L'éclipse du savoir

Par Lindsay Waters
Éditeur Allia
Collection Petite collection
Paru le 14 février 2008
ISBN 9782844852700

Ce livre est un cri d’alarme face à l’avenir du livre, en particulier en sciences humaines. Celui qui lance ce cri, Lindsay Waters, est éditeur dans l’une des maisons phares de l’édition universitaire nord-américaine. Selon lui, l’université américaine produit « des montagnes de livres (médiocres), que personne ne lit ». Une censure insidieuse se répand dans ces ouvrages issus d’une production mécaniste qui limite le champ de la pensée aux conformismes du statu quo. Mais Waters n’en reste pas là. Il dépiste les causes de cette crise qu’il traite comme le symptôme majeur d’une éclipse du savoir. Après la Seconde Guerre mondiale, l’université a été remodelée selon les normes de l’entreprise américaine. L’extension du marché a peu à peu réduit les livres à des unités comptables, provoquant un arrêt de l’innovation scientifique. Qu’importe la lente gestation des idées : il faut dorénavant publier au maximum pour gagner plus ou, tout simplement, pour exister; la titularisation d’un professeur étant uniquement fonction de la quantité d’articles publiés. L’obtention d’une chaire étant durement acquise, on assiste à un phénomène de blocus de la pensée, à un cloisonnement du champ en discours d’experts et à une crise du jugement, orchestrés par les chercheurs en place. Toute velléité d’innovation de la part de la jeune génération est étouffée dans l’œuf par les ambitions carriéristes des « anciens ». L’erreur serait de croire que cette dérive ne concerne que l’université américaine. On lira avec inquiétude cette chronique d’une « montée de l’insignifiance » dans les humanités. Face à la ruine de l’université, c’est à redonner sa dignité à la pensée, au libre exercice de la curiosité intellectuelle que le livre courageux et dérangeant de Lindsay Waters invite.