnages aussi, à commencer par ses deux tutrices légales, Mae et Birdie. Femmes de théâtre, pauvres, un peu "sorcières", elles sont attentives, empathiques, bienveillantes et aiment sincèrement Willodeen.Elles croient à la magie. Tout l'opposé du stéréotype de la marâtre cruelle et intéressée ou de la tante avide et tyrannique, ce duo de femmes est le bienvenue dans la littérature jeunesse. Elles sont un bel exemple que les liens du sang ne sont pas les seuls à pouvoir engendrer un amour sincère et inconditionnel et offre à un personnage orphelin une chance de grandir dans un milieu aimant. Nous avons les deux personnages animaux, avec Duuzuu, le fredounours aux ailes endommagées par un incendie et ne pouvant guère voler, et Quinby, la brailleuse engendrée par les larmes de colère de Willodeen. Ces deux créatures sont d'ailleurs sur la couverture. Quinby est le premier personnage a tenir le récit. Elle apparait ensuite entre les chapitres, en police grasse et en narrateur omniscient. Nous avons donc son point de vue dès le début, mais nous ignorons qui elle est et comment elle est arrivée là. On apprendra plus tard que ces chapitres courts donnant le point de vue de Quinby sont l’œuvre de Connor, qui écrit l'histoire de cette petite brailleuse dont il est le père. Connor est un jeune garçon artiste qui crée des animaux à partir de matériaux naturels et qui écrit. Il tente d'apprivoiser Willodeen, très farouche au début. Avoir des relations amicales n'est clairement pas facile pour elle, mais en même temps, étant meurtrie de sa perte familiale, elle a peut-être aussi des réserves à forger de nouveaux liens qu'elle pourrait perdre à leur tour. J'aime bien que ce soit le garçon qui apprivoise une fille taciturne et farouche, car je vois beaucoup plus souvent l'inverse. Le deuil est un thème dans le roman. Willodeen a beau avoir vécu quelques années depuis la mort de sa famille, elle se réveille encore en pleurs et en hurlant. Elle repense souvent à ses proches disparus avec un cuisant sentiment d'injustice. Elle a donc un traumatisme, qui requiert de la patience et du réconfort encore aujourd'hui par ses deux tutrices. Je trouve leur compassion et leur affection très touchante. En même temps, elles constituent à elles trois une jolie unité familiale atypique, une représentation familiale peu visible dans la littérature jeunesse. L'un des enjeux de l'histoire est la difficulté de Willodeen a se faire entendre des instances du village. Le conseil de ville tient des assemblées, mais elle a eu du mal à se faire entendre la première fois. Une réalité bien réelle dans notre monde également, pas seulement par les mineurs de moins de 18 ans, mais aussi par certains groupes, comme les écologistes, taxés de "freins économiques", bien souvent. Le roman comporte donc une dimension intéressante sur le volet de la politique. Attention - Dilvugâche* Enfin, Willodeen trouvera le lien entre la disparition des fredounours et des brailleurs. Sans entrer dans les détails, il se trouve que les fredounours profite du régime alimentaire des brailleurs. Il faut donc leur retours pour rééquilibrer l'écosystème. La présence de Quinby a tout changé et aura donné la clé du mystère entourant la disparition des fredounours. C'est un univers sans doute Fantasy, d'abord en raison des espèces animales imaginaires, souvent des embriquements de divers animaux pour en faire de nouveaux. Ensuite, nous avons une sorte de climat inversé: plutôt qu'un automne plus frais avec des feuilles aux tons chauds, on a une sorte d'automne chaud avec des feuilles aux tons froids. Les "souffle de dragon" sont dangereux, car ils peuvent causer des incendies. L'incendie de l'histoire me rappelle ces incendies majeurs survenus à Londres, en 1666 et celui de New York en 1835, laissant des morts et de la dévastation dans ces villes importantes. Ces vents chauds semblent prendre en intensité dans l'histoire. Il est donc envisageable que dans ce monde, des changements climatiques aient lieu aussi. C'est donc un beau roman, touchant, inspirant et sur des thèmes actuels. Il se lit fort bien et est un tome unique, ce qui peut plaire aux jeunes lecteurs qui préfère les monographies aux séries. Il est illustré joliment également. Un petit roman parfait pour le temps des fêtes et suffisamment universel pour plaire à large spectre. Pour un lectorat à partir du second cycle primaire, 8-9 ans en montant. [Critique à suivre]
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Myrian est peut-être allée trop loin...

Par Émilie Ouellette
(4,0)
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"Myrian est peut-être allée trop loin..." est un roman intermédiaire québecois qui fait parti de ces romans à gros caractère très à la mode en ce moment. Je ne me doutais pas du sujet, malgré, je le constate après lecture, du fond de la couverture en glace et de du disque de hockey ( qu'on appelle souvent "puck" au Québec) sur la tranche. On traite donc de hockey sur glace, le sport national par excellence en Amérique du Nord, mais pas seulement. C'est aussi une histoire de famille. Myrian ( avec un "n") espérait esquiver la séance de hockey ce jour-là, car elle se trouve malhabile à ce sport. Sa tentative d'évasion se solde par un échec et la voilà obligée à prendre part au sport avec sa classe. D'ailleurs, parmi celle-ci , un des élèves se moque déjà ouvertement d'elle. Mais monsieur Nicolas, qui passait par là, remarque quelque chose qui va complètement changer la donne. Il remet à Myrian un bâton pour gaucher. Difficile d'être adroite quand le matériel n'est pas conçu pour son bras dominant! Dès lors, Myrian fait preuve d'une remarquable adresse, si bien qu'en quelques récréations, elle bat même le meilleur joueur, Justin, dont le talent n'a d'égal que son énorme égo. Quand Myrian fait part de son envie de jouer dans une vraie ligue de hockey féminine, les parents de la jeune fille refusent, arguant que c'est un sport couteux et que ça lui passera sans doute. Néanmoins, Myrian a réellement envie de jouer. Elle décide même de former sa propre ligue à l'école. Cela dit, Myrian emploie souvent le mensonge pour parvenir à ses fins et cela risque de lui jouer des tours. Myrian est un personnage intéressant. Déjà, elle a du mal à se faire appeler par son prénom, sans cesse ramené à "Myriam". Ayant un prénom dont la dernière lettre est sans cesse écorchée, je comprend parfaitement à quel point c'est agaçant. Nous n'avons qu'un seul prénom dans la vie, alors il importe d'être respectueux des autres par rapport à la façon de dire leur prénom. Ensuite, Myrian est dans une fratrie nombreuse et a parfois l'impression d'être injustement traitée par rapport aux autres. Un sentiment qui revient de manière récurrente ans les histoire de fratries en littérature jeunesse, spécialement chez les cadets. Myrian est également, selon ses termes, "plus pâle que les autres", en référence à sa couleur de peau. Son père étant noir et sa mère caucasienne, ses frère et soeurs ont donc des nuances de peau différentes. Enfin, elle a un côté un peu fantasque, qui se voit dans ses vêtements, mais surtout dans ses idées. En gros, Myrian se sent différente, mais pas au point de vouloir changer. Dans les illustrations qui marquent l'histoire, on peut d'ailleurs avoir un visuel sur la plupart des personnages. Ils sont en crayon plomb dans ombrage, juste les contours et sans couleurs. Mais ils sont beaux et très propres. Les poses des personnages sont harmonieuses et j'aime les cheveux follement bouclés des membres de la fratrie de Myrian. Elle a d'ailleurs une jolie frimousse. La maniaque des détails que je suis remarque aussi que sur la couverture en couleur, elle a une capsule de boisson gazeuse au raison épinglé sur son chandail, la même que dans le film "La-haut" de Pixar et une petite broche en forme de bâton de hockey. L'idée générale de ce roman, je pense, est de présenter un nouvel archétype de personnage féminin, le genre de jeune fille qui sort des conventions. Myrian est assurément pleine de ressources et a un côté entrepreneur qui me rappelle la série jeunesse "Pétronille Inc". Son seul gros défaut est sa propension a formuler des réalités mensongères. Un petit côté impulsif ici? En outre, Myrian n'aime pas perdre la face non plus, ce qui lui fait des choses qui ne sont pas toujours vraies. Aussi, Myrian se sent incomprise, que ce soit pas les adultes, ses parents ou même sa fratrie. Elle cherche a se faire prendre au sérieux et c'est un thème assez universel pour le lectorat intermédiaire, les lecteurs pourront sans doute s'y identifier . Dernier petit point: j'apprécie que Myrian soit une sportive sans tout le carcan stéréotypé autours, comme les vêtements de marque sportive, l'absence de créativité, l'hyperactivité ou pire, un côté "garçon manqué" qui me semble quasi chronique chez les personnages féminins sportives. Myrian est justement du genre créative et pétillante, sans rien enlever à son côté sportif et sans rien enlever à sa féminité. Ça fait plaisir à lire! Heureusement, après avoir fait tout un tas de "bêtises" qui sont tout de même souvent des idées intéressantes, Myrian fini par verbaliser tout ça auprès de sa famille, quand ceux-ci apprennent qu'elle élabore une équipe scolaire de hockey et a fait le tour du voisinage pour dégoter l'équipement de hockey couteux et aux éléments nombreux. La famille ont vu son intérêt et non seulement sa grand soeur fini par être solidaire de son projet, ses parents finissent par accepter de l'inscrire dans une vraie ligue. Myrian a également écrit une lettre à un personnage réel, madame Marie-Philippe Poulin, Attaquante québecoise de l'équipe de Hockey Féminin Olympique du Canada et quadruple médaillée Olympique ( Trois Or, une argent). Elle lui a écrit et celle-ci lui a répondu afin de l'inviter à un camp d'entrainement gratuit, ce qui nécessité l'aide de Rose, sa grande-soeur, qui monnayait ses messages par des tâches domestiques. Une idée sympathique, car Madame Poulin et les nombreuses joueuses de Hockey ont eu des parcours pas toujours simple, du fait d'être des femmes dans un système sportif nord-américain très macho. Mais c'est surtout l'occasion de parler de cette joueuse hors-pair, car en-dehors des jeux Olympiques, hélas, il n'y a toujours pas, à ce jour, de Ligue Professionnelle Nationale Féminine de Hockey. C'est un roman divertissant, mais pas remarquable non plus. En même temps, avec son français québecois très typique de l'oral familier de la province et un niveau générale de français accessible, ça fera un bon roman pour les lecteurs occasionnels. Les gros caractère vont en ce sens également. La couverture est jolie. En outre, Myrian s'arrête sur chaque expression qu'elle emploie. Nous retrouverons le répertoire de ces expressions à la fin, avec l'explication quand à son origine. Personnellement, j'ai trouvé cela un brin agaçant parce que c'était répétitif comme formule et que cela coupait la fluidité du récit. Néanmoins, pour le lectorat visé, ça peut être intéressant. À voir! Pour un lectorat du second cycle primaire, 8-9 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Charlotte qui zozote dans L'enquête du dragon de la grange

Par Mélodie Heuser
(4,0)
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Incontournable Septembre 2022 Une fois n'est pas coutume, j'ai un deuxième opus Incontournable ! D'ordinaire, seuls les tomes 1 deviennent des Incontournables. Comme quoi il n'est pas toujours aisé de discriminer un si grand nombre de livres à chaque nouveau mois et d'espérer ne pas en rater un. Donc, ayant raté le tome 1, me voici à parler du tome 2 de cette série jeunesse québecoise, pas seulement savoureuse pour son enquête bien menée, mais aussi pour son français élégant - surtout pour du niveau Intermédiaire du second cycle primaire. ( nos 8-9 ans). Charlotte Lemaire allait tout bonnement acheter le nécessaire à la confection de divins pains dorés lorsque l'épicier l'interpelle. Il l'accuse d'avoir caché une barre de chocolat dans son sac à dos pour mieux la voler. Un malheur ne venant jamais seul, la jeune fille est accusé devant son intimidateur, Aymeric, qui en a d'ailleurs profité pour commettre un vol. Mais une odeur de fumée surprend Charlotte, qui va fuir aussitôt "la scène de crime", pour trouver la source de l'incendie. Ce dernier a commencé près de la pharmacie. Charlotte, qui adore investiguer, veut découvrir la source de ce feu, qui a été heureusement maitrisé. Une cause qui lui semblera, au vu des indices, très probablement causé par un dragon...reste maintenant à le trouver pour étayer son hypothèse! Grâce à Watson, son chapeau avec lequel elle peut communiquer par la pensée, et Alexandre, son "meilleur ami secret", Charlotte mène l'enquête...une tâche compliquée par ses soucis avec le mesquin et menteur Aymeric. Sérieux...wow! Quel beau niveau de français! Des adverbes recherchés, des verbes variés, des tas de synonymes et une fluidité dans le récit, on a un français franchement mieux que ce à quoi je suis habitué avec les romans Intermédiaires des 8-9 ans. On a ici un roman de bonne qualité linguistique pour le second cycle primaire. À cela s'ajoute le vocabulaire d'enquête employé avec précision et mêmes des termes cool tels que "généralisation abusive" ou "historique de combat". C'est un roman en "gros format", c'est-à-dire un roman de bonne épaisseur en raison de la grosse police de caractère. Il n'est pas illustré comme la vaste majorité de ce format, ceci-dit. Mais surtout, il ne tombe pas dans le texte insipide que je croise trop souvent pour ce type format et ce niveau de lectorat. Enfin, il faut mentionner que Charlotte ayant un trouble de l'articulation, le "zozotement"( au Qc ) ou "zézaiement" ( en Fr ) ou "stigmatisme interdental" ( pour les plus intellectuels), les mots "zozottés" sont en caractère gras pour mieux les cibler. Je ne suis pas souvent impressionné par les enquêtes jeunesse, car les auteurs manquent souvent d'originalité en la matière et se bornent aux animaux disparus ou aux voisins louches. Ici, on a quelque chose de différent: un incendie suspect. Et ce n'est pas simplement le sujet, mais le traitement qui est intéressant. Charlotte fait des listes, elle fait de la déduction ( bon, pas toujours réussies), procède par élimination et cherche des indices. En somme, elle a une bonne méthode, chose qui manque souvent dans les enquêtes des romans jeunesse. Bon, elle fait parfois des liens causal erronés, parce qu'elle s'est mise en tête que la cause de l'incendie était un dragon. Ce qui fait qu'à la fin, elle découvre qu'elle n'y est pas du tout. Oups. On a donc une enquête ratée. Ça donne une fin amusante, parce qu'avec les découvertes de Charlotte, en théorie, ça tenait debout! Je me suis demandée si on avait pas un roman fantastique ( le genre), mais non. Charlotte découvre que son "dragon" est en réalité une voiture gardée secrète, parce que Mathieu, qui l'a retapée, comptait l'offrir à sa copine, Simone, soeur d'Alexandre. Je dirais que c'est justement cet imbroglio qui fait le croquant de cette histoire. En parallèle, nous avons un thème important: l'intimidation. Oui, on en a beaucoup maintenant en jeunesse, mais comme c'est toujours d'actualité, ce n'est jamais de trop d'en parler à travers la littérature. Charlotte se fait mettre de côté en raison de son élocution particulière. Dans ce tome-ci, néanmoins, le harcèlement va plus loin: Aymeric a utilisé Charlotte comme diversion pour commettre un col à l'étalage. Résultat, Charlotte est dans l'eau chaude à cause de lui, mais Aymeric va plus loin. Il met les emballages des bonbons volés dans le pupitre de la jeune fille pour mieux l'incriminer. Il fait véhiculer la nouvelle de son "vol" aux autres étudiants, qui la rejettent encore plus. Quand elle tente de le faire avouer, il retourne ses mots contre elle et devant tout le monde, l'enfonce encore plus dans le rôle qu'il veut lui faire jouer. Démunie, seule, convaincue que même Alexandre ne la croit pas, Charlotte se sent acculée et incapable de faire valoir la vérité. Aymeric est un bon menteur et jouit d'une bonne popularité, ce qui ajoute à sa "puissance". Heureusement, Alexandre ne faisait que jouer un rôle lui aussi, pour faire avouer Aymeric sur sa tablette, de manière à le dénoncer aux autorités. Aymeric est donc arrêter devant tous ses camarades pour "vol à l'étalage". Il y a deux dimensions que j'apprécie dans cette histoire d'intimidation. D'abord, on peut observer assez bien que selon le statut social dans le milieu scolaire, un enfant sera prit au sérieux en fonction de ce statut, très souvent. On observe que les autres étudiants n'ont pas douté un seul instant de la parole d'Aymeric, parce qu'il est populaire. Il faut dire aussi que c'est un habile menteur, mais tout de même, on condamne d'emblée Charlotte sans preuves. La seconde dimension est la gravité des gestes posés. Ici, on ne rechigne pas à appeler un chat un chat: voler, c'est criminel, et ce sera traité comme tel, surtout quand on se sert d'un autre individu pour se couvrir. Ici, il n'y a pas de demi mesures, c'est un policier qui va venir chercher le voleur et il écopera d'une peine de travaux communautaires. J'apprécie aussi que pour une fois, il n'y ait pas la présence d'adultes stupides, comme on en voit souvent dans les histoires d'intimidations. Il y a une belle dimension sur l'amitié également. Bon, au début, je trouvais bien triste qu'Alexandre soit un ami "dans le placard" pour Charlotte, puisqu'il était le meilleur ami d'Aymeric. En même temps, il a fini par changer de diapason, en constatant qu'il avait une meilleure relation avec Charlotte, qu'il admire et respecte, dont il a à coeur le bien-être, plutôt que sa relation unidirectionnelle avec Aymeric. Les amitiés changent, il est parfois bon de le rappeler. Ça m'a fait sourire quand Charlotte indique à Alexandre, vers la fin, qu'elle n'a pas besoin de "preux chevalier", en référence au fait qu'il n'était pas présent lors de l'humiliation d'Aymeric à son endroit. Mais il reformule en disant qu'il sera là pour elle. Encore là, j'aime bien que leur dyade repose sur quelque chose de plus sincère qu'une simple complémentarité de genre et les clichés qui viennent généralement avec. Ainsi, Charlotte est la tête pensante du groupe et se montre audacieuse, décidée et parfois même casse-cou. Au contraire, Alexandre est l'empathique, le tendre, le prévenant et le loyal du duo. Une vraie tendance inverse qui me plait beaucoup! Si Watson le chapeau n'était pas là, j'aurais eu tendance à mettre Alexandre dans le rôle complémentaire de James Watson pour Sherlock Holmes. Parmi les personnages, j'ai bien aimé Simone, une bonne tête et une adolescente qui a des couilles ( au sens figuré). Watson, dont j'ai du deviner un peu qu'il s'agissait du chapeau ( mais à ma décharge j'ai sauté le tome 1 qui devait nous l'expliquer) a un impact sur Charlotte. Il constitue une forme de "voix intérieur", une voix pragmatique et qui sait relativiser les choses à la manière d'un adulte. Il est intriguant ce personnage-objet. Mention aux parents également, qui ne sont pas des abrutis, comme font les auteurs qui veulent relever l'intelligence de leur héro en stupidifiant tous les autres. Ici, nous ne sommes pas dans cette logique. Dernier petit point qui a son importance pour moi: la représentation géographique! Un terme ben ben guindé pour simplement signifier que c'est bien d'avoir des personnages qui habitent autre chose que la grande ville. Charlotte habite St-Merlin, qu'on devine petit sans même le dire. Charlotte nous parle notamment du service de pompier qui désert plusieurs villages, situé à Saint-Albus ( Oh? Albus, Merlin, on fait un thème "Grands Magiciens"? Puis-je suggérer St-Gandalf? Ou Sainte-Galadrielle, histoire d'être plus représentatif?). Et tout le monde se connait. Il y a également un verger, avec ses variétés indiquées. Bref, j'aime bien les histoires de petits patelins qui ne sont pas justes ces nombreux cas de héros obligés de vivre en campagne, avec le lot de clichés que ça implique ( oui, je sais, je radote). Je remarque que l'illustratrice a forcément lu le roman pour avoir si bien représenté Charlotte, les environs et même le livre vert à dorures sur les dragons! Une série sympathique à souhait aussi savoureux qu'un chausson de pomme fait-maison, idéal pour les jeunes amateurs d'investigations. Les amateurs/amatrices de la série "SCI Ruelle" pourrait d'ailleurs y trouver un défi intéressant. Pour un lectorat à partir de 9-10 ans ( 4-5e année) ou des 8 ans qui sont des lecteurs habitués, qui ne craindront pas le nombre de pages ( 260 sans illustrations) et le niveau de français.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

La classe de Madame A

Par Catherine Petit et Marie-Andrée Arsenault
(4,0)
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Cet atypique album nous aurons bien monopolisé, mes collègues libraires jeunesse et moi, car s'il est bien un album "jeunesse", j'estime que cet album n'est néanmoins pas destiné à la jeunesse, mais plutôt...aux profs! Déjà, il faut savoir qu'avec 108 pages bien remplies, on ne rejoint pas le "facteur temps", c'est-à-dire le délais maximal de concentration et de patience requis pour les petits lecteurs du groupe des 6 à 9 ans. À moins de le lire chroniques après chroniques, en les séparant. C'est un album assez costaud. Il est le résultat de petites chroniques de madame Arsenault, basé sur son expérience de professeur dans une école de niveau primaire, d'abord parues sur sa page Facebook, puis dans la revue Lirelu, depuis 2018. Ses textes furent partagés outremer grâce à la page universitaire européenne "Voie Libre". Ici, nous avons, avec Madame A, sa première année, où l'enseignante du secondaire deviens enseignante du primaire. Ensuite, nous avons songé aux 9-12 ans, mais tout comme le groupe des 6-9 ans, nous avons estimé que certains thèmes étaient plus ou moins adéquats. Prenons par exemple le personnage de 4e année du primaire surnommé "Pré-ado 0.7% d'alcool", puisque c'est ainsi qu'il s'est présenté. Pour un adulte, c'est drôle. Ce genre de réplique trop mature m'est également arrivé du temps où j'étais dans les camps de jour, mais ça ne constituait nullement une norme, il faut dire. Nous avons, mes collègues et moi, trouvé cependant un peu confrontant la présence de ce sujet dans l'album, qui revient souvent puisque c'est le surnom du personnage. le sujet du VPH aussi va être abordé ( on parle vraiment de cette maladie transmise sexuellement en 4e année primaire?! Étonnant.) Cela dit, ce n'est pas le seul heurt pour le groupe des 9-12 ans. Ce que j'appelle "le second degré", pour désigner le sens caché derrière certaines phrases, est très présent lui aussi. C'est donc la capacité de compréhension des 9-12 ans qui me semble peu probable. Je vous donne un exemple: " [...] J'ai eu besoin d'explications pour comprendre le dessin se trouvant sous le mot "chat". [...] "C'est un abri, madame Marie-Andrée, pour tous les chats de la nature, même les moins champions. Et j'ai mis des puits pour qu'ils boivent de l'eau sans se chicaner". Ensuite, il y a eu une perte de contrôle monumentale [ ... ] , mais c'est oublié. Après tout, quelque part dans un cahier, les chats de la nature buvaient de l'eau de puits sans se chicaner." Je n'ai pas de doutes que ce second degré sera compréhensible pour un adulte ou un jeune adulte, mais pour mes 9-12 ans, j'ai des doutes. Comprendront-ils le lâche prise de madame Marie-Andrée, qui relativise le drame par le fait que dans l'esprit d'une de ses enfants, le monde est plus beau? Quand au lectorat ado, je ne vois pas ce qu'ils pourraient y trouver de pertinent à leur groupe d'âge, de manière générale. Comprenez-moi bien, je ne tente pas de dire que cet album est mauvais, il est même très bon! Je pense seulement qu'il n'est pas, globalement, conçu pour la jeunesse. Par contre, avec ses récits farfelus, ses anecdotes amusantes et l'implication à large spectre de la pensée des enfants, ce serait un bel album pour les adultes. Ce qui est assez justement abordé ici, c'est la perspective des plus jeunes sur le monde. Les enfants du primaire, surtout les plus jeunes, ont une approche encore très naïve du monde, où la logique est parfois distordue, la magie encore présente, la causalité encore très simpliste. Mais c'est ce qui fait leur charme! Paradoxalement, leur conception du monde semble si simple qu'on peut parfois se dire qu'ils comprennent le monde mieux que nous, les adultes, sur certains points. Il faut dire, en outre, que la petite jeunesse primaire a souvent moins de considération de notre part que le serait la jeunesse adolescente, en ce sens où les prend moins au sérieux. Une erreurs de la part des adultes, je pense. Ils mériteraient plus d'égards, ils ont des choses à nous apprendre. Oh, ils gobent notre énergie, ça c'est sur et on le voit dans cette histoire. Difficile de leur en vouloir, ils sont en mode "exploration", après tout. Que dire, qui plus est, de leurs réponses et constats très souvent éberluant? Combien de fois madame Marie-Andrée s'est vu poser des questions ou soumettre des réponses qu'on aurait même pas pu inventer tant elles sont stupéfiantes? Souvent, en fait, vous verrez. Et c'est sans doute un des aspects les plus adorable de ce gros album. Ce qui est aussi remarquable avec ceux qu'elle appellent "ses minis", c'est la façon dont c'est finalement le prof qui doit s'adapter à ses petits étudiants, et non l'inverse. Je dois souligner que certaines allusions ou certains constats m'ont été impossible à comprendre et ce, en dépit de mes trois décennies de vie. Je pense que c'est tributaire au fait que je ne suis pas professeur. Je réitère que cet album vise le lectorat professoral, car même les références me semblent aller en ce sens. Il est possible aussi que cela vise le lectorat parental, qui n'ont sans doute pas idée de ce qu'est la gestion de classe en primaire 1, 3 et 4. À titre personnel, j'en ai apprit. Ça me semblait être un joyeux bazar, mais il fait garder en tête que madame Marie-Andrée était remplaçante. Ce ne doit pas être la même dynamique qu'avec le professeur principal. Enfin, j'imagine. On ne peut faire un tour d'horizon de cet album bien rempli sans parler des illsutrations. Elles sont le résultat de nombreuses heures de travail, vu la taille de l'album. Dans une palette de roses, de gris violacés et de jaunes, c'est une combinaison de couleur atypique, mais qui est plaisante à l'oeil. le graphisme est varié: nous avons aussi bien des pleines pages que des illustrations qui se partagent la même page. Cela lui confère un style de romans graphique. Parfois nous sommes dans les faits, d'autres fois dans les idées des personnages. Certains d'entre eux ont d'ailleurs des attributs constants, mais imaginaires, comme la "fée" qui a ses ailes dans le dos, ou le "dragon" qui a des cornes, une queue de dragon et des ailes de chauve-souris. Les postures et expressions faciales des personnages sont variées et fluides. le tout dégage une grande douceur et du dynamisme, deux éléments qui se ressentent dans le texte également. Même les pages de garde sont belles, dans la palette rose, avec un motif floral. Pour ceux et celles qui diraient que c'est "enfantin", je leur ferai constater que les adultes aussi aiment le graphisme qui est employé dans les oeuvres jeunesse et qu'il serait temps de cesser de penser que tous les adultes doivent se cantonner au graphisme sérieux ou aux romans. Je constate chaque jours le grand amour des adultes pour les albums jeunesse, très souvent pour leurs illustrations et leurs messages pertinents. La littérature jeunesse sert tous les âges, elle est universelle et porte les espoirs nourris pour la nouvelle génération. On ne s'étonne pas que des ados lisent en littérature adulte, pourquoi, alors s'étonner de voir les adultes rechercher la "magie" pertinente de la littérature jeunesse? Cet album me laisse penser que nous verrons voir naître des albums pour lectorat adulte. Il traite d'école, certes, mais du point de vue du professeur, pas de celui des enfants. Il met en lumière le quotidien d'une profession mal valorisée et mal comprise au Québec. C'est pourtant le choix de carrière de bon nombre de nos concitoyens et j'ose croire qu'ils ont pour les enfants la même foi passionnée pour eux que nous, libraires, avons pour les livres. Nous nous côtoyons de près, d'ailleurs, et je vois chaque jours des profs rempli d'idées et de projets, animés de la même passion que nous pour les livres, mais dans la perspective de les utiliser pour leur classe. Ça me fait donc réellement plaisir de voir un album qui je verrais être offert en cadeau pour eux, nos profs, ceux qui forment la prochaine génération avec temps d'enthousiasme, malgré des conditions pas toujours faciles. Petite précision ici: Vous verrez quelques fois des formulations ou des mots mal écrits. Ce sont des "fautes volontaires", qu'on emplois pour garder le réalisme de l'oral, surtout avec les jeunes personnages, plus sujets à en faire. Par exemple: "Séverte", plutôt que "sévère". Ce n'est donc pas une mauvais écriture du français, comme certains le croit, simplement un soucis de réalisme et accessoirement, une façon d'attendrir le lecteur. Qui n'est pas amusé des petites erreurs de français de nos tout-petits? C'est donc une ode à la profession et aux jeunes étudiants, où une sincère affection entre une professeur et ses élèves se développe dans un quotidien à la fois joyeux et éprouvant. Un album à la fois drôle, surprenant, tendre et pétillant. Pour un lectorat jeune adulte/Adulte, avec un intérêt spécifique aux professeurs, ainsi qu'aux parents. Une idée de cadeau pour le prof de votre enfant pour Noël, peut-être?
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Le train de trois heures

Par Jennifer Tremblay et françois Thisdale
(4,5)
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Incontournable Septembre 2022 Un livre atypique sur sa forme, "Le train de trois heure" vous propose une incursion dans le processus de création du roman en plus d'une histoire. Dans les premières pages, on s'interrogera sur le livre dans son entité. Pourquoi lit-on? Pourquoi écrit-on? Quelles sont les inspirations et les motivations qui nous amènent à lire, et pour certains, d'écrire? Puis, nous verrons davantage les modalités autours du roman, comme le départ. Comment commencer à écrire? On peut s'inspirer de faits réels, mais également des histoires qui sont déjà présentes, comme les contes. Puis, il faut lui donner une structure, grâce notamment au schéma actanciel/narratif. Il lui faut aussi des thèmes, un "qui", un "quoi", un "où" et un "pourquoi". L'écrivain a également une méthode pour écrire, mais elle peut grandement varier. On aura également droit à une explication sur le rythme du récit et aux divers types de narrateurs. Ultimement, nous voyons l'histoire apparaitre. Elle est basée sur le choix de deux mots: "Plume"( dans le sens de "crayon") et "Train". Elle a pour inspiration la ruse que l'on peut découvrir dans le conte "Les habits neufs de l'empereur", dans lequel deux faux couturiers parviennent à duper un roi, en lui disant que l'étoffe avec laquelle ils conçoivent l'habit ne peut être vu que par les gens intelligents. Autrement, ils sont sots. le roi, ne voulant pas être prit pour un sot, se retrouve donc à parader, nu, sans les rues de la ville, avec les citoyens ayant eu vent de la même affirmation. Tous assurent que l'étoffe est sans pareils, magnifique, jusqu'à ce qu'un enfant déclare tout haut que "le roi est nu"! Les gens ne pouvant douter de la parole d'un enfant, prennent alors conscience du subterfuge, en même temps que le roi. Les deux couturiers, pour leur part, sont déjà loin, avec la jolie somme offerte en échange de leur "travail". C'est sur cette ruse que repose l'histoire présentée ici. Une jeune fille a coutume d'échanger du courrier avec son père via le train qui relit leurs deux villes. Ils préfèrent d'ailleurs la bonne vielle correspondance par papier plutôt que les communications instantanées de l'aire moderne. Néanmoins, il écrit avec beaucoup de fautes et reçoit ses lettres couvertes d'encre rouge par les corrections de sa fille. Un jour, le père souhaite offrir un cadeau à sa fille pour son douzième anniversaire. La dame du magasin lui parle d'une plume à l'encre spéciale. En effet, cet encre ne peut être vue que par les gens intelligents. La dame invite le père a essayer l'encre et bien sur, n'y voit rien, car il n'y a pas d'encre dans la plume. Mais le père achète la plume et l'envoie à sa fille. Celle-ci, ravie du cadeau, demande néanmoins au père pourquoi elle ne voit rien avec cette plume. Dépité, il lui explique ce que la dame lui a confié au sujet de l'objet. La jeune fille est atterrée de se savoir sotte et compte abandonner l'école. Toutefois, elle fait la rencontre d'une femme qui pourrait être une "sorcière" qui lui affirme que l'encre sera visible dans cent jours, durant lesquels il faudra lire un livre par jour. *Attention, divulgâche* Donc, nous avons un roman qui valorise la lecture, comme remède à l'ignorance ( et aux fautes écrites ). le père a accepté le défis des cent livres et au bout des 99 livres lus, a même commandé un dictionnaire. Quand il utilise à nouveau la plume, elle laisse couler une encre bleue. Était-il en réalité devenu moins sot? Évidemment, après cent livres, difficile de faire autrement. Néanmoins, cette encre n'avait rien de magique, la plume auparavant vide fut simplement remplie par la dame du magasin. de connivence avec la jeune fille, elle avait élaboré ce stratagème pour le faire lire et ainsi pallier ses lacunes en écriture. de son avis, le père comprend qu'il n'a jamais été sot, mais plutôt "crédule" ( Qui croit trop naïvement ce qu'on lui dit). Voilà le genre de petit livre qui devrait être merveilleux en classes de français. On arrive à voir de manière globale tout ce qui tourne autours de l'écriture et de la lecture en peu de mots et peu de pages. de quoi démystifier ce qui entoure le roman ou la nouvelle et permet de mieux comprendre que ce n'est pas aussi simple que l'on croit de faire de bonnes oeuvres littéraires. Il faut des idées, certes, de la créativité, absolument, mais aussi de la préparation, de la pratique, un français solide et une habilité à rendre une histoire attrayante, pertinente et surtout, cohérente. Tous les romans n'ont pas ces qualités, il faut dire, mais bon, on ne cherche pas tous le même degré de qualité littéraire non plus. C'est un petit livre très aéré, facile à lire, intriguant et d'une grande pertinence. Pour le citer: "Il y a tellement de livres, et si peu de lecteurs",en ce sens où il a plus de livres que de lecteurs. Mais ouvrir celui-ci n'était certainement pas une perte de temps. Pour un lectorat à partir du second cycle primaire ( 9-10 ans).
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Sirènes écoresponsables

Par Annie Bacon et Boum
(4,0)
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Nous retrouvons la charmante petite sorcière aux cheveux mauves dans ce cinquième opus de la série. Il fait chaud au pays merveilleux, si chaud que les chardons, qui contiennent les pousses de sorcières à naître, sont compromis. Pétronille a beau tenter de chercher de l'aide auprès des autres sorcières, ses manoeuvres s'avèrent vaines. Il lui faut donc tâcher de trouver une solution par elle-même. Elle pourrait utiliser un sort pour faire pleuvoir sur la région. Pour les premiers ingrédients, tout va bien, elle en dispose déjà, mais le dernier est une écaille de queue de sirène. Or, elles habitent aux fonds des eaux du Lac Sans-fond. Une plongée qui va s'avérer bien périlleuse. *Attention, divulgâche* Ultimement, Pétronille regagne la surface après avoir été capturée par les magnifiques, mais ô combien dangereuses sirènes carnivores. Ça m'a fait plaisir, dans un sens, qu'on ait gardé le coté folklorique des sirènes, et non leur version dinseyesque. On apprend alors que les sorcières auparavant sollicitées ont été abordées par Ursule, la nourrice des sorcinettes ( les sorcières de moins de 10 ans). Elle aussi a a coeur la survie des chardons et a su se faire entendre par ses pairs, en dépit de son statut non-magique. Voilà comment les sorcières se sont ramenées avec des chaudrons sur leur balais pour amener de l'eau aux plantes, en attendant le sort de Pétronille. Cette dernière a cru, l'espace d'un moment, avoir échoué sa mission, n'ayant pas prit d'écailles aux créatures marines. Heureusement, l'une d'elle s'est coincé dans la fermeture éclaire de sa combinaison aquatique. le sort fut donc lancé et la pluie s'est mise à tomber. Avec tout cela, Pétronille n'a guère pu préparer ses ingrédients à vendre, ce qui l'a obligé à ouvrir son stand vide et compter sur son service express de récupération d'ingrédients. Néanmoins, comme si les sorcières avaient reconnu le rôle de la petite entrepreneure dans cette histoire de sauvetage, elles lui demandèrent toutes de menus services à son stand, le genre qu'elles auraient pu facilement déléguer à leurs apprenties. Il semble que Pétronille prend en gallons auprès de sa communauté. Elle prend en assurance et gagne en notoriété, notre petite demoiselle. Elle a , en outre, quelques sorts à son actif, maintenant, et formule même des projets à long terme, comme son souhait de prendre toutes les sorcinettes atypiques comme elle pour que plus personne ne soit mit de côté comme ce fut le cas pour elle. Je trouve Écho, sa chauve-souris, toujours aussi adorable, un vrai petit partenaire animalier. On peut également extrapoler que la canicule tenace est engendrée par les enjeux climatiques, mais ce n'est pas spécifiquement mentionné. Comme les autres tomes, on retrouvera les deux glossaires habituels, celui pour les mots sophistiqués et celui pour les termes inventés de l'univers en présence. On retrouvera aussi les illustrations de l'illustratrice Boum, ainsi que la grosse police de caractère habituelle. Une autre belle aventure pour cette série! Pour un lectorat à partir de la 2e ou 3e année primaire, 7-8 ans.
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Lightfall T.2 : L'ombre de l'oiseau

Par Tim Probert
(4,0)
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Second opus de la série qui a gagné le Prix des Libraires du Québec dans la catégorie BD étrangère, "L'ombre de l'oiseau" est plus sombre et profond, mais prend place dans un monde plus élaboré, certain semblant être à la frontière du réel. Kest, un oiseau malveillant, est de retours et s'en prend aux soleils artificiels des terres connues d'Irpa, dont le premier sur la liste est la ville de Lealand. Béa et Cad sont dans un village d'arsaïs, petites créatures bleues au français singulier, caché derrière une cascade. L'un d'eux leur livre un message du grand-père de Béa à L'intention ce celle-ci, l’enjoignant à retrouver Lorgon, l'esprit des eaux, pour solliciter son aide dans la lutte à venir contre Kest. Néanmoins, elle choisit de suivre Cad à Lealand, le premier endroit où Kest frappera et où son compagnon espère vaincre une bonne pour toutes. Hélas, ils sont mit en échec et les habitants de Lealand doivent maintenant cheminer à travers les ténèbres vers la prochaine cité recouverte de lumière, Rinn. Béa et Cad se retrouvent dans une étrangère dimension, ayant échappé à Kest grâce à l’intervention de leur ami arsaï. Un monde composé de fragments éparses et flottant, où de multiples architectures se côtoie et où les rivières serpentent dans le vide. Selon les indications de son grand-père, ce serait le royaume sous terre de Lorgon. Après avoir libéré un dragon, les deux comparses et leur deux animaux font en effet la rencontre de l'esprit des eaux, sort de gigantesque serpent des mers, aussi dandy qu'hautain. Ce qu'il a à leur apprendre change complètement la donne, mais encore faut-il qu'ils comprennent les implications à temps, avant de faire un geste qui pourrait être fort regrettable... Y a pas à dire, j'adore cette BD. C'est un univers étrange, qui semble à la fois évoquer de nombreuses peuplades et divers folklore. Il s'en dégage quelque chose de familier, mais en même si différent. Le représentations des personnages sont originales et rafraichissantes, les couleurs fabuleuses et les notions de bien et de mal sont malmenées. Une histoire d'amitié, également, qui évolue tranquillement, dans un univers aussi magnifique que menacé. Bea est un archétype que j'apprécie beaucoup et qui reste relativement peu employé. Elle est intuitive, un peu pessimiste, anxieuse, réellement courageuse. Elle a du mal à se faire confiance et à prendre des décisions, mais elle fini par le faire pratiquement chaque fois et accorde de l'importance à la réflexion. Elle sent que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent. Dans ce tome-ci, elle semble avoir eu des "contacts psychiques" avec Kest, l'antagoniste de l'histoire, comme si sa sensibilité avait été interpellée à un autre niveau. Bea est beaucoup moins catégorique et décidée que Cad, son compagnon, qui finit souvent par la faire ranger à son avis. Pourtant, on le sent, c'est Bea qui a la meilleure approche. Elle n'est simplement pas assez en confiance avec elle-même pour y accorder pleins crédit. Sa grande force sont son empathie et sa capacité à extrapoler. Tout le contraire de Cad, finalement, qui se tient à ce qu'il connait et ce qu'il voit. Il est toujours aussi sur de lui, mais on sent qu'il accorde plus d'importance aux hésitations de Bea, ce qui illustre le développement de leur relation amicale. Il a le défaut d'être manichéen, à réfléchir en bien ou en mal, sans apporter de nuances. Son courage est différent également. Alors que celui de Bea est de surmonter ses propres craintes pour aller de l'avant, dans le cas de Cad, c'est d'agir comme s'il ne pouvait pas perdre. Néanmoins, le ton léger de Cad a du bon, son humour également. L'angoisse n'est clairement pas un émotion qu'il vit souvent. Il faut que je vous parle de Kest, l'antagoniste, alors je vais devoir divulgâcher ici un aspect important. Vous êtes prévenus. On a tendance, dans bien des histoires jeunesse, à considérer le "méchant" comme un fauteur de troubles centré sur ses propres besoins. Kest a cette étiquette ici aussi, mais on découvre dans ce second opus que c'est peut-être l'inverse. Kest, déjà, n'est pas une entité ténébreuse comme les habitants d'Irpa le croit, mais en réalité l'esprit généreux de la Lumière. Le soleil était par conséquent sa création et il avait le droit légitime de le récupérer. Ce qu'il fit, non sans raisons. Nous pouvons lire entre les lignes- ou plutôt entre les illustrations - que Kest a perdu quelqu'un de cher, probablement un autre esprit, peut-être celui des ténèbres, justement. Il ou elle a été massacré par les hommes et on peut supposer qu'ils le firent en pensant se débarrasser de tout ce qui est ombrageux. Kest, de chagrin, a donc décidé de se venger en reprenant le soleil, mais ce faisant, a été étiqueté comme un ennemi. Nous apprenons également par le personnage sans nom de l'ethnie arsaï, que la lumière est noire, ce qui va donc dans le sens de Kest: c'est à lui qu'on doit la lumière claire. En le tuant, la lumière retourne à sa couleur d'origine. Ce qui est plaisant dans ce jeu d'ombre et lumière, c'est d'une part, mettre l'accent sur l'implication des hommes, qui dans leur ignorance et leur suffisance, ont cru s'approprier la création d'un esprit, mais également, d'autre part, causer leur propre perte en raison de leur incompréhension de leur propre monde. S'ils avaient un temps soit peu écouter et observer, ils auraient comprit quel chance ils ont d'avoir eu l'aide d'un esprit pour vivre dans la lumière. S'ils avaient comprit, ils n'auraient pas chercher à détruire un autre esprit et ainsi déséquilibrer le monde. L'incompréhension engendre la peur et la peur engendre la haine. On le connait bien ce trio là. En somme, si les hommes s'étaient montrés moins ingrats et plus attentifs, on n'en serait pas là. Là-dessus, le personnage de Lorgon a bien raison. Ce qui est notable aussi, c'est que contrairement à bien des histoires, Lightfall place le "Héro" dans une position pas si héroïque que ça. Cad a peut-être trucidé Kest et "sauver" la flamme du soleil artificiel de Rinn, le fait est que celle-ci a viré noire. On comprend alors que toute cette idée de "vaincre Kest" était une illusion commode, mais dans les faits, c'est une énorme erreur. J'apprécie toutes les histoires qui malmènent les standards désuets comme le concept du "Héro", celui qui porte une épée et tue le gros méchant. Ah, si le monde était si simple! Parfois, c'est le héro qui nuit et le méchant qui avait raison. Une notion encore peu représentée, mais qui gagnerait à être connue. Après tout, ce n'est pas parce que nous sommes du côté du "héro" que celui-ci a forcément raison. Je trouve le personnage de Nimm adorable. Ce chat ne semble pas très impliqué dans la quête, mais il est très important pour une chose: c'est un facteur d'apaisement pour Bea. Chaque scène où la jeune fille s'enfonce dans son angoisse, Nimm intervient en quêtant des caresses, en lui faisant des câlins et en cherchant à capter son attention. À certains égards, je trouve qu'il se comporte comme un chien, mais c,est peut-être parce qu'on dépeint toujours les chats comme des asociaux indépendants égomaniques? En tout cas, j'apprécie ce personnage, dont le non-verbal est très parlant. Lightfall est ce genre de BD qui interpelle et qui divertit en même temps. C'est une œuvre qui aide à faire prendre conscience de deux choses: La première est l'équilibre précaire de notre monde. Nous avons le privilège d'être les habitants d'un monde où nous pouvons, avec un minium d'intelligence et de savoir-vivre, exister paisiblement. Mais ce monde ne nous appartient pas. Tôt ou tard, comme le fit Kest, la Nature reprendra ses droits et nous aurons été les seuls fautifs de nos comportements avides et de notre aveuglement borné et prétentieux. La seconde: être un héro peut prendre diverses formes. Être la force tranquille, sensible et intuitive, de celle qui questionne et refuse les idées reçues, peut être un plus grande force ou besoin pour la pérennité du monde que le personnage armé et têtu. En outre, je remarque que Lightfall laisse profiler une héroïne qui sauvera peut-être le monde sans armes et sans rester dans l'ombre du héro masculin.Bref, un incontournable pour l'univers de la BD jeunesse, dont les sublimes paysages et lieux oniriques vont plaire assurément autant aux BDphiles assumés qu'aux initiés, garçons et filles et où perce même l'humour et de la douceur. Une odyssée fantasy qui se lit d'une traite! Pour un lectorat à partir du second cycle primaire ( 8-9 ans).
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Scary stories

Par Alvin Schwartz, Stephen Gammell et Maxime le Dain
(4,0)
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"Scary Stories" vient d'arriver en librairie, juste à temps pour Halloween. Un recueil composé de trois livres parus en 1981, 1984 et 1991 en version original anglaise rassemblée ici en version française. Et oui, il aura manifestement fallut près de 21 ans pour avoir enfin une version en français. Déjà, je déplore un énième titre resté en anglais. La tendance lourde des français à angliciser leurs titres littéraires commence sérieusement à devenir épidémique, ce qui, pour notre situation de province francophone dont le français est menacé, a quelque chose d'un peu déconcertant. Ce l'est d'autant plus de voir la glorification de l'anglais venir de nos cousins français. Ensuite, il faut savoir que ce recueil est atypique. Il est composé d'histoire courtes, parfois très courtes. C'est un assemblage de petites histoires, dont certains relève pratiquement du mythe urbain. C'est le genre de récit qu'on peut faire un soir d'Halloween ou sur le bord d'un feu de camp, pour se faire frissonner. Vous en aurez de divers époques, dans divers classes sociales et de plusieurs types. Cela va des histoires de cadavres à celles sur les fantômes, des histoires de vengeance, de mise en garde, d'arroseur arrosé, d'entités maléfiques ou surnaturelles, de lieurs hantés, de malédictions, d'histoires pour faire sursauter, etc. Certaines sont des chansons, d'autres des poèmes et d'autres des nouvelles. Le concept est intéressant. Je pense à mes jeunes amateurs d'horreur, qui sont légion en ce moment, qui aiment des histoires toujours plus glauques, avoir un intérêt pour ce petit livre. Je pense néanmoins que ce sera un livre à mettre entre les mains des presqu'ados déjà initiés aux romans du genre Horreur, car le niveau d'épouvante de certains est somme toute élevé. Il faut dire qu'avec les illustrations inquiétantes, pour ne pas dire sordides et horrifiantes, on ajoute une couche de sinistre. Inspirées de malformations physiques, de contrastes de matière et même de la photographie en noir et blanc, elles me rappellent celles qu'on trouve dans les émissions et livres traitant de phénomènes paranormaux ou des cas médicaux étranges. Certaines m'ont rappelés des mangas également, surtout avec les monstruosités racinaires, truffées d'yeux sans arcades et de créatures flottantes. De quoi rendre les histoires plus concrètes et plus perturbantes. C'est définitivement un pari réussi pour les représentations visuelles du recueil. Un aspect que j'aime bien est le côté "global" de ce livre. Comme ses inspirations sont nombreuses, ses références issues de divers folklores et nations, et ce, sur une grande période de temps, on a donc un tour d'horizon intéressant sur l'univers des histoires d'horreur. Cela pourrait ultimement être intéressants pour les 11-13 ans et plus qui sont non-initiés et qui ont un intérêt ( et surtout une peur moindre) pour ce genre littéraire. En outre, il ne sera sans doute jamais dépassé. Il faudra tenir compte d'un léger décalage d'époque: ne vous attendez pas a y voir des histoires de technologie malveillante compte tenu du fait que le dernier tome paru date de 1991. Je remarque également que toutes les références et sources sont à la fin du recueil, pour les lecteurs plus curieux. On nous y trouve des précisions qui peuvent être intéressantes. Il y a par ailleurs la bibliographie complète des œuvres consultées pour l'élaboration du présent recueil. À voir! Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans. Déconseillés aux jeunes lecteurs impressionnables et facilement apeurés. Il y a la présence de certains thèmes qui peuvent être offensants ( meurtre, membres coupés, cannibalisme, morts-vivants, corps décomposés, etc).
Shaynning a apprécié, commenté et noté ce livre

Déméter l'indomptable

Par Isabelle Pandazopoulos et Gazhole
(4,0)
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1 commentaire au sujet de ce livre
Incontournable Octobre 2022 "Déméter, l'indomptable" est le 4e roman à saveur documentaire de la série sur la mythologie grecque "Héroïnes de la mythologie" d'Isabelle Pandazopoulos. Beaucoup plus respectueuse de la mythologie grecque que le sont les Percy Jackson, ces romans offrent aussi un portrait plus inclusif des mythes de la Grèce antique, en donnant la tribune aux déesses exceptionnelles telle que Déméter et Athéna, mais également aux mortelles remarquables, telles que Pénélope et Ariane. Déméter, dans sa jeunesse, était une déesse atypique. Blonde, au corps tout en courbes et d'une désarmante humilité, elle détonnait à la table des Dieux de l'Olympe. Trouvant leur tablée ennuyeuse, toujours à donner la place aux dieux masculins aussi puissants que tapageurs et arrogants, Déméter aimerait fuir cette famille pour vivre là où elle se sent le plus à sa place: sur Terre. Raffolant des êtres vivants, de la flore comme de la faune, cherchant à donner aux mortels des terres fertiles et des plantes en abondance, Déméter est donc folle de joie d'apprendre par sa grand-mère, la première entité de ce monde, la puissante Gaïa, qu'elle est destinée à devenir la déesse de la Nature. Gaïa lui raconte également les origines du mondes, de son conflit avec son pendant masculin, Ouranos, entité des cieux, puis de leur fils Cronos, Dieu avide de pouvoir qui a dévoré ses propres enfants, avant que ses derniers ne soient sauvés par le petit dernier , Zeus. Ce dernier a d'ailleurs des travers qui rappellent dangereusement ses père et grand-père. Dieu infidèle et orgueilleux, il prend très mal le rejet de Déméter à l'épouser et ainsi devenir la Reine de l'Olympe à ses côtés. Leur amour tourne à l'orage, malgré l'arrivé de la petite Coré. Zeus promet une vengeance pour l'affront de Déméter. Alors que la déesse croit en puissance et préfère toujours sa bien aimée île de Sicile et sa fille à la compagnie des dieux, toujours plus magouilleurs et snobs que jamais, l'histoire tourne au drame. Coré disparait. Déméter, alors terriblement angoissée et chagrinée, apprend par son ami Hélios, le Dieu du Soleil qui lui sert de transport entre le monde mortel et le Mont Olympe, que c'est Hadès, Dieu des enfers, qui a enlevé Coré. Avec le consentement de Zeus. Déméter entre alors dans une colère froide d'une ampleur cataclysmique. Au débuts, les Dieux semblent croire que sa folie est passagère, qu'elle sera obligée de se conformer aux lois divines et cesser ses caprices. C'était mal connaître la terrible déesse de la Nature, dont le rôle sous-estimé est alors mit au grand jour. Sans Déméter, la nature se meurt. Les catastrophes s'enchainent, les mortels meurent de faim. Zeus, dépassé, doit se résoudre à aller négocier le retours temporaire de Coré dans le monde lumineux. Mais s'il croit avoir regagné son contrôle sur la déesse aux cheveux blonds, il se trompe...lourdement. *Attention- Divulgâche* Déméter retrouve Coré. Leur réunion est émouvante, mais quelque chose a changé chez les jeune déesse. Coré raconte alors son séjour aux enfers, ce lieu où les mortels sont jugés par Hadès, puis conduit aux champs Élysés pour les âmes vertueuses ou dans le tartare, pour les âmes viles. D'abord déchirée par sa rupture avec le monde et sa mère adorée, Coré finit peu à peu par développer une curiosité pour ce monde sans lumière, ennuis oblige. Coré finit même par explorer le tartare avec Hadès et de cet épisode nait un début de relation, où les débats quand aux jugements sont matière à discutions. Coré se découvre une vocation: celle du jugement. Avec son sens de la justice et sa capacité à ne pas flancher devant la manipulation émotive ou l'hypocrisie ( Hormis le cas exceptionnel d'Orphée), Coré serait, aux dires d'Hadès, "une Reine des enfers formidable". Elle sait même faire rire le lugubre Roi des enfers. Mais faire le choix entre sa vie avec sa mère, entourée de cette nature qu'elle affectionne tout autant, et cette profession ténébreuse est pénible pour Coré. Elle fait le choix de manger le grain de pomme-grenade qui fera d'elle la Reine des enfers. Déméter est bien sur peinée par ce choix, qu'elle comprend, néanmoins. Elle a alors une idée. Elle se rend au Mont Olympe avec Coré, devenue "Pérséphone", et propose un arrangement - après avoir balayé celui imposé par Zeus. Déméter propose un partage équitable, six mois aux enfers et six mois en terres mortelles. C'est ainsi que les saisons naquirent. Un hiver quand Perséphone est sous terre et un été quand elle est de retours, des saisons intermédiaires entre elles. Déméter demeurera une déesse de première importance, généreuse et humble, que certains abrutis oseront défier. Malheureusement, c'est à la bêtise des Hommes que sera confronté aussi la déesse à l'avenir. Elle rappelle à qui veut bien l’entendre: "La Nature est un temple sacré. N’oublie jamais de la respecter [ ...] sinon, mortel, tu risques le pire, toi et ceux qui vendront après toi". Il y a beaucoup d'éléments que je trouve positifs dans ce roman. Déjà, il est relativement court, sait rester concis sans oblitérer d'importants détails. Ici, nous avons un roman "réaliste" de la mythologie grecque, pas une "inspiration" de mythologie grecque. Ici, les Dieux de l'olympe sont impitoyables, se font des coups bas, sont assez typiquement de mauvais tempéraments, certains sont ouvertement infidèles ( Surtout Zeus) et se font des enfants entre fratrie. J'ai vraiment l'impression de lire ce que j'ai appris dans mes cours d'histoire, mais avec un style lyrique plus agréable que le manuel de classe. Mais ce qui me plait particulièrement est cette tribune aux personnages féminins, plus ou moins laissé de côté dans les manuels, justement. Et quel héroïne! Déméter est la déesse de la nature, des moissons et donc des saisons. Mais apprendre qu'elle a tenu tête à ce gros macho de Zeus et sa tribu de divinités (qui me rappellent ces personnages un peu débiles des séries savons américaines, qui ont tellement de temps à tuer qu'ils se font des coups bas entre eux et couchent avec tout le monde) ça c'est intéressant! Déméter était une petite déesse différente et d'une touchante humilité au début, mais elle devient une déesse aussi puissante ( sinon plus) que Zeus lui-même. Mère aimante, elle s'est servie de sa colère d'une manière singulière pour faire savoir aux Dieux l'ampleur de leur cruauté à son endroit, en permettant à Hadès de capturer sa précieuse fille. Il y aura eu des dégâts, mais aucune guerre. Elle a simplement cesser ses soins à la terre et fait prendre conscience de son rôle crucial dans l'équilibre du monde. Elle n'aura plié devant personne et aura même trouvé un compromis devant l'impasse de Coré face à son avenir, ce qui traduit, par le fait même , d'une grande empathie. Surtout, si elle est capable d'être implacable, elle l'est surtout envers les Dieux, car face aux hommes, elle est généreuse de son temps et de ses soins. Une déesse dont la blonde chevelure cache un caractère solide, des idéaux inébranlables et une affection pour la vie infinie. Et c'est une des rares déesses à avoir eu de la gentillesse désintéressée pour des mortels. Quelle héroïne! J'apprécie qu'on ait pas caché la face sombre des divinités grecque, car ils ne sont pas tendres, ni entre eux, ni envers les mortels. C'est un élément qui m'avait agacé avec les Percy Jackson, justement. Les divinités grecques sont beaucoup plus près des tares humaines qu'on le croit. Ils sont revanchards, arrogants, imbus d'eux même, jaloux, cruels et parfois même conspirationnistes. Et incestueux. Ironiquement, c'est le Dieux Hadès qui m'a semblé le plus sympathique. C'est apparemment l'un des seuls dieux puissants à travailler constamment. Juge de l'humanité, il a fait la requête d'avoir de la compagnie, d'où l'arrivé de Coré. Face à son caractère, son esprit aiguisé et son sens du débat, Hadès ne put rapidement plus 'en passer et montre même de la vulnérabilité quand il apprend que Coré va revoir sa mère et donc quitter les enfers. Si Coré est bel et bien victime d'enlèvement, ce qui est condamnable, donnons au moins à Hadès qu'il est mieux que son frère Zeus quand à la notion de consentement. Il ne s'est pas "imposé", il a offert la couronne des enfers à Coré, ce qui est quand même une sacrée nuance par rapport à Zeus, qui viole tout ce qui bouge et impose sans compromis. Et contrairement à Poséidon, il n'est pas arrogant et insensible. Je me demande si cette interprétation du caractère d'Hadès est fidèle aux mythes? Un dernier point à soulever concerne la relation en elle entre Hadès et Perséphone. Il n'y a rien de violent, au delà du fait d'avoir été offerte par Zeus à son frère. Mais surtout, leur relation est d'abord amicale, égalitaire, intellectuelle même. Il apparait qu'ils sont complices, capables d'être en désaccord tout autant que d'avoir des points en commun. L’apparence n'est même pas un critère. Hadès se comporte envers Perséphone avec respect, admiration et humilité. Des éléments qui font défaut à un nombre impressionnants de couples en littérature jeunesse, trop souvent superficiels, malsains et puérils. C,est donc étonnant de trouver un couple sain dans ces deux personnages dont on aurait pu croire le contraire, vu les circonstances de leur réunion. Mais dans cette version-ci, tout porte à croire qu'en réalité, Perséphone comme Hadès se complètent, se comprennent et évolue au mieux l'un avec l'autre, dans un respect mutuel et des projets en communs, sur un pied d'égalité. C'est à ça qu'on reconnait les amours sains. Sur un autre ordre d'idée, dans certains textes, on attribut à Zeus le compromis offert à Déméter pour avoir sa fille un certain temps de l'année avec elle. J'aime mieux cette version où c'est Déméter elle même qui le propose, car cela casse le moule paternaliste que prennent trop souvent les interprétations de la mythologie grecque. L'idée également que Perséphone ait choisi de rester auprès d'Hadès pour avoir un rôle dans les enfers est intéressante. Il y a un plus grand pouvoir d'agir avec cette version et cela va dans le sens du mythe de Perséphone: Cette déesse est souvent représentée comme une figure importante de la fertilité, symbole du cycle des moissons, de la graine qui germe selon les saisons. On lui attribue aussi les champs Élysés, où elle a prit demeure. De plus, elle aura été décrite comme implacable parfois. L'imaginer prisonnière docile est donc difficile à imaginer, mais en Déesse à la fois capable de juger les morts et fertiliser les champs a quelque chose d'un peu plus vraisemblable, de par sa nature. Perséphone est donc la digne fille de sa mère. Un élément que je note également ici est toute la portée du féminin naturel. Gaïa est à l'origine du monde et c'est elle qui a engendré le premier "homme", Ouranos. Dans la chrétienté, on a relégué la femme au rang inférieur en expliquant que son origine est celle des côtes d'Adam. Un choix illogique, à mon sens, mais utile pour rabaisser les femmes. Ici, c'est "Dame Nature" qui est à l'origine, comme le pensent d'ailleurs bon nombre de communauté autochtones d’Amérique du Nord. Le "pendant féminin" est associé à la fertilité, c'est donc plus crédible de penser que c'est le fécond qui engendre tout le reste. Ce qui est notable, dans le roman comme dans la mythologie, c'est le côté cupide et destructeur du pendant masculin, avec Ouranos d'abord, puis Cronos et enfin, Zeus et ses certains de ses fils, dont Arès, Dieu de la guerre. Un contraste avec Gaïa, Déméter et Coré, qui elles font tout pour que le monde croit. Je note cependant qu'il y a avait une certaine poésie dans l'amitié de Déméter avec Hélios. Après tout, le soleil est l'un des principaux ingrédients pour faire croitre les plantes.Je remarque aussi l'intérêt et l'admiration de Déméter pour les déesses de la tactique guerrière, Athéna, et de la chasse, Artémis. Il y avait de très bonnes têtes féminines au panthéon des Dieux grecques et il est déconcertant de les avoir vu disparaitre des futures religions monothéistes, unilatéralement masculines. Aussi, j'ai trouvé que la passion de Perséphone pour la justice nous rappelle que certaines professions en apparence répugnante ( ici le rôle de gardien et de juge des enfers) doivent être tenus par quelqu'un. Il nous faut toute sorte de gens pour faire un monde, même ces métiers en apparence ingrats. C'est donc dire qu'il n'y a pas de métiers ingrats, finalement, mais une pluralité de domaines qui conviendront à une pluralité de gens. Enfin, je remarque que dans l'épilogue, il y avait quatre entités associées à la mort en la personne de Pâleur, Froid inerte, Faim et Crainte. Un petit clin d’œil aux quatre chevaliers de l'apocalypse Mort, Famine, Pestilence et Guerre? Le roman comporte quelques illustrations au crayon de plomb. Pour conclure, je soulignerais que le roman n'est pas simplement une rectification historique intéressante et une mise en lumière sur de formidables héroïnes, mais également une occasion de faire passer un message pertinent sur l'importance de respecter la nature. C'est difficile de na pas faire de parallèle avec la façon honteuse de traiter notre planète. Par extension, Déméter représente cette nature généreuse qui nous offre tout, mais que nous instrumentalisons au noms de principes égoïstes dont le pouvoir, l'argent et la cupidité. Mais tôt ou tard, elle se retournera contre nous. Bref, c'était un roman très intéressant et passionnant sur une femme insoumise aux cheveux couleur blé. Pour un lectorat à partir du troisième cycle primaire, 10-12 ans. *Il n'y a aucune allusions sexuelle ou actes sexuels dans ce roman, mais on évoque l’infidélité de Zeus et ses nombreux enfants illégitimes.