Jean-Claude Cloutier
Intérêts littéraires : Livre audio, Biographies, Essais, Revues

Activités de Jean-Claude Cloutier

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Enlève la nuit

Par Monique Proulx
(5,0)
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Avec son dernier roman, Enlève la nuit , Monique Proulx s’est vue décerner le Prix littéraire des cinq continents décerné par l’Organisation internationale de la francophonie. C’est un honneur bien mérité pour l’écrivaine originaire de Québec Ce roman reprend beaucoup le ton et le style de Ce qu’il reste de moi, le roman précédent de Monique Proulx. C’est le même regard rapproché sur la faune marginale de Montréal et la même proximité avec le mystérieux, le magique, le spirituel. C’en est aussi la suite partielle puisque le personnage principal, Markus, apparaissait à la fin de Ce qu’il reste de moi alors qu’il décidait de quitter la communauté juive ultra-orthodoxe des Hassidims. Ce roman est cependant plus cohérent, plus concentré que le précédent. La diversité ethnique se résume presque à Markus, Raquel et un autre Hassidim en cavale. Outre ces trois déserteurs, le roman évoque aussi brièvement l’univers d’un refuge pour sans-abris et la rencontre, le temps d’un hiver, entre Markus, un clochard inuit des plus pittoresques qui passe ses nuits dans une tente dans le boisé du mont Royal. Vers la fin, Proulx évoque aussi d’autres situations marginales : la jeune femme qui se met à porter le voile islamique par conviction, les déceptions amoureuses d’une lesbienne et d’un homosexuel. Le trois Hassidims sont en quelque sorte des immigrés dans leur propre pays. Ils doivent apprendre les langues officielles et les codes et les instruments de la culture contemporaine. C’est un apprentissage difficile à certains égards. Ils se rendent compte qu’il est difficile de rompre avec le passé. Les tentations d’y retourner, au moins dans sa dimension spirituelle, demeurent, obsédantes. Il y a aussi la culpabilité face aux proches qu’on a laissés. C’est le cas de Markus qui s’en veut d’avoir abandonné sa mère quand il a quitté la communauté hassidique. Pour Markus, qui est dans le début de la vingtaine, il y a aussi l’espoir de rencontrer la femme. Certaines, dont Leila, le font rêver, mais il n’est pour eux qu’un bon camarade. Il aura pourtant une semaine de pure bonheur érotique avec Raquel quand les deux se retrouvent seuls dans un chalet isolé dans les Laurentides. Cependant, Raquel le quittera peu après parce qu’elle juge que leur attachement mutuel ressemble trop à un retour à leur passé. Ils étaient en effet destinés à être mariés dans la communauté hassidique qu’ils ont fuie pour s’en libérer. Sa mère qu’il décide revoir en secret lui fera également comprendre qu’il n’y a pas de retour en arrière possible et qu’il doit assumer pleinement sa nouvelle vie. Au tout début de son arrivée dans la vie laïque, Markus est tellement désespéré qu’il envisage le suicide. Il est sauvé in extremis par l’intervention providentielle d’une femme porteuse d’un foulard jaune qui disparaît aussi rapidement qu’elle est apparue. Elle fera d’autres apparitions tout aussi fugaces par la suite. Markus ne réussit jamais à avoir un échange soutenu avec elle malgré son désir à cet effet. Il est aussi à la recherche d’un mystérieux Maître K., dont le lecteur se demande s’il existe vraiment et s’il ne s’agit pas plutôt du produit de l’imagination de Markus. Peut-être, Monique Proulx nous réserve-t-elle des explications à ce sujet dans une suite à ce roman.
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L'Idée d'indépendance au Québec

Par Maurice Séguin
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Il s’agit de la réédition de conférences données par Séguin au début des années 1960. Ces conférences opèrent un rajustement de perspective très utile pour ceux qui ont l’impression que l’indépendantisme a commencé avec Marcel Chaput, le FLQ, le RIN et le PQ. Elles brossent à grands traits un portrait de l’indépendantisme québécois qui s’étale sur deux siècles soit des lendemains de la Conquête jusqu’au tournant des années 1960. Différents temps forts en faveur de l’indépendantisme sont aisément repérables au cours de ces deux siècles : la préservation de la nation canadienne (après la Conquête), la réclamation de pouvoirs d’autogouvernement (début du XIXe siècle, la tentation républicaine (1837-1838), l’attrait des États-Unis (vers 1860), l’opposition à la Confédération (vers 1865), et enfin des soubresauts interrompus par la Crise puis la guerre en 1922 et en 1936-1937. Cette fresque historique montre bien que l’opposition entre les indépendantistes et les partisans de la collaboration avec les Britanniques et les Canadiens-anglais a toujours été présent. Ces derniers, dont Étienne Parent et Louis-Hippolyte Lafontaine voyaient comme une grande victoire l’union des deux Canadas de 1840, même si celle-ci les privait d’une majorité en chambre. Ils y voyaient le gain de la responsabilité ministérielle et l’appartenance à un ensemble suffisamment grand et dynamique pour résister à la pression américaine. Selon les auteurs cités par Séguin, l’Union a mené à sa suite logique, la Confédération, et encore là les fédéralistes ont eu la naïveté de croire pendant des décennies que les Canadiens-français étaient des partenaires égaux dans ce pacte constitutionnel. Ils deviendront des fédéralistes dépités que la fédération de 1867 n’ait pas fonctionné comme elle aurait dû (p.91) Après s’être contenté de citer les écrits de différents auteurs, Séguin dévoile ses couleurs dans la dernière page (92) du recueil alors qu’il commente ce qu’est l’indépendantisme au moment où il prononce ses conférences: […] démasquer l’imposture de la tradition Lafontaine-Étienne Parent, ce bon vieux mythe d’une égalité possible entre les deux nationalités, ou mieux, de la possibilité pour les Canadiens français d’être maîtres dans un Québec qui demeurerait à l’intérieur de la Confédération. Le plus grand devoir, dans l’ordre des idées, est de dénoncer l’aliénation fondamentale, essentielle, dont souffre le Canada français. […] Un second obstacle provient de notre sort de nation annexée la mieux entretenue au monde. […] « Notre maître le passé » est une expression très juste. Mais, pour nous, depuis deux siècles, le passé a un nom propre. Et nos maîtres, les Anglais, ne seraient pas dignes d’avoir été nos maîtres pendant deux siècles s’ils se laissaient démolir facilement. Il est dommage que Séguin ne soit plus là pour ajouter quelques pages à sa chronologie de l’indépendantisme québécois. Quel lien ferait-il entre deux siècles d’opposition aux conquérants britanniques et la survie aléatoire du français dans un Canada actuel qui n’a plus rien de britannique et où la culture populaire est autant sinon plus déterminante que les dispositions constitutionnelles. Jean-Claude Cloutier 5 novembre 2022